Les démons de la nuit

 

Chapitre 8 : Le Monstre


Lorsque Severus s’éveilla ce matin là, il savait qu’il devrait prendre une décision. Sa mère elle même, par la bouche de Sofie, le lui avait fait comprendre. Sa vie se devait d’être utile, en ces temps troublés… Qu’allait-il faire ? Il avait rejoint les mange-morts dans l’espoir de retrouver un père. Il avait fait fausse route. Les autres membres l’avaient accueilli chaleureusement, bien sûr, mais ils étaient trop riches et trop vaniteux.

Jamais il n’évoquait sa famille, et il pensait que les autres avaient conscience de sa gêne. Maintenant qu’il savait que son père était un proche de Dumbledore, que sa mère aussi craignait Voldemort, il ne savait plus que faire. Demeurer du côté sombre, c’était être avec les plus forts. C’était combattre Dumbledore et son armée. C’était aller vers la victoire, faire partie des maîtres du monde. La lignée de sorciers dont il était issu, lui en donnait le droit. Ses ancêtres avaient toujours pratiqué la magie noire, certains avaient été brûlés vifs par les moldus. Leur sang coulait dans ses veines. Il était un mage noir. Il en avait la puissance et les talents. Il ne ferait que suivre son hérédité.

Certes, mais son père, même s’il connaissait la magie noire et en usait de temps à autre, n’était cependant pas lié à Voldemort. Au contraire il le combattait. Et puis sa mère l’avait aimé, lui avait fait confiance. Et jusqu’au bout, elle espérait son retour. En lui aussi se trouvait une partie de son héritage… Plus il y songeait, plus il prenait conscience de sa duplicité. D’un côté ses ancêtres, dans l’ombre de qui il avait été élevé et chez qui il avait vécu. Ceux là lui prônaient d’être fidèle au Seigneur des ténèbres qui vengeraient leurs morts.

De l’autre sa famille paternelle, qu’il ne connaissait pas, mais qui combattait Voldemort. Ceux là lui commandaient de les rejoindre, de résister et avec eux de vaincre et de rendre la Paix au Monde. Sa mère lui demandait de s’engager. Elle même avait choisi de rejoindre le côté de Dumbledore, sans pouvoir mettre à exécution ses projets. Que pouvait-il faire ? Que devait-il faire ? Trahir ses ancêtres ? Ou les dernières volontés de sa mère ?

Il s’était rallié au côté sombre, mais n’y avait pas trouvé ce qu’il cherchait, ni de quoi s’accomplir réellement. Et même s’il n’avait aucune attirance pour les moldus, il lui répugnait un peu de les massacrer avec autant de constance. Ils pouvaient faire de très bons esclaves. Ses premières expériences n’avaient pas été très concluantes. Il n’avait pas ressenti l’excitation, ni le plaisir de tuer que lui avait promis ses compagnons mangemorts.

Certains en retiraient une telle jouissance, qu’ils auraient pu tuer sans raison. Rogue, lui, le faisait par devoir, ou du moins ce qu’il croyait être son devoir à ce moment là, mais avec un certain dégoût. En y réfléchissant, il y avait bien deux ou trois personnes qu’il aurait prit plaisir à tuer, et même à torturer. Ceux là même qui l’avaient humilié dans sa jeunesse. Potter et Black en particulier…

 

Severus pensait qu’il pourrait peut être agir à sa façon. Il faisait la liste de ses qualités : il était discret, passait relativement inaperçu, du moins parmi les mange-morts, avait de grandes facultés psychiques. Il était très bon en occlumencie et pouvait ainsi cacher assez facilement ses pensées, il était également habile en légilimencie qui lui permettait de lire dans les souvenirs d’autrui. Il avait toujours été intéressé par les cours de défense contre les forces du mal, même si en l’occurrence il faisait actuellement partie des forces du mal… Toutes ces qualités faisait de lui un espion potentiel… Physiquement il n’était pas très fort, ni très adroit sur un balai, mais cela importait peu. Il n’aurait pas à combattre par la force, mais par la ruse…

Avant de prendre une décision qui influerait sur son avenir, et peut être sa vie, il décida de solliciter un entretien privé avec le Maître. A l’exception du jour de son engagement parmi les mange-morts, il ne l’avait plus revu qu’en société. Soit Voldemort pérorait au milieu d’un groupe admiratif, soit il se faisait discret et nul ne pouvait l’approcher. Sa demeure était secrète. Il pouvait passer par Malefoy, qui était un de ses préférés, mais quelque chose lui disait de s’en méfier. Lucius aussi était secret et habile. Il aurait pu se poser des questions. De plus l’épouse de Lucius venait de mettre au monde un bébé, et il passait beaucoup de temps auprès d’elle. Rogue décida de rédiger une lettre pour le Seigneur des ténèbres.

« Maître,

Je fais parti depuis quelques années de vos fidèles. Je vous ai toujours servi avec loyauté, quelque soient vos ordres. Mais dans cette lutte qui s’annonce fatale pour l’un des deux camps, j’aimerai faire plus encore.

Je vous demande de ne pas sous-estimer mon dévouement pour vous et de penser à moi, s’il vous arrivait d’avoir besoin de personne de confiance.
Sincèrement vôtre.
Severus Rogue »


Rogue ensorcela la lettre pour que seul son destinataire puisse en prendre connaissance. Mais il ne savait comment la lui faire parvenir. Sans ami ni famille, il n’avait pas l’utilité d’un hibou porteur de courrier. Il gardait la lettre sur lui, attendant une occasion de lui transmettre.

Cette occasion arriva bientôt. Un soir, un coup frappé aux carreaux le sortit de ses pensées. Un aigle royal se tenait sur le rebord de la fenêtre. Il portait un message et une petite bourse dans ses serres. Dès que Rogue lui eut ouvert la croisée, il entra dans la pièce. Il posa son fardeau sur ses genoux, se percha sur la cheminée et de son œil perçant scruta la pièce. Il avait l’air de chercher quelque chose.

Severus n’osait pas faire un geste pour lire la missive, mais voyant que le rapace ne bougeait pas, il défit le lien qui retenait le parchemin. L’en-tête le fit frémir : une tête de mort avec un serpent en guise de langue. Et dessous quelques mots inscrits en caractères de feu : « Tous ceux qui désireront me rejoindre parviendront à me trouver. » La missive semblait ne rien contenir d’autre. Rogue la retourna, l’approcha du feu, mais la chaleur ne dévoila rien. Il pensa alors à la bourse que l’aigle avait déposée avec le pli. Il y trouva une pierre brute de couleur verdâtre. Une émeraude non taillée. Il l’approcha de la lettre et les caractères se révélèrent alors.

 

« Les êtres purs qui désirent servir leur Seigneur, seront toujours accueillis par lui. Ils devront délaisser toute volonté et initiative afin de se mettre au service du Maître.

Ce que le Maître ordonnera, son serviteur le fera. S’il désobéit, son Seigneur aura tous les droits sur lui. Y compris celui de le sacrifier.

Mange-mort est un honneur auquel peu ont droit. Ceux qui l’obtiennent seront comblés au-delà de leurs espérances.

Ceux qui veulent avoir l’honneur de se présenter au Maître devront suivre Thanatos. Il les conduira. »

 

Rogue n’eut pas à réfléchir. Une rencontre avec Voldemort, c’est ce qu’il recherchait. Il regarda l’aigle qui ne bougeait pas plus qu’un marbre et prononça :

-« Thanatos ? Je voudrais voir le Maître. »

L’aigle sembla alors grandir. Il ouvrit ses ailes. Elles emplissaient toute la pièce. Rogue lui faisait face. Les yeux de l’oiseau l’hypnotisaient. Ils lui ordonnèrent de s’approcher. Lorsqu’il ne fut plus qu’à deux pas, Thanatos enroula ses ailes autours du corps de Severus. Ils étaient maintenant serrés l’un contre l’autre. Alors l’aigle poussa un long cri plaintif et Rogue se sentit soulevé de terre. Il était comme transporté. Pourtant le rapace ne pouvait pas voler, puisqu’il sentait ses ailes l’enserrer. Il ne voyait plus rien autours d’eux. C’était la nuit. Une nuit sombre. Sans étoiles. Une nuit de néant.

 

Le voyage ne dura que peu de temps et bientôt il senti à nouveau le sol sous ses pieds. L’oiseau relâcha son étreinte et Rogue put voir où il se trouvait : une pièce tendue de soieries noires, sans portes, ni fenêtres. Pourtant Thanatos avait disparu. Il se sentait comme prisonnier d’un étrange tombeau.

Après quelques instants, une silhouette se détacha de l’ombre d’un mur, sans que l’on puisse dire si elle était déjà là, ou si elle venait de traverser la cloison. Dans la pénombre Rogue regarda le nouveau venu et s’agenouilla aussitôt. Le Seigneur des Ténèbres se tenait devant lui. Il n’était pas si grand que dans le souvenir de Rogue, mais ses traits étaient majestueux et ses yeux avaient le même regard que celui de l’aigle…

 

-« Maître ! Je viens me mettre à votre service… Vous pouvez avoir foi en moi… J’aimerai être utile. »

-« J’aime ceux qui veulent me servir, mais je préfèrent ceux qui s’abaissent devant moi se considèrent comme des vers de terre. Tu crois m’être utile ? Je n’ai besoin de personne en particulier pour asseoir mon pouvoir, mais chaque misérable larve rampante qui se met à mon service le renforce. » Rogue était demeuré au sol, évitant de croiser le regard de Voldemort. Celui-ci continuait son monologue…

-« La puissance du Maître des Ténèbres est telle que même seul, il pourrait régner sur le monde entier. Mais il aime à être entouré de valets et d’admirateurs… Voyons, en quoi pourrais-tu me servir ? As-tu des pouvoirs spécifiques, inconnus ? En tous cas, ta volonté était grande de me rencontrer, car je l’ai ressentit lorsque tu m’as écrit cette lettre… »

Severus tressaillit. Peut être suffisait-il de prononcer son nom pour qu’aussitôt il sache ce que l’on pensait de lui. Il se jura de ne plus jamais utiliser son véritable nom, même en pensée. Il comprenait maintenant pourquoi les autres sorciers l’appelaient avec craintes « celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » ! Il devait faire attention de bloquer ses souvenirs au maximum afin que le Maître ne pénètre pas sa mémoire…

« Et bien », continua Voldemort, « je crois que tu pourras nous accompagner lors de notre prochaine expédition… Je sais, tu as déjà participé à ce genre d’amusement… Mais cette fois-ci ce sera du sérieux ! Des ennemis puissants. Protégés par leurs amis. Mais le gardien de leur secret vient de rejoindre nos rangs… attiré par le pouvoir et la puissance du Maître. Il n’a pas hésité – ou si peu, ajouta-t-il avec un sourire sardonique – à trahir ses amis et à révéler leur cachette… Il sera des nôtres aussi pour montrer son courage.
            « Juste une chose. Il y aura un enfant. Je veux, je dois être celui qui le tuera. Bellatrix m’a parlé de ta répugnance à achever les bébés… Celui-là, il est pour moi ! Vous, vous occuperez des parents… Des aurors, des durs à cuire, mais nous les vaincrons et alors notre pouvoir n’aura plus de fin, plus de limite… Notre règne sera assuré.
            «  Relève toi. » Severus se redressa. Il dominait Voldemort d’une tête et n’osait déplier entièrement sa silhouette pour ne pas vexer le Maître. « Je lis dans tes yeux ta soumission totale. Prépare toi, pour ta mission. Je te ferais chercher le jour même. En attendant Thanatos, mon portoloin vivant, va te raccompagner. Et n’oublie pas. Je saurais si tu me trahis et ma vengeance n’aura de cesse qu’à ton trépas. »

Rogue s’inclina de nouveau devant lui, sans une parole. Lorsqu’il releva la tête, il avait disparu et l’aigle se tenait à sa place. A nouveau, il ouvrit les ailes, embrassa Rogue de toute leur force et en un instant ils se retrouvèrent à nouveau chez lui, devant la cheminée. Déjà l’oiseau s’éloignait et Severus se demandait s’il avait rêvé cette rencontre…