Poème de Zarbeth
Quatrième au
concours
A l’Arrogant Aimé
Au vide de mon âme, aux confins du néant,
Au repli de ma vie, je nourris l’étincelle
Qu’un esprit silencieux, qu’un charme ensorcelant,
Nocturne et immobile, ô murmure irréel
Déposa, en passant, sur mon cœur indolent.
Je quête le regard dont je veux me défaire
Et j’ose en quelques mots que mon souffle retient,
Que je combats en vain, que j’interdis, Sévère,
Que j’ai tus tant de fois, j’ose l’aveu du lien
Impossible sans doute et que pourtant j’espère.
Tu pourrais voir en moi, en mon être insipide,
Et briser d’un geste de ta main pâle et froide,
Balayer d’un revers, d’un jugement rapide
L’offre éperdue de l’âme qui se meurt pour toi.
Mais je péris aussi si de ma bouche avide
Ne s’échappent enfin les serments qu’en secret
J’ai prononcés, bravant ma retenue fragile.
Des tortures de ton cœur, prisonnière à jamais
De ton mystère ardent, amoureuse servile,
Je bois au regard noir qui scelle mes regrets.
Les volutes suaves que ton art sait causer
Agitent mon esprit, bouillonnement violent,
D’où s’envole en fumée mon long songe insensé.
Je frémis aux vapeurs, au flot des mots brûlants
Dont de précieuses fioles sont l'écrin glacé.
Pardonne mon audace, écoute sa détresse.
Et si tu me méprises, au moins, tu me regardes,
Moi l’amante muette que ses propres voeux blessent.
Et si tu te détournes, jalouse, je garde
Ton être sombre et froid, ombre que je caresse.