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Histoire de Zarbeth
Harry s'apprêtait à
descendre pour rejoindre tout le monde dans la grande salle. Il soupira en
regardant par la fenêtre la nuit tombée tout autour de l'école. Bien sûr,
Halloween.une nouvelle année, la grande fête, celle des sorciers surtout. Mais
comment célébrer ce jour en des temps si troublés ? La frontière entre la
mort et la vie, plus que jamais présente, si fréquemment franchie ces derniers
temps, les nouvelles alarmantes qui rythmaient chaque nouveau numéro de la
Gazette,
et puis, surtout, surtout, Dumbledore, absent de Poudlard.comment, en de telles circonstances avoir le cour
à la fête ?
C'est dans un couloir qui
lui semblait un peu plus lugubre qu'à l'habitude qu'Harry avança lentement. A
l'angle de l'escalier, une première vision lui réchauffa le cour :
Hermione et Ginny bavardaient à la lueur des
chandeliers qui diffusaient une lumière sombre le long des murs de l'école,
recouverts pour l'occasion de tentures de velours aux couleurs des quatre
maisons. Hermione portait la robe de Gryffondor, rehaussée
de ses insignes de préfet. Ce fut Ginny qui, la
première, posa un regard sur lui ; elle était tout simplement flamboyante.
Harry sentit doucement qu'un sourire faisait fondre ses doutes ;
l'ancienne magie semblait recommencer à agir.
Tous trois se dirigèrent
vers la salle où convergeaient les élèves. Les tenues étaient solennelles et
les couleurs se mêlaient dans la pénombre. Ils furent rejoints à l'entrée par Ron, un peu gauche à la vue de ses amis si cérémonieusement
vêtus. Ils s'attendaient tous les quatre à ce qu'ils allaient découvrir dans la
salle : les chandeliers en suspension, l'apparat des grands jours, les décorations
éblouissantes, et trônant au fond de la salle, la table des professeurs, plus
que jamais imposante. Mais ce qu'ils virent les intimida d'une manière à
laquelle ils n'étaient pas préparés : la salle était sombre, l'éclairage
vacillant des bougies semblait être le seul mouvement dans cet espace qui leur fut
tout à coup étranger. Pas de fantômes voletant de ci de là ; à peine de quoi
voir ce qui était posé sur les tables. d'ailleurs, à bien y regarder,
maintenant qu'ils s'approchaient, rien n'était posé sur les tables : ni
citrouilles, ni coupes débordantes ; toute la salle était sobre,
silencieuse, éteinte. Ils s'avancèrent vers leurs places habituelles. Les bancs
avaient été remplacés par des fauteuils. De leurs places, ils pouvaient voir
leurs voisins immédiats et la table des professeurs mais à peine au-delà. Dans
le noir presque total, Harry ne discerna qu'à peine la table de Serpentard et il ne vit pas du tout Malefoy
et ses acolytes. « Toujours ça de gagné »
pensa-t-il en soupirant. Ils s'assirent en silence et Harry retrouva ses
questions et ses inquiétudes ; la présence de ses amis à ses côtés, tout
aussi interdits que lui, le rassurait à peine. Où était passée la joie des
anciennes fêtes d'Halloween ? A quoi les avaient conviés le
directeur ? Pourquoi au fond, ne pas les avoir laissé passer la soirée
dans les dortoirs si c'était pour les amener dans cette salle lugubre et froide
tout à coup ?
Les professeurs entrèrent.
Ils étaient élégants mais sombres. Le professeur Mc Gonagall ouvrait la marche, l'air fermé. Hagrid, qui la suivait de peu, ne regarda même pas dans
leur direction. Harry se demanda quelle mauvaise nouvelle allait encore lui
être annoncée. Seul Rogue arborait son air suffisant, comme s'il se délectait
de l'ambiance morose qui lui allait à la perfection. Harry donna un coup de
coude à Ron qui hocha de la tête en apercevant comme
lui le regard perçant de celui qu'ils détestaient tant. Les professeurs prirent
place, laissant en leur milieu, le fauteuil vide de Dumbledore.
Harry serra les poings. Il n'était pas là, bien sûr ; ce soir encore, il
serait absent de l'école... Il sentit les larmes lui monter aux yeux. Pourquoi
cette réunion ? Pourquoi ? A quoi bon ? Autour de lui, d'autres
regards scrutaient l'entrée, cherchant un point de repère, une explication.
Le professeur Mc Gonagall se leva et pris la
parole dans un silence général :
« Chers élèves de Poudlard, voici revenu le temps d'Halloween. Vous savez
combien cette fête est importante pour nous. Cette année encore, nous la
célèbrerons en commun et nous ferons de ce moment particulier un temps de joie
où puiser la force dont nous avons besoin, aujourd'hui plus que jamais. »
Ron et Harry se regardèrent
et leurs questions muettes se croisèrent : un temps de joie ? Une
célébration ? Les professeurs avaient-ils abusé de bière au beurre avant
d'entrer dans la salle ? Ils jetèrent un regard à Hermione mais celle-ci
ne cillait pas ; toute entière au discours de McGonagall,
elle semblait presque. l'approuver ?
Ron haussa les épaules, Harry
lui répondit silencieusement et tous deux tentèrent de comprendre ce
qu'essayait de leur dire le professeur McGonagall.
« Le professeur Dumbledore a souhaité que la célébration de cette année
soient particulière. Il tient à ce que chacun d'entre vous, à ce que chacun
d'entre nous, précisa-t-elle en jetant un coup d'oil à ses collègues, se
souvienne du sens réel et de la fonction de cette fête. Installez-vous le plus
confortablement possible, profitez des boissons et des friandises qui vont s'offrir
à vous, et recevez la joie et le sens de cette fête. Joyeux Halloween à
tous ! »
Le silence retomba sur la
salle. Chacun s'enfonça dans son fauteuil, dubitatif, mais personne n'osa poser
la moindre question.
Harry attendit. puis,
lentement, il sentit comme un souffle se profiler au dessus de lui, en lui.
progressivement, intuitivement, mais avec une certitude claire il reconnut l'ombre
de Dumbledore qui s'étendait sur toute la salle,
emplissant les esprits. Il était là, plus présent que jamais, présent pour
chacun d'eux, présent en chacun d'eux. Sans qu'il puisse le voir, Harry perçut
son regard incisif et rassurant ; il lui souriait. Mon enfant, lui disait-il, ne
t'inquiète pas, tout va bien. Souviens-toi de ce qu'est Halloween : la
nuit de la jonction, la nuit du contact, la mort et la vie, la nuit de tous les
possibles. C'est que les frontières, les limites, sont des choses
franchissables, des barrières dont l'affection et le souvenir n'ont que faire. Rien ne se perd. Les êtres que tu crois
avoir perdus sont avec toi. Ceux que tu crois loin sont à tes côtés. Si cela ne
te quitte pas, alors tu comprendras : il y a des choses bien pires que la
mort.Toute notre force vient de là ; nul besoin d'autres pouvoirs, c'est
en toi que se trouvent tous ceux à qui tu tiens, pourvu que tu saches les voir,
pourvu que tu saches les aimer comme ils sont. Alors ici, puisque tu y es
protégé, puisque tu y es entouré de ceux qui veillent sur toi,,
célèbre ces liens infinis... Joyeux Halloween mon garçon !
Le souffle de Dumbledore s'était tu mais il était toujours là. Et Harry
sentit son cour s'emplir de présences aimées. Il tourna la tête et regarda
autour de lui : les élèves se souriaient. Hermione, Ron
et Ginny, comme lui, avaient l'air sereins et
détendus. Le froid, les inquiétudes qui l'avaient étreint dans l'attente de
cette soirée avaient fait place à une étrange mais très agréable chaleur.
Alors il se sentit fort,
très fort, certain de son chemin. Pour eux, grâce à eux, bien sûr, il
vaincrait. Quel que soit ce qu'il affronterait dans les difficiles heures qui
ne manqueraient pas de venir, il garderait la certitude, la confiance qu'il
sentait battre en lui, en eux, en ce moment. Hermione leva la coupe qui se
trouvait devant elle et d'autres élèves l'imitèrent. De joyeux tintements
retentirent ; dans un calme tranquille. L'atmosphère était devenue légère.
Les élèves mangeaient, murmuraient, souriaient. Harry naviguait, des yeux de
ses amis au souffle de Dumbledore qui l'emplissait
toujours ; mais plus que tout, ce qu'il ressentait, c'était la tendresse
de sa mère, la force de son père, l'affection de son parrain. Leur présence
était claire mais diffuse. Il se savait tout à coup le fruit de leurs
existences à tous. Il sentait que rien n'était perdu, que tout était là, et
qu'ici, pour ce soir, tout était bien. Le regard captivant de Ginny, la main forte et assurée de Sirius ; les clins
d'oeils amusés de Ron ; la voix calme de Dumbledore ; sur ses joues de bébé, le baiser chaud de
sa mère.
Ils profitèrent longuement
de la douceur de cette soirée. La salle restait silencieuse ; les rires et
les éclats habituels aux festins de Poudlard
semblaient avoir été remplacés par des sourires complices, des oillades
discrètes ; chacun laissait l'autre se recueillir, plonger au cour de
lui-même, vers ce qui faisait sa force, son identité. La salle qui leur avait
semblé lugubre leur paraissait maintenant apaisante.
Lorsqu'ils regagnèrent les
dortoirs, ce fut dans un ordre spontané et sans bruit. Seuls certains
chuchotements manifestaient l'étonnement des élèves après une soirée si
inattendue.
« Alors, comment
as-tu trouvé la soirée ? » demanda Hermione doucement ?
« Etrange, mais .vraiment.
très bien ! Je. je ne savais pas que c'était possible. je veux dire, pas à
point là, pas avec cette force là ! » répondit
Harry dans un souffle !
« Et toi Hermione, tu
ne vas tout de même pas dire que tu t'y attendais ! » lança Ron.
« Non, bien sûr, lui
dit-elle en souriant, mais bon, c'était possible ; il y avait tant
d'indices ! Cette année n'est pas une année comme les autres, à bien des
égards malheureusement. Il fallait donc une fête spéciale, il fallait en
retrouver le vrai sens... Et chacun de nous a reçu ce dont il avait besoin,
non ? »
Ils arrivaient devant la
grosse dame et Ron prononça le mot de passe.
« Oui. C'est
exactement cela. » La voix d'Harry était ferme et calme. « Bonne nuit
à tous ! », il posa sur chacun de ses amis un regard où brillait une
lueur nouvelle, embrassa Ginny avec tranquillité et rejoignit
son dortoir avec en son cour la certitude que leur présence ici, à tous,
n'était pas vaine. Harry commença cette nuit là avec le sentiment très fort que
rien n'était perdu.
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