Petits arrangements avec la Mort... les fantômes de Harry Potter


« Pour une personne équilibrée, la mort n’est jamais qu’une aventure de plus. »

Cette phrase résume à elle seule toute la sagesse de Dumbledore et derrière ces quelques mots qui disent sa manière de concevoir la mort, c’est toute une philosophie de vie qui se révèle. Comment s’arrange-t-on avec la mort ? Voilà tout le problème pour les vivants que nous sommes. Et le problème se pose aussi pour les personnages d’Harry Potter. Et si la thématique de la mort va croissante au fil des tomes, elle commence d’abord à apparaître sous la forme simple, presque amusante même, des fantômes qui peuplent cet univers magique. Que pouvons-nous alors apprendre des fantômes que J.K. Rowling a créés dans son œuvre ?

Le fantôme, le spectre, l’esprit… à la fois inquiétant et rassurant. Inquiétant parce qu’il rappelle l’angoissant avenir de tous les êtres vivants : celui de la mort qui nous guette. Mais rassurant aussi, parce que justement, le fantôme est aussi la preuve que cette mort n’est pas totale, qu’il peut survivre quelque chose d’un être après sa mort. C’est ce double aspect que l’on trouve dans les textes de J.K. Rowling. Car dans l’univers magique d’Harry Potter, évidemment, les fantômes existent, ils sont même nombreux, ils cotoyent les élèves, ils font en somme, partie de la vie. Mais quelle est leur fonction ? Sont-ils présents dans le texte au titre d’un folklore amusant ? N’ont-il pas, dans un texte dont on sait qu’il traite du danger et de la peur de la mort, un rôle plus important à jouer ? L’auteur n’a-t-elle fait que reprendre l’imagerie traditionnel du fantôme ou nous livre-t-elle, à travers eux, une leçon de vie ?

Pour en décider, il nous faudra d’abord analyser qui sont ces fantômes et ce qu’ils font, que cela soit à l’intérieur du château ou à l’extérieur, tant il est vrai que selon J.K. Rowling, les fantômes peuplent le monde magique. Ils constituent en effet une communauté à part entière avec ses règles, sa hiérarchie, et même ses loisirs. Mais derrière cela, c’est le statut même des fantômes que nous tenterons d’étudier. Sont-ils du côté de la vie ou du côté de la mort ? Partant, que nous apprennent-ils sur la mort ? Dans la mesure où nous savons que le dernier opus des aventures d’Harry Potter se nouera autour de cette problématique, nous chercherons à savoir ce que les fantômes peuvent nous laisser entrevoir de cet ultime tome. Peut-être, en suivant leur évanescente silhouette, pourrons-nous alors suivre des pistes inattendues…

I- Oui les fantômes existent

« à peine visibles dans la clarté du soleil. On ne les discernait que lorsqu’ils se déplaçaient dans l’atmosphère illuminée, tel un miroitement immatériel » (PSM p. 703)
Qui sont ces êtres dont J.K. Rowling nous donne, lors de la cérémonie d'enterrement de Dumbledore, une vision si poétique ?

A- le who's who des fantômes

Dans le monde magique, nombre de fantômes interagissent dans le quotidien des sorciers, certains comme les fantômes de Poudlard sont mieux connus que d’autres.

1) les fantômes des maisons de Poudlard

- Sir Nicholas de Mimsy-Porpington alias "Nick Quasi-Sans-Tête" (Gryffondor)

Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, surnommé Nick Quasi-Sans-Tête de sa belle mort, est le fantôme de la maison Gryffondor. C’est un sorcier qui mourut décapité le 31 octobre 1492, mais l’exécuteur dut s’y reprendre à plusieurs reprises, soit quarante-cinq coups de hache, cette dernière étant émoussée. (ES Ch 8 p. 137) D’où le surnom de « Nick Quasi-Sans-Tête », sa tête n'étant relié au reste de son corps que grâce à un centimètre de peau et de tendon, une condition qui attire bien souvent les moqueries de Sir Patrick Delaney-Podmore, fantôme présidant le Club des Chasseurs sans Tête, qui refusera la candidature de Nick Quasi-Sans-Tête, son cou n’étant pas entièrement tranché.

« Tout ça me paraît bien appétissant, soupira le fantôme à fraise en regardant Harry trancher son steack. Il y a presque cinq cents ans que je n'ai plus rien mangé. Je n'en ai pas besoin, bien sûr, mais ça me manque... Au fait, je ne me suis pas présenté : Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, pour vous servir. Fantôme résident à la tour de Gryffondor. » (ES, chapitre 7, p 126)

- Le Baron Sanglant (Serpentard)

Le Baron Sanglant est le fantôme de la maison Serpentard, pour une raison inconnue il est le seul à avoir autorité sur Peeves, l’esprit frappeur sillonnant les murs de Poudlard en quête d’un mauvais tour.

On sait peu de chose sur lui, à l’exception près des taches de sang argenté maculant ses vêtements, des rumeurs courent selon lesquelles il s’agirait de sang de Licorne, ou encore qu’il y aurait un lien avec la hache souillée de sang que Harry découvre dans la Salle sur demandes, au moment où il dissimule le livre de potions du Prince de sang-mêlé. Quoi qu’il en soit, c’est certainement le fantôme le plus sinistre de Poudlard.

L’un de ses passe-temps favoris est de faire des bruits de chaîne dans la tour d’astronomie. (PSM p. 543)

« Harry jeta un coup d'œil à la table des Serpentard et aperçut un horrible fantôme, les yeux vides, le visage émacié, les vêtements maculés de taches de sang aux reflets d'argent. Il était assis à côté de Malefoy qui, à la grande satisfaction de Harry, n'avait pas l'air enchanté d'occuper cette place. » (ES, chapitre 7, p 126 – 127 )

- Le Moine Gras (Poufsouffle)

Le Moine Gras était autrefois élève de Poufsouffle, à présent il en est le fantôme. C’est un spectre particulièrement joyeux, prêt à donner une nouvelle chance à l’esprit frappeur du collège et qui espère voir les première année dans sa maison.

«- J'espère vous voir à Poufsouffle, dit le moine. C'était ma maison, dans le temps. » (ES chapitre 7, p 118)

- La Dame Grise (Serdaigle)

La Dame Grise est le fantôme de la maison Serdaigle, d’après une interview télévisée dans laquelle JKR aurait précisé la maison de cette dernière.

2) les autres fantômes

- Cuthbert Binns

Cuthbert Binns est le seul professeur fantôme de Poudlard ; déjà très âgé, il se serait endormi devant la cheminée et au petit matin il se serait levé pour faire ses cours en laissant derrière lui son corps. Certainement l’enseignant le plus ennuyeux de tout le collège, ayant le don de faire somnoler les élèves de Poudlard, à l’exception de Hermione Granger.

« Une voix sifflante et monotone qui provoquait immanquablement une terrible somnolence au bout de dix minutes, cinq par temps chaud. Jamais il n’avait modifié le déroulement de ses cours : il parlait, parlait, sans la moindre interruption, pendant que ses élèves prenaient des notes, ou plutôt qu’ils regardaient au plafond d’un air endormi. » (OP chapitre 12 p 261)

- Sir Patrick Delaney-Podmore

De son vivant, un sorcier bien sûr, et de sa mort le président du Club des Chasseurs sans Tête. Surnommé « Coupé Court Podmore » par Nick Quasi-Sans-Tête. Il éprouve un certain plaisir à jouer de sa tête, mais aussi à se moquer de Nick Quasi-Sans-Tête et de son cou à moitié tranché.

« Les chevaux galopèrent jusqu’à la piste de danse, puis s’arrêtèrent au milieu en se cabrant avec élégance. En tête de la troupe, un fantôme de haute stature tenait sous le bras sa tête qui sonnait du cor. Il descendit de cheval, leva sa tête à bout de bras pour jeter un coup d’œil à la foule qui éclata de rire et s’avança vers Nick Quasi-Sans-Tête en enfonçant sa tête sur ses épaules. » (CS chapitre 8, p 147)

- Mimi Geignarde

Une jeune fille, petite et trapue, et qui portait des lunettes aux verres épais. Elle se cachait souvent dans les toilettes pour échapper aux moqueries de Olive Hornby, une autre élève de Poudlard. C’est à cet endroit-même qu’elle sera tuée par le Basilic de la Chambre des Secrets. Après sa mort, elle hanta un temps Olive Hornby mais par la suite elle dut retourner au lieu de sa mort. Elle adore se promener dans les conduits en pensant à la mort et parfois, va faire un tour dans la Salle de bain des Préfets.

« Mimi était un fantôme de jeune fille, petite et trapue avec le visage le plus maussade qu’on puisse imaginer, à demi caché sous de longs cheveux pendants et une paire de lunettes aux verres épais. » (CS chapitre 8, p 146)

- Edgar Clogg

C'est un fantôme qui traîne souvent près du terrain de Quidditch de Poudlard, de longue date.

- Le Spectre de la mort

Gilderoy Lockhart l’aurait soi-disant affronté dans l’une de ses aventures. Voir le Spectre de la mort avec la dédicace de Lockhart !

« Croyez-moi, lorsque j’ai réussi à me débarrasser du Spectre de la mort, ce n’était pas par un simple sourire. » (CS chapitre 6 p 109 )

D'autres fantômes sont aperçus lors du 500ème anniversaire de mort de Nick Quasi-Sans-Tête :
- Des nonnes à la mine funèbre
- Un homme en haillons couvert de chaîne
- Un chevalier dont le front est percé d’un flèche
- Un fantôme potelé essayant de manger
- La Veuve pleureuse du Kent

Ce recensement des fantômes qui peuplent l'univers de Harry Potter montre qu'ils forment une communauté à part entière. Reste alors à savoir quelles sont les caractéristiques de cette communauté. On sait que les fantômes habitent l'imaginaire humain. Ceux de Poudlard sont-ils calqués sur ces représentations traditionnelles ou sortent-ils des sentiers battus ?

B- folklore et fantasmagorie fantômatiques

1) ce que l'on sait des fantômes

Un fantôme naît le jour de la mort d’un humain, mais tout être humain n’est pas nécessairement un futur fantôme. C’est ce que nous apprend Nick-Quasi-Sans-Tête lors de sa discussion avec Harry après la mort de Sirius. Un fantôme l’est devenu que parce qu’il l'a voulu avant sa mort.
La meilleure définition quel’on ait des fantômes est celle du Professeur Rogue donnée lors d’une comparaison entre les inferis et les fantômes. Seamus demande à Rogue ce qui distingue un inferius d’un fantôme. Harry est chargé d’expliquer la différence et répond p.508 « les fantômes sont transparents alors que les inferis sont des cadavres, ils ont donc une consistance solide » Rogue précise la différence « Un fantômes est l’empreinte qu’un défunt a laissé sur la terre ». p. 507 (PSM).

Les fantômes que l’on connaît sont surtout les habitants de Poudlard, on peut cependant penser que les autres ne doivent pas être grandement différents. Physiquement les fantômes sont de couleur gris perle argenté, avec chacun une particularité et ils scintillent.
La majorité revient hanter l’endroit de leur mort, ce qui s’explique facilement car les fantômes sont des personnes ayant eu peur de la mort donc préférant sûrement rester à vie dans les lieux où ils ont vécus. Mimi est un bon exemple : elle hante les toilettes des filles du deuxième étage. De temps à autre il arrive qu’elle aille dans d’autres endroits du château par les canalisations. On en a l’exemple dans la Coupe de Feu où Harry la rencontre dans la salle de bain des préfets. On apprend aussi à ce moment là que parfois, elle se retrouve emportée dans le lac par une chasse d'eau.
Même s’ils ont tous choisi leur sort il peut leur arriver de s’en plaindre ; à chaque banquet Nick Quasi Sans Tête rappelle qu’il ne peut pas manger P 126
" - Tout ça me paraît bien appétissant, soupira le fantôme à fraise en regardant Harry trancher son steack. Il y a presque cinq cents ans que je n'ai plus rien mangé. Je n'en ai pas besoin, bien sûr, mais ça me manque... Au fait, je ne me suis pas présenté : Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, pour vous servir. Fantôme résident à la tour de Gryffondor."
La championne pour se plaindre de sa condition de fantôme reste Mimi qui se met toujours de plus mauvaise humeur qu’elle ne l’ait déjà quand on lui rappelle son état.
p416 "Quel manque de tact! Marmonna-t-elle, fouillant dans la poche de sa robe pour y chercher un mouchoir."
"Parler de respirer devant moi! s'écria-t-elle d'une voix perçante qui résonna avec force dans toute la salle de bain. Alors que je ne peux... que je n'ais ... depuis une éternité...
Elle enfouit son visage dans son mouchoir et se mit à renifler bruyamment.
Harry se souvint que Mimi était très susceptible chaque fois que quelque chose pouvait lui rappeler qu'elle était morte. Heureusement, les autres fantômes du château ne faisaient pas tant d'histoire à ce sujet
." Ce qui peut nous laisser que s’ils n’ont pas grand-chose d’un être humains les fantômes ont quand même gardé une certaine sensibilité et des sentiments.
En effet, ils ont bien des différences avec les Vivants, ils ne peuvent par exemple déplacer des objets. Cependant il existe des exceptions, Mimi peut projeter de l'eau partout quand elle veut inonder les toilettes afin de montrer combien elle est malheureuse. Les fantômes traversent les objets et se laissent traverser par les humains. Mais c’est une sensation très désagréable un fantôme est très froid. Autre exception : le cas de Nick qui dans le tome 2 p 216 : Harry trouve Nick pétrifié par le Basilic « le fantôme avait perdu toute sa couleur gris perle et sa transparence. Il ressemblait à présent à une épaisse fumée noire qui flottait à 15 cm au dessus du sol, immobile et horizontale. Sa tête était décollée à moitié et son visage avait la même expression de stupeur que Justin ». Les fantômes ne sont pas à l’abri. Mais les élèves peuvent toujours traverser le fantôme noirci de Nick.
Avant de hanter les toilettes de filles, Mimi a hantée Olive Hornby pour se venger de la façon dont Olive l'avait traitée avant sa mort. Le ministère la convoqua et elle fut obligée de retourner hanter le lieu de sa mort à Poudlard, c'est-à-dire les toilettes du deuxième étage. (CF) On voit donc que la communauté de fantôme est bien une communauté à part entière qui doit aussi respecter les lois du ministère.

Mais en plus des fantômes ils existent d’autres formes de vie autres que la vie réelle. On peut en distinguer les fantômes.

2) Ce qu'ils ne sont pas

-L'esprit frappeur

"Peeves n'est pas un fantôme : il n'a jamais été vivant. C'est un indestructible esprit du chaos assez "solide" pour dévisser des lustres, jeter des cannes et mâcher du chewing-gum."
- J.K. Rowling.
A l’opposé de tous les fantômes peuplant Poudlard on a Peeves, un esprit frappeur (ou poltergeist). Les autres fantômes ne le considèrent pas comme un véritable fantôme (ES), car il n'est jamais mort, il n'a jamais été humain. Physiquement Peeves est un petit homme portant une cravate orange et un chapeau à clochettes. Il a un regard noir et méchant (ES). On peut le voir aussi avec un nœud papillon et un chapeau pointu orange vif (CS).
On peut donc le différencier physiquement des fantômes transparents ou de couleur gris perle. Une autre différence notable est que lui a une apparence solide. Peeves se balade dans les couloirs et les classes du château en causant autant de désordre que possible. Car il lui est possible de tenir des objets. En revanche, il a aussi l’avantage de pouvoir se rendre invisible ce qui lui est utile pour ses nombreuses farces au goût plus ou moins douteux.
Le Baron Sanglant est le seul qui ait de l'autorité sur lui, quoiqu'il fait aussi preuve d'un certain respect envers Dumbledore

-Les personnages des tableaux

Les tableaux sont eux aussi des personnages qui semblent vivant alors qu’il n’en n’est rien. En effet les tableaux, comme les photographies, ont des personnages qui bougent peuvent parler mais ne sont pas vivant. Ils se contentent généralement de quelque phrase. Poudlard est rempli de tableaux, pour pouvoir accéder à la tour de Griffondor par exemple. L’endroit où l’on trouve le plus de tableau est sûrement le bureau de Dumbledore. Tous les anciens directeurs y sont représentés, y compris Dumbledore après sa mort. Chaque personne dans un tableau peut se déplacer dans un autre où il y est aussi et peut ainsi transporter des messages comme le tableau dans le bureau du premier ministre Moldu.

-Les souvenirs

On rencontre d’autres sortes « d’esprit » dans les livres. Tout d’abord lorsque Harry voit pour la première fois Tom Elvis Jedusor il lui demande s’il est un fantôme. Il est « baigné d’une lueur brumeuse qui brillait autour de lui avec le même visage qu’il y a 16 ans » (CS Ch 17 p. 324) Il vient de sortir de son journal intime et lui apprend qu’il n’est uniquement qu’un souvenir. Mais il peut quand même lui apprendre beaucoup sur la chambre des secrets et semble penser par lui-même. Il est mortel car Harry le fait disparaître en transperçant le journal avec une dent empoisonnée du Basilic. A cet instant, un flot d'encre jaillit à gros bouillons, délivrant le journal de son enchantement. On apprendra seulement dans le tome 6 qu’un des Horcruxes venait d'être détruit. Ce n’était pas du tout un fantôme mais une partie de l’âme de Voldemort.

Enfin, une autre forme de semi-vie apparaît par le biais du miroir du Rised. "Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir" (ES), en fait lorsqu’on regarde le miroir on est face à ce qu’on souhaite le plus au monde. Ainsi Harry restera des heures devant car y voyant ses parents. Comme le lui dira Dumbledore, le miroir a piégé de nombreuses personnes qui ne pouvaient plus se détacher de son reflet, parce qu'elles ne pouvaient plus distinguer la réalité de ce qu'ils voyaient dans le miroir. Certaines en sont devenues folles car elles ont oublié de vivre. On ne peut donc rien n’apprendre de ce qu’on y voit à la différence de ce que peuvent nous dire les fantômes.

Les fantômes ont donc leurs particularités propres. Et les aventures de Harry Potter leur laissent une place réelle, en particulier à un moment précis de l'année.

3) Les fantômes pour apprivoiser la mort

Il est en effet un moment de l’année où l’on peut croiser les fantômes. Ce moment, autrefois appelé le Samhain par les Celtes, est la nuit du 31 novembre. Il va de soi que cette nuit est aussi présente dans les tomes de Harry Potter, et il paraît assez logique qu’on y voie les fantômes en scène. Halloween est en effet le moment où l’on apprivoise sa peur de la mort. On peut donc considérer que ce rôle est aussi dévolu aux fantômes de Poudlard.

Et de fait, le festin d’Halloween est l’occasion de mettre en place tout le decorum habituel, fantômes compris. Ainsi, la Grande Salle est décorée spécialement pour Halloween : citrouilles évidées par Hagrid pour en faire le traditionnel Jack’O Lantern … Squelettes… Mais à Poudlard, tout prend une dimension plus magique et donc plus gigantesque : ainsi, les citrouilles-lanternes peuvent contenir deux ou trois personnes. Et les squelettes sont en fait une troupe de danseurs qui assureront le spectacle. (CS Ch 8 p. 144). Cette ambiance festive se renouvelle chaque année, et les films nous donnent même à voir la manière dont les fantômes vont flotter en l’air, ajoutant au décor typique de cette nuit particulière.
Mais à bien y réfléchir, est-ce là un rapport que les fantômes peuvent vraiment avoir à cette nuit particulière ? N’est-ce pas seulement la manière dont les vivants voient cette nuit ?
Il est un épisode du tome 2 qui nous permet de l’affirmer : c’est l’anniversaire de mort de Nick-Quasi-Sans-Tête.

Il a lieu exactement en même temps que la fête d’Halloween. Nick va fêter son 150ème anniversaire de mort. Et lorsqu’il y convie Harry, Ron et Hermione, cette dernière comprend tout de suite l’intérêt pour un vivant d’assister à cette fête : « il ne doit pas y avoir beaucoup de vivants qui peuvent se vanter d’avoir assisté à ce genre de fête » (Ibidem p.142). Cette fête, c’est l’occasion de voir la nuit du 31 novembre du point de vue de ceux qui sont le plus proche de la mort : du point de vue des fantômes. Or de ce point de vue, la fête est bien différente. Ce que découvrent les trois jeunes gens a de quoi horrifier. On pourrait d’abord croire que la fête ressemble à celle qui se tient dans la grande salle, à cette différence près qu’elle a lieu dans les cachots. « Des chandelles fines et noires dont la lueur bleuâtre leur donnait à eux aussi l’aspect de fantômes ». Il fait froid. Ce qui semble « un bruit d’ongles crissant sur un tableau noir » tient lieu de musique. Nick lui-même accueille ses invités avec un ton lugubre. Il y a d’abord une sorte d’éblouissement devant quelque chose d’inconnu, de nouveau : « Un spectacle stupéfiant s’offrit alors à leurs yeux. Des centaines de silhouettes translucides, d’une couleur gris perle, glissaient autour d’une piste de danse bondée où d’autres formes spectrales valsaient au son terrifiant d’une trentaine de scies musicales jouées par des musiciens rassemblés sur une estrade tendue de noir. Au plafond, un lustre formé d’un bon millier de chandelles noires diffusait une lumière d’un bleu éclatant. ». De la buée sort de la bouche des jeunes gens comme s’ils étaient « dans une chambre froide ». Mais jusque là, rien encore d’horrible. Une simple impression de froid, celle du tombeau. La réalité va rattraper les vivants à la vue du « festin » que ne peuvent pas manger les fantômes de toute façon.
Sur une table recouverte de velours noir se trouvent des plats à l’odeur répugnante : « de gros poissons pourris s’étalaient sur des plats d’argent, entre des amoncellement de gâteaux brûlés comme du charbon. Il y avait un énorme hachis grouillant de vers et un morceau de fromage recouvert d’une moisissure verdâtre » (ibidem p. 146). Progressivement c’est la réalité de la mort qui rattrape les vivants, intrus dans cette fête. La pourriture est celle des corps morts, cela ne fait plus aucun doute lorsque l’on voit le gâteau d’anniversaire de mort : une pierre tombale portant l’inscription « Sir Nicholas de Mimsy-Porpington mort le 31 octobre 1492 ».

Ici, les fantômes ne sont plus là pour le décorum. Il n’y a plus de folklore, il n’y a plus de mort pour-de-rire. Les fantômes ont été confrontés à la fin de leur vie, et l’ont été réellement. Et cette réalité là ne s’apprivoise pas.
Alors si les fantômes ont un autre statut que celui d’une créature imaginaire propre à nous faire un peu peur, juste ce qu’il faut pour avoir un petit frisson agréable, que nous apprennent-ils vraiment ? Qu’ont à nous dire les spectres qui peuplent l’univers magique ? Tendons l’oreille pour écouter ce qu’ils nous murmurent…


II- le fantôme : simulacre de la mort ou simulacre de la vie ?

Les fantômes sont en relation avec la mort. Leur définition le rappelle, ils sont « l’empreinte qu’un défunt a laissé sur la terre » comme le dicte Rogue (PSM Ch 21 p. 507), par opposition aux inférius qui eux, sont des cadavres. Cette définition place le fantôme très exactement dans un entre deux : il n’est pas le corps-cadavre, qui n’est plus rien d’humain, à peine le reste d’un humain. Mais il n’est plus non plus le corps vivant. Le fantôme est un simulâcre. Mais de quoi est-il le simulacre ? De quoi faut-il le rapprocher ? De la mort ou de la vie ?

A- Etre fantôme : une existence post-mortem ?

1) une existence ?

On pourrait penser qu’il est celui qui est encore parmi les vivants. D’ailleurs, ils en adoptent encore, nous l’avons vu, les attitudes, les règles, les coutumes, et même les loisirs, ainsi que le rappelle tout l’épisode de l’anniversaire de mort de Nick dans le tome 2 (CS Ch 8 ). Simplement, tout cela semble adapté à l’existence particulière qui est la leur. Une existence sans corps, ou plus exactement avec un corps mince et diaphane.
Le fantôme vient hanter les vivants. Il ne faut pas l’oublier, « hanter » signifie d’abord habiter, de par l’origine anglaise du mot. C’est bien la vie que le fantôme hante et habite. Il mène donc une sorte d’existence. Le plus bel exemple de cela tout au long des tomes de Harry Potter n’est-il pas le professeur Binns ? Il hante le château en tant que fantôme, tout comme il l’a hanté en quelque sorte de son vivant. « D’après ce qu’on disait, Binns ne s’était jamais rendu compte qu’il était mort. Un jour, il s’était levé pour aller en classe et avait laissé son corps derrière lui, installé dans un fauteuil de la salle des professeurs, devant un feu de cheminée. Depuis, il avait continué à faire ses cours dans rien changer à ses habitudes. » (CS Ch 9 p. 160). Entre l’existence de Binns vivant et l’existence de Binns fantôme, qui verrait la différence si lui-même ne l’a pas vue. J.K. Rowling nous le précise d’ailleurs lorsqu’elle explique ce que ce professeur lui permet de mettre en scène : « Je pense qu'à un moment, dans notre éducation, nous avons rencontré quelqu'un qui aurait tout aussi bien pu être mort » (03 décembre 1998 - NPR Radio). Le fantôme, pourrait donc paraître être celui qui ne meurt pas, celui qui continue à vivre, une sorte d’éternité, comme le croit d’ailleurs Harry lorsque, après la mort de Sirius, si douloureusement ressentie, il va questionner Nick. « Vous êtes mort. Et pourtant vous êtes quand même là (…) Vous pouvez vous promener dans Poudlard et faire plein d’autres choses » (PSM Ch 22 p. 965) Mais voilà, être fantôme, ce n’est pas être vivant. Pour s’en convaincre, il suffit de relire l’amertume et les regrets que manifeste ce même Nick à chaque nouveau festin à Poudlard, lorsqu’il voir passer les plats auxquels il ne pourra pas toucher (ES p.126). Des regrets de Nick aux lamentations de Mimi Geignarde, il n’y a finalement qu’un pas, pas si grand que cela, vite franchi, sans doute, quand on sait qu’on a l’éternité devant soi, l’éternité pour penser que non, en dépit des apparence, le fantôme n’est plus en vie.

2) une mort que l'on subit ?

C’est sans conteste Mimi Geignarde qui nous le dit le mieux. Une bonne partie du Chapître 9 de la Chambre des Secrets lui est consacré, et on la voit pleurer et sangloter comme à son habitude. Sur quoi sanglote-t-elle ? Sur sa mort. Sur le manque de prévenance des élèves qui oublient qu’elle est déjà morte, qu’aucun sang ne coule dans ses veines. Les fantômes sont d’ailleurs en général très pointilleux sur cette question. Ainsi Nick se vexe à la remarque que lui fait Ron selon laquelle aucun sang ne coule dans ses veines (PSM p.238). Mimi confie de son côté avoir voulu se suicider de désespoir. Mais justement, elle ne le peut pas. Morte, elle l’est déjà. Le fantôme apparaît alors comme celui qui est emprisonné par sa mort. Et cet événement de la mort est bien ce qui marque la vie du fantôme. Rien d’étonnant alors à ce que celle de Nick fasse l’objet d’un anniversaire dans la Chambre des Secret. La mort, pour un fantôme, c’est un peu une renaissance, une naissance à sa propre mort. L’anniversaire de Nick a des allures d’enterrement, il en a la solennité, même si Nick s’enquiert de savoir si Harry, Ron et Hermione « s’amusent bien ». De même, Mimi raconte sa mort « avec délectation » (CS Ch 16 p. 315), comme si elle voulait faire partager un peu aux enfants de sa propre horreur lorsqu’elle pense qu’elle est morte. Elle sait ce que le spectre de la mort a d’effrayant pour les vivants, et elle en joue. Mais Mimi n’est-elle pas, de tous les fantômes, celle que sa propre mort horrifie le plus ? Car cette mort, bien sûr, elle ne l’a pas voulue. Elle l’a subie. Mimi aurait aimé vivre, cela ne fait aucun doute. Et fantôme, elle continue à avoir envie de vivre. C’est là un trait commun de tous les fantômes qui peuplent l’univers de Harry Potter : ils auraient aimé continuer à vivre. Toutes leurs morts ne sont pas douloureuses. Mais au fond, aucune n’est acceptée. Et c’est bien là un trait distinctif des spectres, trait qui nous ouvre d’ailleurs directement sur ce qu’il pourrait advenir, par exemple, d’un Voldemort qui rencontrerait sa propre mort : l’accepterait-il ? Probablement pas. Mais alors ne serait-il pas le candidat idéal pour être un fantôme ? N’est-ce pas alors une chose bien pire que la mort, pour reprendre ce que suggérait Dumbledore ? Pour décider de cette possibilité, il nous fait d’abord déterminer à quelles conditions un sorcier peut devenir un fantôme.

3) Une mort refusée : le choix du no man's land

« Tout le monde ne peut pas revenir sous forme de fantôme.(…) C’est réservé … aux sorciers. » explique Nick à Harry (OP Ch 22 p. 966), lorsque celui-ci le questionne plein d’espoir sur ce qu’il est advenu de Sirius. Etre fantôme est une sorte de privilège. Triste privilège ajoute aussi Nick en sous-entendu lorsqu’il rappelle que « très peu d’entre eux choisissent cette voie » (Ibidem) Or Sirius n’aura pas choisi cette voie, Nick le sait. « Il ne reviendra pas répéta Nick. Il aura… continué. » (Ibidem). La discussion qui se tient dans le Chapître 22 de l’Ordre du Phénix entre Harry et Nick est centrale pour comprendre qui est le fantôme, et ce qui a fait de lui un fantôme. Nick s’explique sur son propre destin, partant, il nous permet de saisir le destin possible des autres morts des livres.
« -J’avais peur de la mort, expliqua Nick à mi-voix. J’ai choisi de rester en arrière. Parfois je me demande si je n’aurais pas dû… En fait, on n’est ni ici, ni là-bas… Je ne suis ni ici, ni là-bas…
Il eut un petit rire triste.
-Je ne sais rien des secrets de la mort Harry, car j’ai choisi de la remplacer par ma faible imitation de vie. Je crois que de savants sorciers étudient la question au Département des mystères…
» ( Ibidem p. 967). Triste révélation que celle que fait Nick, mais elle nous éclaire sur un point essentiel : le fantôme n’est ni vivant, ni mort, ni d’ici, ni d’ailleurs, il a refusé la mort. Ne peuvent devenir des fantômes que ceux qui refusent et refuseront la mort. Sirius ne l’a pas refusé. Dumbledore, c’est certain pour tous ceux qui se souviennent qu’il voit la mort comme une aventure de plus, ne reviendra pas comme fantôme dans le dernier tome des aventures de Harry Potter. Tout comme son ami Flamel, à qui il est finalement parvenu à faire comprendre que l’elixir de jouvence produit avec la pierre philosophale n’était pas une bonne chose (ES), n’est pas devenu un fantôme. Pour devenir un fantôme, il faut refuser de mourir.
Peu importent les raisons de ce refus. Nick donne la sienne : la peur. Mimi, si jeune, ne voulait tout simplement pas mourir. Et le professeur Binns, nous le savons, ne peut pas accepter quelque chose dont il ne s’est même pas aperçu. En somme, peu importent les motifs, ce qui compte, c’est le refus. Etre fantôme est un choix, libre, une décision, volontaire.

Dans ces conditions alors, les fantômes ont sans doute certaines choses à nous apprendre sur ce qui pourrait arriver dans l’ultime opus des Harry Potter. J.K. Rowling nous le confirme lorsque, à la question « Qu'est ce qui fait que certains sorciers/sorcières se transforment en fantômes après leur mort, et d'autres non ? », elle répond « Vous ne découvrirez vraiment cela que dans le livre 7 » (3 Février 2000 – Scholastic). Cela dit assez que ces personnages ont encore beaucoup à nous apprendre. Et c’est on ne peut plus logique si l’on pense au personnage dont l’essence même est le refus absolu, total, radical de la mort ; celui qui a été capable d’accepter de mutiler son corps et son âme pour être certain de lui échapper ; celui qui a accepté l’existence maudite d’un être larvaire se nourrissant du sang sacré des licorne : Lord Voldemort lui-même.
Alors que pouvons-nous nous attendre à apprendre des fantômes dans le tome 7 ?

B- Prospectives : que nous réservent les fantômes ?

1) Voldemort : un parfait candidat fantôme ?

" - Il n'y a rien de pire que la mort, Dumbledore, gronda Voldemort avec hargne.
- Tu te trompes complètement, répliqua Dumbledore.
(…)
- En vérité, ton incapacité à comprendre qu'il existe des choses bien pire que la mort a toujours constitué ta plus grande faiblesse...
" (OP Ch 36)
Ce bref échange entre Voldemort et Dumbledore est dans la mémoire de tous ceux qui ont tenté de cerner la personnalité de Voldemort. Il ne veut pas mourir. La mort est la pire des choses, il le dit et le revendique. Or, d’après tout ce que nous avons vu, ce refus devrait donc tout simplement le mener à devenir un fantôme. Si Harry le vainc, alors, Lord Voldemort continuera-t-il comme l’ont fait Sirius, les parents de Harry, comme l’a certainement fait Dumbledore ? Ou restera –t-il en arrière comme Nick ou comme le Baron Sanglant ?
En réalité, tout s’oppose à la première hypothèse. Lord Voldemort se vante en effet, auprès de ses Mangemorts dans la Coupe de Feu, alors qu’il vient de renaître dans le cimetière, d’être allé plus loin que personne sur le chemin qui le mène à vaincre la mort. Lord Voldemort ne continuerait pas. Il resterait en arrière, cherchant encore à vivre. Tandis qu’on se doute bien qu’à l’inverse, si Harry était tué, lui continuerait : il a manifesté tout au long des tomes la curiosité et le courage nécessaires pour cela.
Alors si Harry parvient à tuer Seigneur des Ténèbres, deux choses l’une :
-soit Voldemort va mourir, et sa quête sera un échec. Et il ne lui restera plus alors qu’à mener la tragique existence d’un fantôme, obligé d’obéir aux ordres du Ministère qui lui dira quel lieu hanter (probablement l’endroit où il est mort)
-soit Voldemort va vivre autre chose, ou plus exactement, il va mourir autrement.
Et c’est peut-être bien cela que désigne Dumbledore lorsqu’il nous parle de choses pire que la mort. Car Dumbledore en voit plus d’une. Sans doute parlait-il de l’existence en tant que fantôme. Mais on peut se demander ce que ce pluriel de « choses » cache. Pour le savoir, il faudrait aller de l’autre côté de l’arcade voilée. Sont-ce des murmures de fantômes qu’Harry et Luna ont entendu ce jour-là au Ministère ? des murmures de personnes en attente d’être acceptées comme fantômes ? Ou s’agit-il d’autre chose ?

Mais avant même de spéculer sur l’éventualité de ce qu’il adviendra de Voldemort lorsqu’il sera mort, encore faudra-t-il que Harry parvienne à le vaincre. Or on sait combien Voldemort a tenté de se prémunir contre cela : les horcruxes, révélés dans le tome 6 sont son arme principale. Les trouver, comprendre leur fonctionnement, tout cela est particulièrement compliqué.
Mais là encore, les fantômes de Poudlard ne pourraient-ils pas être d’un certain secours à Harry ?

2) les fantômes comme mémoire du château

Les fantômes sont au courant de bien des choses du château. Au fil des tomes, J.K. Rowling nous a en effet habitués à ce que, de temps en temps, les fantômes distillent quelques informations cruciales.

C’est en effet flagrant dans le tome 2, La Chambre des Secrets, que l’on peut à bien des égards considérer comme étant le tome des fantômes. N’est-ce pas en effet Mimi Geignarde qui en est le centre ? C’est elle qui donnera aux trois jeunes adolescents la clé du mystère à résoudre, en leur racontant sa mort et en leur permettant ainsi de trouver le chemin vers la Chambre des Secrets. Mais il ne faut pas oublier non plus que c’est bien aussi un fantôme qui, le premier, donne à Hermione les indices concernant cette cache légendaire de Poudlard. C’est en effet en répondant à la question de la Gryffondor que le professeur Binns, pourtant attaché « aux faits » comme il le dit, révèle les tenants et les aboutissants de ce qui opposa les fondateur de l’école de sorcellerie et conduisit Salaazar Serpentard à créer cette Chambre des Secrets. Bien entendu, Binns est professeur d’histoire de la Magie. En ce sens, il est bien placé pour parler de ce genre de faits. Mais il peut être alors perçu comme la figure de la mémoire de Poudlard. Et cette figure est alors singulièrement renforcée par le fait qu’il soit un fantôme, car à ce qu’il a appris dans les livres, peut s’ajouter tout ce qu’il a appris du fait de sa longue, et pour tout dire, éternelle vie dans le château. Sans compter que les déplacements des fantômes ont l’avantage certain de pouvoir de faire de manière discrète, absolument partout… Ce statut de mémoire, on le trouve aussi chez Nick-Quasi-Sans-Tête, qui n’a pourtant pas le privilège de posséder une connaissance de l’histoire de la magie au même titre qu’un professeur. Il est cependant capable d’expliquer aux élèves de Gryffondor qui s’étonnent de la longue chanson du Choixpeau à la cérémonie de répartition, que celui-ci a déjà appelé autrefois à l’union des maisons, et ce, à plusieurs reprises (OP Ch 11 p. 235). Les fantômes en savent donc plus que quiconque, probablement sur le passé du château.

Mais leur connaissance ne s’arrête pas là. Non content de pouvoir renseigner les élèves sur le passé, ils peuvent aussi les renseigner sur ce qui se joue actuellement dans les couloirs de Poudlard. Ainsi, sans nul doute, le fantôme qui distille le plus ce genre de petits renseignements au fil des tomes, est Nick-Quasi-Sans-Tête. Il est censé hanter la tour de Gryffondor, mais les tomes nous révèlent bien vite qu’il est au courant de ce qui se passe au-delà de cette tour. Ainsi, dans la coupe de Feu, il raconte à Ron et Harry combien ils ont de la chance que le festin ait lieu, au vu du capharnaüm que Peeves a fait régner en cuisine. Et sa description de la scène est précise et renseignée : « Il a mis sens dessus dessous. Il y avait des marmites et des casseroles partout. Le carrelage était inondé de soupe. Il a terrifié les elfes de maison » (CF p. 165). De même, dans L’Ordre du Phénix, c’est Nick, rencontré par hasard, qui déconseille à Harry de prendre un certain chemin, parce qu’il sait que Peeves y a préparé l’une de ses farces (OP Ch 14 p. 320). Enfin, dans le Prince de Sang-Mélé, c’est encore un fantôme qui va expliquer à Harry, alors à la recherche de Dumbledore, qu’il peut le trouver dans son bureau. Nick s’appuie alors sur les dires du Baron Sanglant dont on apprend qu’il connaît l’emploi du temps du Directeur : il sait quand est-ce qu’il va se coucher, et il en parle aux autres fantômes (cf PSM p. 543). Or on sait, dans ce tome, de quelle discrétion Dumbledore entoure ses déplacements. Le moins qu’on puisse dire est que, sans aucun doute, les fantômes sont bien plus au courant de ce qui se passe dans le château que les sorciers eux-même. Et Nick, le baron, ne sont que des cas particuliers. Mimi, on le sait, observe ce qui se passe dans les conduits d’eau. Ainsi, Harry, dans la Coupe de Feu a "L'impression désagréable que Mimi l'avait espionné, cachée dans un robinet, depuis son arrivée dans la salle de bain." (CF p. 413). C’est aussi elle qui se charge de faire la tournée des toilettes pour prévenir tout le monde de ce qui vient d’arriver à Drago, terrassé par le sectumsempra que lui a lancé Harry dans le Prince de Sang-Mélé (p. 581)
En quoi alors, cela peut-il nous intéresser ?

On sait que Harry va devoir, dans le tome 7, partir à la recherche des horcruxes pour lesquels il n’a que peu d’informations. Jusqu’ici, c’est Dumbledore qui possédait les connaissances nécessaires à tout cela. Or Dumbledore n’est plus. Mais ce serait sans doute une erreur que de croire qu’avec lui, c’est toute source de renseignement qui s’est tarie pour Harry. Les fantômes du château sont au courant de bien des choses. Parce qu’ils sont capable de se transmettre les informations au-delà du lieu qu’ils hantent, et parce qu’ils sont éternels, nul doute qu’ils connaissent bien plus de choses qu’on ne peut le supposer pour l’instant.
Ainsi, si Harry doit encore apprendre quelque chose de ce qui s’est passé à Poudlard, ce n’est pas dans l’Histoire de Poudlard qu’il lui faudra chercher, c’est auprès des fantômes qu’il lui faudra aller. Et en particulier, auprès d’un fantôme, resté étrangement silencieux jusqu’ici : le Baron Sanglant. Il est le fantôme le plus mystérieux de tous, il n’a pas la franche cordialité de Nick. Il est aussi celui qui, couvert d’un sang argenté, pourrait bien avoir quelque mort à révéler encore. Mort humaine ? Mort d’une licorne ? Difficile à décider, mais nous ne savons encore que peu de chose de lui, tandis que nous connaissons déjà beaucoup de Nick. Enfin, et c’est loin d’être la moindre des choses, il est le fantôme de Serpentard. Si quelqu’un sait ce que faisait Tom Jedusor alors qu’il cherchait à comprendre le fonctionnement des horcruxes, c’est probablement lui. Si quelqu’un sait ce qu’il en est de Rogue et des conversations tenues secrètes entre le Maître des Potions et le défunt Dumbledore, c’est encore lui. Le Baron Sanglant, nous l’avons vu, connaît les détails de l’emploi du temps du directeur. Alors si grande que soit sa répugnance, c’est sans doute auprès de ce fantôme sombre, effrayant, qu’il faudra que Harry se résigne à aller chercher des informations, car on voit mal où il les prendrait sans cela.
Une fois encore, le tome 7 ne pourra qu’accorder une place aux fantômes


Conclusion

« Les fantômes du château étaient également présents, à peine visibles dans la clarté du soleil. On ne les discernait que lorsqu’ils se déplaçaient dans l’atmosphère illuminée, tel un miroitement immatériel » (PSM Ch 30 p. 703)

Des fantômes assistant à un enterrement. C’est ce que nous donne à voir J.K. Rowling dans le dernier chapître du tome 6, celui qu’elle intitule « la tombe blanche ». La scène est étrange quand on y songe. Mais elle nous confronte à la réalité de ce que sont les fantômes. Ils ne sont pas des morts. Face à la tombe de Dumbledore, ils sont renvoyés au choix qu’ils ont fait : celui de ne pas continuer, de ne pas passer de l’autre côté. Ils n’ont pas découvert ce qu’il y avait de l’autre côté. Dumbledore, lui, a fait ce choix. La mort n’est qu’une aventure de plus… Mais les fantômes n’étaient pas des aventuriers. Ils n’étaient pas partants pour cette aventure-là. Ils sont donc resté, dans leur no man’s land, dans cet étrange entre-deux, inconfortable, dont beaucoup de sorciers ne veulent pas. Et les voilà rassemblés, parmi les vivants, pour accompagner le seul sorcier dont Lord Voldemort ait jamais eu peur au seuil de sa dernière aventure.

Les fantômes nous conduisent à diviser l’humanité en deux : il y a ceux qui ont peur de la mort au point de la refuser. Et il y a ceux qui en tenteront l’aventure. Or l’entourage de Harry est très clairement d’un camp et non de l’autre. James et Lily, Sirius, très probablement Cedric Diggory, et enfin, Dumbledore, font partie de ceux qui vont oser passer de l’autre côté. A l’inverse, l’ennemi, celui qui, plus exactement, a lui-même désigné Harry comme son ennemi, celui-là, sans nul doute, est de ceux qui ont peur et refusent. Une telle dichotomie nous porte alors à considérer la question de la mort, cette question centrale dans l’œuvre de J.K. Rowling, ainsi qu’elle le dit elle-même :
« S’arranger avec le deuil constitue une grande part des livres. Faire face à la perte. Oui. Je ne peux pas développer autant que je le voudrais ce sujet (…) je veux juste dire que je ruinerais les livres à venir si je développais davantage à ce sujet. Mais c’est vraiment un thème central, s’arranger avec la mort, oui, et faire face à la mort. » (13 juillet 2000 – CBCNewsWorld)

Comment se comporter face à la mort, c’est choisir sa vie. C’est bien ce qu’Harry apprend au fond. Et il l'a appris aussi des fantômes dont il a probablement, comme nous l'avons suggérer, encore à apprendre.
Alors de la même manière qu’il a appris, avec la mort des autres, à affronter la mort, à « s’arranger avec la mort », il va devoir maintenant apprendre à s’arranger avec SA mort. Or c’est bien cela qui fera la différence avec son adversaire. Car c’est là un travail que Voldemort n’a jamais fait. C’est sa plus grande faiblesse comme le dit Dumbledore. Voldemort sait distribuer la mort. Mais saura-t-il affronter la sienne ?

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Théorie rédigée par les Serpentard (deuxièmes à la tâche "Théorie" du tournoi des maisons du 11/06)