L'hindouisme
dans Harry Potter
Nous
savons que JK Rowling s'est appuyé sur plusieurs
religions et mythologies pour écrire ses livres. Ainsi, Narcissa
fait référence à Narcisse, personnage de la mythologie gréco-romaine qui tomba
amoureux de son reflet, et Minerva, à Minerve, déesse
romaine de la guerre et de la sagesse.
Si
ces références sont rendues faciles par notre lien étroit avec la culture
gréco-romaine, ce n'est en revanche pas le cas avec l'hindouisme, religion très
pratiquée en Inde.
Cette
analyse aura pour but d'exposer trois références importantes à la culture
hindoue, et indienne de manière plus générale, ainsi que le pourquoi de ces
références.
Les différentes références hindoues et indiennes
La
première référence que nous rencontrons lorsque nous lisons les romans Harry
Potter est double : il s'agit des sours jumelles Parvati et Padma Patil.
Ces
deux sours sont d'origine indienne. Padma, élève à Serdaigle,
porte un nom qui possède plusieurs significations en Inde. Tout d'abord, la
Padma est une des branches du Gange : lorsqu'il se jette dans le golfe du
Bengale, le Gange, fleuve sacré pour les Indiens, se divise en un delta. La
branche qui coule au Bangladesh se nomme Padma. La Padma est donc un affluent
du Gange.
A
partir de cela, selon certaines sources, Padma est la personnification du
Gange ; cependant, cette affirmation semble à remettre en question car la
déesse du Gange se nomme Ganga.
Enfin,
Padma signifie « lotus », une fleur importante en Inde.
Parvati,
quant à elle, porte le nom d'une déesse hindoue. En sanskrit, parvat signifie montagne : Parvati est en effet
la fille du roi des montagnes. Amoureuse du dieu Shiva, elle souhaite
l'épouser, mais celui-ci semble entièrement absorbé par sa méditation, ne la
remarque pas ; même le recours à Kama, le dieu du désir, ne porte pas ses
fruits. Parvati décide alors de se retirer pour pratiquer l'ascèse. Déguisé en
brahmane, Shiva décide de la tester en se moquant de lui-même. Voyant que
Parvati refuse de l'écouter et défend Shiva, il révèle sa véritable identité et
accepte de l'épouser. Par la suite, le couple conçoit deux enfants : Skanda, dieu de la guerre, et Ganesha,
dieu de la sagesse et de l'intelligence, qui lève les obstacles.
La
seconde grande référence à l'hindouisme concerne le serpent de Lord Voldemort, Nagini. Ce nom est le
féminin de Naga, qui signifie en sanskrit serpent. Ce
sont des divinités hybrides à corps de serpent ; le buste des Nagini représente de superbes femmes. Ils sont auréolés
d'un capuchon de têtes de serpent. Ces êtres vivent sur terre ou dans l'eau.
Détenteurs de pouvoirs, ils sont honorés par les Indiens qui leur adressent des
prières. Bien que possédant un aspect maléfique par leur poison, qu'ils peuvent
envoyer par le biais de leurs messagers aux hommes, c'est surtout leur aspect
positif qui ressort : ils représentent la fertilité et la fécondité.
Souvent représentés à l'entrée des temples dont ils sont les gardiens, leur
plus grand ennemi est Garuda, un oiseau mythique : en cela, ils se
rapprochent des Basilics avec les coqs. L'un des Naga
les plus célèbres est Avanta, un serpent qui se love
sur lui-même pour servir de couche à Vishnu lorsque celui-ci se repose suite à
la destruction du monde.
Enfin,
il est intéressant de noter qu'en malayalam, une langue de l'Inde parlée dans
l'Etat du Kerala et dans les îles Laquedives, le mot serviteur se dit. dhobi (merci Hedwige pour l'information). Simple
coïncidence ? . Concernant JK Rowling, le doute
est permis.
L'explication de ces
références
JK Rowling choisi rarement
ses noms au hasard : ils possèdent souvent une signification éclairante, par
exemple, sur la personnalité ; ainsi, « Minerva »,
qui fait référence à la déesse de la sagesse, semble particulièrement bien
représenter Mac Gonagall, qui est un personnage
réfléchi, sage.
Dans ces conditions, pour
quelles raisons JK Rowling a-t-elle choisi ces
références indiennes ?
Le choix des prénoms des
jumelles Patil ne semble pas apporter d'éclairage
particulier à ces personnages : il semble plutôt que JK Rowling ai simplement voulu souligner l'origine indienne
des deux filles.
En revanche, prénommer le
serpent domestique de Voldemort « Nagini » semble beaucoup plus intéressant. Pourquoi
avoir recours à une divinité essentiellement bénéfique ? En effet, les
mythologies ne manquent pas de références reptiliennes clairement
maléfiques : le fait de leur avoir préféré le nom « Nagini » a peut-être une signification.
Comme nous l'avons vu
dans la première partie, les Naga et Nagini peuvent avoir une connotation maléfique par leur
faculté à empoisonner les humains, cela étant facilement compréhensible par la
présence de cobras, et donc de morts dues à ceux-là, en Inde. Transposé dans
l'univers de Rowling, nous pourrions penser que cela
symbolise les méfaits commis par le serpent de Voldemort.
Cependant, on considère parfois que ce sont plutôt les messagers de ces
divinités qui sont les responsables du poison qu'ils administrent : et c'est au
contraire en priant le Naga que les hommes essaient
de combattre ce mal, en le persuadant de neutraliser son messager. Ainsi, même
l'aspect maléfique des Naga peut être relativisé.
De plus, l'aspect positif
de ces divinités est indéniable : ce sont les protecteurs, les gardiens,
symbolisant la fertilité des terres, la fécondité des femmes. En cela, nous
pouvons voir un reflet de l'aspect fertile de Nagini,
qui permet de nourrir Voldemort grâce à sa
traite :
« - ou est Nagini ? demanda la voix glaciale.
- Je...je ne sais pas,
Maître, répondit la première voix d'un ton mal à l'aise. Je pense qu'il a dû
partir explorer la maison...
- Il faudra le traire
avant de se coucher, Queudver, reprit la deuxième
voix. J'aurais besoin de me nourrir au cours de la nuit. Ce voyage m'a
grandement fatigué. »
p14 édition folio junior
Nagini devient la nourricière de Voldemort,
celle grâce à la fertilité de laquelle celui-ci réussit à survivre.
La référence au mot Dhobi semble la plus incertaine. JK Rowling avait-elle conscience de la ressemblance troublante
avec le nom de son célèbre elfe de maison ? On peut le penser. Elle n'est
pas femme à laisser ce genre de détail au hasard.
Etre serviteur en Inde rappelle
le système de caste (sortes de communautés regroupant les hommes du même milieu
et du même groupe de métier) qui, aujourd'hui encore, semble rester de mise
dans ce pays, malgré les lois pour le contrer.
Il y a quatre
castes :
Les Brahmanes, prêtres, enseignants et professeurs.
Les
Kshatriya, roi, princes, administrateurs et
soldats.
Les
Vaishya, les « hommes libres »,
commerçants et agriculteurs.
Les
Shudra, « bas peuple », qui font le
travail manuel.
En
dehors de ces castes existe d'autres hommes, les « Intouchables », ou
Dalit. Considérés comme impurs à la vue et au
toucher par les castes, ils sont voués aux travaux eux aussi impurs.
Il
existe plusieurs sortes d'Intouchables : parmi eux se trouvent les « Dhobi », la communauté qui s'occupe de la
blanchisserie, du lavage de linge. Bien qu'ils se considèrent eux-mêmes comme
supérieurs aux Intouchables, les castes les traitent tout de même comme
tels.
Cela
nous rappelle immanquablement la condition d'elfe de maison, considérée par les
sorciers comme inférieure à eux. Les elfes de maison sont destinés à servir
leur maître, se sont des esclaves qui n'ont pas les mêmes droits que les
sorciers, tout comme les Intouchables sont victimes de discrimination de la
part des castes. Discrimination qui semble pour certains normale car faisant
parti de l'ordre des choses : accepter sa caste, et donc accepter le fait
d'être Intouchable, c'est espérer renaître dans une caste plus haute lors de sa
prochaine réincarnation, tout comme la majeure partie des elfes de maison
accepte son sort, et se sent horrifié par l'attitude de Dobby.
Nous
avons vu à travers cette analyse à quel point le recours à la culture hindoue
semble important pour JK Rowling. Dans plusieurs cas,
elle lui permet de mettre en relief certaines particularités de personnages qui
lui semblent intéressantes : le rôle de Nagini
vis-à-vis de Voldemort, l'esclavage de Dobby. Ces références participent à la richesse littéraire
des livres Harry Potter : par un simple nom, la personnalité ou le rôle
est déjà évoqué.
Jessica