Lupin, le prisonnier d'Azkaban
Remus Lupin, une énigme autant qu'un homme


Lupin est considéré par beaucoup comme le meilleur professeur de Défense contre les forces du Mal que Harry ait jamais eu. À cause de son don manifeste pour l'enseignement ? De sa gentillesse à toute épreuve ? De sa capacité à écouter avec bienveillance ? Toujours est-il que, non seulement dans le troisième tome, où il fait sa première apparition, mais également dans les suivants, il n'est pas rare que Harry fasse de lui un de ses confidents privilégiés, avec Sirius et Dumbledore.


Cruellement marqué par la vie et ce, dès sa plus tendre enfance (« J'étais encore un petit garçon quand j'ai été mordu. Mes parents ont tout essayé, mais à l'époque, il n'existait pas de traitement », PA, 18 ), Remus Lupin n'est pas pour autant aigri et rancunier. Peut-être même a-t-il fini par conclure qu'être atteint de lycanthropie était inévitable pour quelqu'un doté du prénom d'un des deux frères fondateurs de Rome (Remus et Romulus) élèves par une louve et d'un nom de famille dérivé du latin lupus signifiant « loup ». Il avoue même dans le sixième tome qu'il lui arrivait d' « éprouver de la compassion pour lui [le loup-garou qui l'avait mordu] », (PSM, 16).
Quoiqu'il en soit, si ce handicap est certainement des plus difficiles à surmonter, il semble avoir accepté son sort (grandement amélioré par la potion Tue-loup préparée chaque mois par le professeur Rogue durant son séjour à Poudlard) et ne montre jamais s'il a gardé aucune rancour envers le responsable de son état, le tristement célèbre Fenrir Greyback. Mais il ne s'agit que d'une façade, comme nous l'apprenons dans le sixième tome lors de la conversation qu'il a à Noël avec Harry à propos des loups-garous : « Il avait parlé d'un ton un peu amer » (PSM, 16) nous dit-on. De toutes les occasions où il a évoqué sa condition de lycanthrope avec Harry (peu nombreuses, il faut le reconnaître), c'est la première fois que le ton qu'il emploie est « amer ». Mais il se ressaisit aussitôt : « [.] et il s'en aperçut peut-être, car il eut un sourire plus chaleureux », démontrant quels trésors de volonté il doit déployer dans la vie ordinaire pour ne rien laisser paraître de son mal-être, que seul trahit son visage « prématurément ridé » (OdP, 24).


Ce courage, il l'a certainement, à l'instar de son nom, hérité de ses parents, qui n'avaient pas hésité à s'opposer au même Greyback : « C'est Greyback qui m'a mordu [.] Mon père l'avait offensé » (PSM, 16), se rendant par-là même responsables de la morsure de leur enfant. La preuve de ce courage transparaît également dans le choix qu'il a fait : il aurait pu comme Greyback dévouer sa vie à chercher vengeance en mordant le plus grand nombre de personnes à sa portée, mais au lieu de cela il a choisi de se résigner et de vivre, dans la mesure du possible, comme un sorcier normal.


Mais bien que cela ne soit pas aisé, et que sa condition l'empêche pratiquement de vivre tout court, puisque personne à l'exception de Dumbledore ne semble désireux de lui offrir un emploi pour lui permettre de gagner sa vie, il fait preuve en toutes circonstances d'un calme et d'une gentillesse égaux. Même moqué à cause de son apparence misérable (« « Regardez dans quel état sont ses vêtements », disait Malefoy [.] Il s'habille comme notre vieil elfe de maison », PdA, 8 ), il ne se départit jamais de son sourire et de sa bonne humeur, et se révèle en plus un sorcier efficace, donnant à Peeves en une seule rencontre, avec un simple chewing-gum et un peu d'inventivité, la leçon que Rusard, toute sa vie, aurait aimé lui infliger (PdA, 7), ainsi qu'un enseignant capable (« Nous avons enfin un professeur de Défense contre les forces du Mal qui connaît les bons remèdes » dira d'ailleurs de lui Mme Pomfresh après l'incident du train, PdA, 5) doublé d'un pédagogue hors pair qui ne cesse d'encourager ses élèves les moins sûrs d'eux : « J'espérais que Neville m'aiderait à réaliser la première partie de l'expérience, dit-il, et je suis sûr qu'il s'en tirera à merveille » (PdA, 7).


D'un naturel doux et tranquille, il servait dans le passé de point d'ancrage à feux ses amis James Potter et Sirius Black, il était celui qui savait leur faire comprendre quand ils dépassaient les bornes : « Dumbledore espérait peut-être [en me nommant préfet] que je parviendrais à exercer un certain contrôle sur mes meilleurs amis », avoue-t-il à Harry (OdP, 9). « Est-il besoin de préciser que j'ai lamentablement échoué ? » ajoute-t-il avec modestie. Plus tard, lors d'une discussion avec Harry et Sirius, il se reprochera même de ne jamais avoir eu le cran d'empêcher James et Sirius d'aller trop loin. Ce à quoi Sirius répondra : « Parfois, tu faisais en sorte qu'on ait honte de nous-mêmes. C'était déjà quelque chose. », rétablissant d'une phrase la vérité que Lupin est trop humble pour énoncer : qu'il a toujours effectivement eu un certain contrôle sur ses amis, car ceux-ci reconnaissaient la sagesse et la raison dont il faisait toujours preuve. Ainsi parviendra-t-il à la fin du troisième tome à empêcher un Sirius déchaîné de tuer Peter Pettigrow, juste le temps de raconter toute l'histoire du Gardien du secret à Harry, Ron et Hermione.
Mais si son comportement à Poudlard n'était pas celui d'un fauteur de troubles, il ne refusait pas, à l'occasion, au nom de l'amitié qui le liait à James, Sirius et Peter Pettigrow, de prendre part à une plaisanterie, comme en témoignent les registres de l'époque tenus par Rusard (PSM, 24). Et l'amitié est précisément l'une des raisons capables de réveiller en lui des instincts violents d'ordinaire si bien dissimulés quand la lune n'est pas pleine : après avoir découvert que Peter Pettigrow est responsable de la mort de Lily et James Potter, il est prêt à le tuer sans sourciller : « Tu aurais dû comprendre que si Voldemort ne te tuais pas, c'est nous qui le ferions. Adieu, Peter ». Déterminé à braver la loi et la morale en commettant le meurtre d'un ami autrefois cher à son cour pour venger la mémoire d'un ami qui lui fut encore plus cher, il montre là sa grande loyauté, cette même loyauté qui le fait tomber dans les bras de Sirius dès qu'il est certain de son innocence, après l'avoir cru coupable de trahison durant douze ans.


Toujours posé et réfléchi, Remus Lupin n'est pas de ceux qui s'énervent facilement : il ne hausse pas une seule fois le ton quand, dans la Cabane Hurlante, Hermione manque devenir hystérique tandis qu'il essaie de se justifier (PdA, 17). Mais, si jamais il n'utilise la violence ou les menaces dans le seul but de se faire respecter ou obéir, il sait trouver les mots qui touchent et font mouche : après l'incident de la Carte du Maraudeur que Rogue trouve dans la poche de Harry, deux phrases de Lupin (« Vos parents ont donné leur vie pour sauver la vôtre, Harry. Vous avez une drôle de façon de leur exprimer votre gratitude » PdA, 14) ont plus d'effet sur Harry que le sermon tout entier de Rogue. Peut-être parce que Harry apprécie Lupin, mais également parce qu'il sait que le jugement de ce dernier est sûr. Cette attitude ne l'empêche pourtant nullement, quand le besoin s'en fait sentir, de se battre sans faillir : ainsi, à deux reprises (dans les tomes 4 et 6), il combat les Mangemorts sans faillir aux côtés de l'Ordre du Phénix, prouvant ainsi que, si le temps lui en avait été laissé, il aurait pu être le meilleur professeur de Défense contre les forces du Mal que Poudlard ait jamais connu.


Symbolisant à la fois la force tranquille et un point repère rassurant dans l'univers pour le moins troublé de Harry, Remus Lupin illustre parfaitement la devise de Poudlard : Draco dormiens nunquam titillandus.

Tout avenant et aimable qu'il soit, cependant, Remus Lupin ne parle pas beaucoup de lui, aussi n'en savons-nous que très peu sur son passé. Est-ce parce qu'il a quelque chose à cacher ? Si c'était effectivement le cas, il ne l'aurait révélé à Harry qu'en cas d'extrême nécessité, et ce n'est certainement pas Dumbledore qui aurait rapporté son secret. Aussi est-il difficile, voire impossible, pour le lecteur, de découvrir ce que Lupin a fait entre la fin de ses études et son retour à Poudlard en tant professeur de Défense contre les forces du Mal. Certains indices peuvent cependant nous laisser penser qu'il a effectué un séjour à Azkaban, la prison des sorciers.
Tout d'abord, parce qu'il est un loup-garou, nous savons qu'il est difficile pour lui de trouver un emploi. S'il n'a pas d'argent et qu'il n'a pas hérité la maison de ses parents, il ne peut pas s'offrir de logement et est donc considéré comme sans-abri. Sur ce point, nous ne pouvons que faire des suppositions puisqu'aucun livre ne nous permet d'affirmer que la loi sorcière préconise d'arrêter les vagabonds, mais il est fort possible qu'il ait été appréhendé par les forces de l'ordre. Même si ceux-ci avaient prévu de le relâcher peu de temps après, il se pourrait que par un malheureux hasard (ou une dénonciation) ils aient découvert que Lupin était un loup-garou. Or, si nous ne sommes pas très au fait de la législation des sorciers, nous avons déjà eu un aperçu de leur conception - assez personnelle - de la justice : la rétention arbitraire de Stan Rocade durant le tome 6 (quoique relativement excusable en raison de la période troublée), ou bien encore le procès de Harry au début de l'Ordre du Phénix, auquel le Magenmagot au grand complet était convoqué - alors qu'il ne s'agissait que de juger un manquement à la Restriction de l'usage de la magie chez les sorciers de premier cycle - dans le but évident de déstabiliser l'accusé. Puisque nous apprenons par la suite que c'est à l'initiative de Dolores Ombrage que ce procès était aussi démesuré, rien ne nous empêche de penser que quelqu'un d'autre au sein du ministère aurait pu s'arranger pour causer des ennuis à Lupin. Rogue, qui lui en voulait toujours depuis l'histoire du Saule Cogneur à Poudlard et était au courant de son secret, aurait pu demander à Lucius Malefoy, avec qui il semble être toujours en bons termes et qui a apparemment des connexions au ministère, de s'arranger pour organiser une « audience disciplinaire » pour Lupin, sous un prétexte fallacieux (attaque de loup-garou ou autre). De là, puisque nous savons (toujours par Ombrage) que certaines personnes sont particulièrement hostiles aux « hybrides » (OdP, 14), il n'est pas difficile d'imaginer qu'un Magenmagot composé de personnes acquises à ces idées ait pu expédier Lupin à Azkaban pour un nombre indéterminé d'années.


Cette hypothèse concerne le cas où Lupin aurait simplement été victime de sa condition de loup-garou ; mais il aurait aussi bien pu commettre une erreur. Il paraît très soulagé que Rogue lui prépare chaque mois sa potion de Tue-Loup, c'est donc parce qu'il n'a pas l'habitude d'en prendre et que cette médicamentation le soulage. Or, s'il n'en prend pas d'habitude (parce qu'il ne sait pas la préparer, parce qu'il n'a pas les ingrédients nécessaires ou encore, parce que, inventée « récemment », apprend-on dans le tome 3, elle n'était pas encore connue à l'époque), il est dangereux pour les autres trois jours mensuels. Il n'est pas impossible qu'il ait blessé quelqu'un, dans l'incapacité de se contrôler, et qu'il ait été arrêté ensuite.
C'est la phrase « Combattre les Détraqueurs n'est pas ma spécialité, Harry. Bien au contraire. » (PSM, 10), très intrigante, qui est à l'origine de cette théorie. Pourquoi préciser « bien au contraire » ? Il aurait suffi de dire qu'il n'était pas experts en Détraqueurs, cette précision était inutile. De plus, la description qu'il donne dans ce même chapitre des gardiens d'Azkaban est particulièrement juste et précise, comme s'il avait une longue expérience de rencontres avec eux. Pour le sorcier moyen, cependant, les chances de croiser un Détraqueur sont plutôt rares depuis quelques années. Nous remarquons aussi que lors de l'épisode dans le train, quand Harry s'évanouit, Lupin ne lance pas immédiatement son Patronus, il essaie d'abord de parler au Détraqueur. Parce qu'il repense à des souvenirs désagréables et doit reprendre ses esprits pour trouver de quoi effectuer un sortilège de Patronus efficace ?


Enfin, la raison qu'il invoque pour son départ à la fin du troisième tome (« Ils [les parents d'élèves] n'accepteront jamais que leurs enfants aient un loup-garou comme professeur » PdA, 22) n'est, sauf son respect, pas si convaincante que cela. Il aurait été facile pour Dumbledore de convaincre les parents que Lupin, grâce à la potion de Tue-Loup, est inoffensif, et qu'il était l'un des meilleurs professeurs que l'école ait vu enseigner depuis longtemps. Lupin est peut-être tout simplement sur le point de retourner à Azkaban. Pour l'en tirer, Dumbledore avait dû se porter garant que, si Lupin venait enseigner à Poudlard, rien de fâcheux ne se produirait. Or, à cause de l'incident dans la Cabane Hurlante, il a été impliqué dans une histoire mystérieuse (aux yeux du ministère) et sa période de liberté conditionnelle est donc terminée. Si Dumbledore, convaincu que Lupin était emprisonné sans raison aucune, n'avait pas réussi à le faire libérer définitivement c'est parce que, tout influent qu'il soit, Fudge est tout de même ministre ; et ce dernier voyait dans cette affaire une manière d'asseoir sa position par rapport à Dumbledore et de lui rappeler, même s'il lui demandait conseil chaque semaine, qui gouvernait.

Remus Lupin, une énigme autant qu'un homme, qu'il soit ou non allé en prison, a un lourd passé derrière lui et a certainement encore quelques cartes dans sa manche qui nous surprendront son compte.

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Théorie rédigée par Hedwige, gagnante du concours RHP « Théorie sur Rémus Lupin »