Histoire de Littlecoffe
Cinquième
ex-aequo
C'était le premier matin des vacances de Noël.
Seuls se trouvaient encore dans la salle commune de Gryffondor
une première année au destin tragique - ses parents avaient été massacrés par
un Rouge russe, le pire des dragons - deux deuxièmes années inséparables, un
septième année dont les parents faisaient un tour du monde en transplanage, et deux de nos héros, Harry et Hermione. Ron, lui, était en retenue pour toute la journée avec le
professeur Mc Gonagall,
pour avoir utilisé, sans une immense discrétion, un composant de la désormais
célèbre Boîte à Flemme.
Hermione parlait avec animation du "petit" livre qu'elle
avait lu la veille sur le Pôle Nord, et cherchait vainement à capter
l'attention de Harry :
- Est-ce que tu savais que les pingouins que nous appelons pingouins
étaient en réalité des manchots? Les pingouins savent voler!
- Oui... La consistance du bacon est inquiétante. Il faudra qu'on aille
voir en cuisine ce que les elfes de maisons mettent dedans, ça ne m'inspire...
Il eut à peine le temps de voir le regard furieux que lui lança
Hermione (qu'il prit simplement pour un regard de la fondatrice de la SALE) car
il fut interrompu par l'apparition de Dobby, qui
semblait catastrophé :
- Harry Potter, Monsieur, j'ai attendu toute la nuit pour vous parler!
Une chaussette a disparu du dortoir! Et c'est la chaussette que...
Il hésita un instant, mais finit par dire en baissant la tête et la
voix :
- C'est la chaussette qui emballait votre cadeau. Je l'avais mis sous
votre matelas car j'avais peur qu'en cuisine quelqu'un le mange. Depuis que
Miss Granger a caché des chapeaux dans la tour, je suis le seul à nettoyer
votre dortoir, ce qui m'assurait qu'aucun elfe ne tombe dessus. Et je me suis
rendu compte en aspirant que votre cadeau avait... que votre cadeau avait...
Il réprima un sanglot, mais ne put finir sa
phrase. Harry, ému par le désespoir de Dobby, prit un
ton consolant pour lui dire que ce n'était pas si grave, et qu'il était déjà
très heureux qu'il ait pensé à un cadeau.
- D'ailleurs, pour te montrer que j'attache une très grande importance
à ce cadeau, nous allons faire venir un détective privé spécialisé dans les
urgences du type de Noël. Je suis sure qu'un tel détective est dans les
parchemins jaunes.
- Ah, Harry Potter, que vous me consolez! Je retourne tout de suite aux
cuisines! Non, je vais allez chercher le nom du détective tout de suite! Ah,
merci mille fois, Monsieur!
- Juste une chose, Dobby, reprit Harry, tu
m'as bien dis que tu... "aspirais"? Il y a
donc des aspirateurs à Poudlard?
- Des aspires à terreurs? fit Dobby, les yeux
exorbités. Non, Monsieur, nous utilisons uniquement la magie blanche à Poudlard, et d'ailleurs les elfes n'utilisent jamais la
magie noire!
Il disparut alors dans un claquement soudain, laissant Hermione
rappeler à Harry l'impossibilité de tout appareil électrique à Poudlard.
Le détective, ou plutôt la détective, arriva expressément le soir même.
C'était une charmante blonde nommée Lucius, ancienne Danseuse Etoile
reconvertie à cause de son trop grand âge. Elle était extrêmement sympathique,
ne demanda aucun honoraire, prétendant faire cela pour le plaisir, et expliqua
à tous ceux qui le souhaitaient, dès son arrivée, la cause de ce prénom
relativement singulier :
- C'est que les Médicomages avaient été
embêtés par la dernière échographie de ma mère. C'était la fin de la journée,
ils avaient oublié le rendez-vous, et il voulaient
aller boire... hum... une tasse de thé ensemble. Ils ont pioché une échographie
au hasard pour se débarrasser d'elle, et par malheur, ils sont tombés sur celle
d'un petit garçon. Mes parents ont choisi mon prénom avant ma naissance, et
quand ils se sont rendus compte de l'erreur, c'était déjà trop tard.
Mais j'aime beaucoup ce prénom, remarquez! fit-elle
avec un grand sourire.
Elle passa tout à coup à un ton très professionnel.
- Très bien, puis-je voir le lieu du crime, messieurs dames, avant que
l'on éteigne les lumières ?
On la conduisit au dortoir, devant le lit de Harry, qui fut bien
incapable de lui situer précisément l'ancienne place de l'objet dérobé, ne
l'ayant jamais vu. Elle sortit alors un kaléidoscope et en un instant trouva
une écaille de crocodile sur le sommier. "Etrange mais efficace"
pensa Harry, car la belle Lucius, après avoir modifié son appareil, avait à
nouveau décelé des traces de lait, d'oeuf et de kloug.
Elle resta pensive un cours instant, puis déclara :
- Le coupable est un pingouin accompagné d'un ornithorynque.
Et devant la surprise des élèves présents, elle ajouta :
- Voyez-vous, il n'y a qu'un pingouin pour aimer le kloug,
à part les elfes de maisons, qui ne voleraient pour rien au monde. Mais un
pingouin ne peut porter de sacoche - et celle-ci est en crocodile - il est donc
accompagné par un autre animal. J'ai alors tracé un cercle avec le bon bout de
ma raison, et j'y ai mis tous les éléments de cette affaire. Du lait, de
l'oeuf, un animal, ça vous fait penser à... ?
Elle jeta un oeil dans l'assemblée muette.
- L'ornithorynque, évidement, puisque c'est le seul animal à pondre des
oeufs et allaiter son petit à la fois!
Les coupables sont retournés depuis longtemps à leur repaire, mais
soyez sûrs qu'ils reviendront sur les lieux du crime! C'est pourquoi nous
allons leur tendre un piège. Vous deux, dit-elle en désignant Dean et Neville,
allez me chercher un arc et du kloug.
Elle prit un regard inquiétant, puis dit :
- Nous allons capturer les coupables cette-nuit
même.
Lorsque Dean et Neville furent de retour, elle installa un piège très
élaboré mêlé à de la magie, afin que l'arc lançât une filet sur le gourmand au
moment où le kloug serait mangé.
Cette affaire fut certainement la plus étrange mais aussi la plus
simple de toute l'Histoire de Poudlard. En effet, les
animaux, comme l'avait prédit Lucius, furent capturés sans soucis. Suivant une
brillante idée d'Hermione, un procès fut organisé. L'accusation fut à Lucius,
la défense à Hermione et la présidence à Ron, enfin
revenu de sa journée. La première fut certainement trop bavarde, car l'oreille
avisée d'Hermione, ajoutée aux avantages de passer un moment avec un détective
professionnelle, comprit que Lucius ne cherchait pas la justice, mais la
condamnation à mort des deux bêtes qui ne pouvaient,
ou ne voulaient, parler. La détective, n'étant pas contrariante et se sachant
perdue, avoua tout et même un peu plus. Elle avait toujours un grand sourire.
- Oui, je suis une taxidermiste. Il ne me manquait que ces deux animaux
pour achever ma sublime collection. Je n'avais pas le droit de tuer des membres
de ces espèces, donc j'ai mis ai point un stratagème : je savais que deux de
ces animaux rodaient dans les environs. Il m'était impossible de rentrer dans
le château, donc je les ai incité à voler le kloug,
tout en m'inscrivant très rapidement aux parchemins jaunes en tant que
"détective spécialisée dans les urgences du type de Noël". Il m'a
ensuite été facile de les jeter dans la gueule du loup, et j'espérais pouvoir
récupérer les corps après l'exécution. Et voilà, ce doit être tout... Ah non!
Vous savez, les moldus et les sorciers ont
complètement détraqué le climat : les premiers l'ont refroidi par la magie, et
les seconds l'ont réchauffé par le gaz carbonique. Cela explique que le
pingouin soit descendu du pôle Nord et que l'ornithorynque soit remonté! C'est
assez étrange, j'en conviens.
Ainsi se termina le procès : la si gentille Lucius reçut la clémence de
la Justice, Harry eut, avec une immense surprise, sa chaussette avec du kloug pour Noël, et Hermione récupéra avec joie le
kaléidoscope.