Les Démons de la nuit
L’aventure
avec Célubée avait fortement troublé Rogue. Il était
sûr de n’avoir pas rêvé. Il avait parlé avec elle, l’avait tenu dans ses bras
et cependant elle était morte depuis de nombreuses années. Loin de lui inspirer
un sentiment de dégoût ou de répulsion, il en était au contraire enchanté. Non
pas qu’il fut nécrophile, mais lui qui depuis son enfance cherchait à converser
avec les morts –et plus particulièrement avec sa mère- il venait d’avoir la
preuve que c’était possible.
Cependant
il n’avait pas choisi la personne et ne savait pas quel était le miracle ou
l’enchantement qui l’avait produit. Il s’intéressa avec plus d’attention au monde
des morts. Il lut tous les ouvrages qu’il put trouver
sur les rites funéraires des anciens, les croyances de vie après la mort et
quantité d’ouvrages sur les vampires et les fantômes. Malheureusement il ne
trouva aucune recette, aucune potion ni sortilège spécifique. On ne savait
pourquoi un mort décidait de hanter un lieu ou, au contraire, de dormir à tout
jamais sous la pierre froide. Rogue se replongea encore davantage dans la
pratique de la magie noire. Il trouva quelques éléments de réponses dans un
traité intitulé « Sur les morts et leur réincarnation » par Salazar Serpentard.
Plusieurs
éléments étaient à prendre en considération : ceux qui étaient décédés de
mort violente avaient plus de chance de revenir que les autres. Un bon
bourgeois, mort d’indigestion dans son lit à près de quatre-vingts ans, avait
peu de chances de retourner visiter ses proches. L’âge du défunt et son désir
de se venger ou de terminer une tâche commencée étaient aussi à envisager.
Certaines âmes n’étaient satisfaites que lorsqu’elles avaient aidé leurs
descendants à déterrer le trésor familial ; pour d’autres c’était le
besoin de faire justice, de châtier son meurtrier ou faire reconnaître leur
innocence par delà les siècles.
Pour
Severus sa mère répondait à ces critères. Elle était
morte jeune, mais il avait gardé son image imprimée au fond de lui. Elle
n’était pas très grande, avait de magnifiques cheveux noirs qui lui
descendaient très bas dans le dos. Parfois elle les nattait et les rassemblait
sur le haut de sa tête à la manière des slaves. Le soir Severus
avait le droit d’aider à les dénouer. Il adorait l’odeur un peu douceâtre qui
s’en dégageait. Il s’y lovait parfois quand sa mère était d’humeur triste et la
consolait ainsi. Le visage de sa mère se dessinait maintenant devant ses yeux.
Son teint était pâle et ses yeux clairs dissimulaient à son fils qu’elle avait souvent pleuré.
Pour
Rogue c’était la plus belle femme au monde. C’est ainsi qu’il imaginait les
déesses. Lorsqu’elle mourut il venait d’avoir trois ans. Ce fut un déchirement.
Rogue avait toujours pensé que son grand-père avait tué sa mère un soir où il
l’avait trop battue. Elle s’était enfuie très jeune de chez elle pour vivre
avec un mage noir, que Rogue avait identifié comme étant Voldemort.
Après quelques mois passés en sa compagnie, elle revint à la maison, apeurée.
Elle attendait un enfant et son compagnon l’avait chassé.
Si,
à l’annonce de sa paternité, il avait été fou de joie à l’idée que son sang
allait circuler dans un petit être humain, que sa descendance était assurée, il
avait très vite eut des doutes et certains signes lui avaient révélé qu’il
n’était pas le père. Il avait d’abord voulu la tuer, mais sa cruauté n’avait
pas encor atteint les sommets qu’il dépassa par la suite. Il lui fut impossible
de l’achever et il la renvoya chez elle plutôt défigurée. Ses parents ne surent
jamais qui était le père de l’enfant. Seule avec Severus,
elle lui en parlait quelquefois : « il faut que tu sois fier de tes
parents. Si ton père était là, il saurait te protéger. Nous pourrions vivre
heureux tous les trois… » Elle se prenait à rêver puis disait
mystérieusement : « Peut être, un jour… Bientôt, qui sait ? Il
sera de retour… »
Severus n’en demandait pas
davantage. Sa mère lui suffisait. Si son père revenait il lui faudrait la
partager et il n’en avait nullement l’intention. Il se serrait contre elle et
sa mère l’embrassait. Quelques fois il aurait voulu être plus grand, pour la
défendre et la protéger. Quand il serait un homme, il l’emmènerait loin. En
attendant, il l’entendait pleurer en suppliant son grand-père. Un jour il
assista à la scène suivante, qu’il ne put jamais
oublier.
Il
commençait à s’endormir, sur le matelas posé au sol près du lit de sa mère,
lorsqu’il entendit des cris qui venait de la salle à côté.
-« Tu vas parler, garce ! », disait la voix de son grand-père.
- « Non, pitié, je vous jure que ce n’est pas lui le père ! »
- « Qui donc alors ? »
- « Il ne pourra rien pour vous ! »
- « Ce n’est pas un moldu,
j’espère ! »
- « Non, pitié, quand il reviendra je vous le présenterais. Il est en
mission secrète. Je ne peux rien dire… Pitié. »
Severus entendit un fouet claquer. Il entra dans la
salle. Sa mère était agenouillée près de la cheminée, suppliante, pendant que
son grand-père fulminait. Il se jeta contre sa mère en pleurant.
- « Que fait ce diable d’enfant ici, Sophaletta ?
Ne peux-tu pas le coucher ! Allez, va ! Nous reprendrons cette
conversation… »
Rogue
détestait son grand-père, qui faisait tant souffrir sa mère, mais lorsqu’elle
mourut, de faiblesse pour les uns, de chagrin pour les autres, son grand-père
le garda auprès de lui. Il lui ressemblait beaucoup. Il ne le ménageait pas, le
faisait dormir sur de la paille et lui laissait les plus ingrates besognes,
mais de temps en temps, il lui transmettait ses connaissances en magie noire.
Lorsqu’il eut l’âge requis, il reçut sa lettre d’admission à Poudlard et fut admis chez les serpentards.
C’est
là qu’il entendit parler de Lord Voldemort. La
plupart de ses camarades le vénéraient, parlant de lui comme du sauveur des sangs-purs. Parmi les élèves de dernière année, un certain
Lucius Malefoy recrutait activement ses partisans.
Rogue était trop jeune, mais il finit par se demander si ce Voldemort,
qu’on appelait aussi « Seigneur des ténèbres », n’avait pas un
rapport avec sa mère. N’était-ce pas lui ce fameux mage noir qu’elle avait
suivi et qui l’avait chassé ? N’était-il pas son père, en réalité ?
Il posa un été la question à son grand-père.
-
« Tais-toi, malheureux bâtard ! Ne prononce jamais ce nom là !
« Tu-sais-qui » a de grands pouvoirs, mais
il est cruel. S’il connaissait ton existence, il te tuerait ! »
Severus n’interrogea plus son
grand-père, mais il en conclut qu’il était bien le fils de ce sorcier que tous
craignaient. Il se demandait cependant pourquoi il le tuerait, comme avait
menacé son grand-père. Cela ne lui déplairait pas d’avoir un père aussi
puissant, il aurait pu le défendre contre tous ceux qui se moquaient de lui, a
commencer par la bande de Potter et Black, ces Gryffondor
qui se moquaient de lui sans cesse. Et puis, un soir où il assistait à un cours
de magie noire, dispensé secrètement par le professeur Sorcerus
Luciferus, le professeur leur avait parlé des
revenants. Ces morts qui étaient de retour sur terre, pour quelques heures ou
plusieurs années, parce qu’ils avaient un message à transmettre à leurs
descendants.
Rogue osa poser des questions sur le
sujet : Comment un mort revenait-il ? Pouvait-on soi-même faire
revenir quelqu’un d’entre les morts ? Comment s’y prenait-on ? Le
professeur resta dans le vague. C’était possible à de grands mages noirs, mais
en cas d’échec c’était très dangereux, on pouvait réveiller des forces
infernales terribles et on ne savait pas jusqu’où pouvait aller leur puissance.
Seule une raison impérieuse autorisait ces sortes d’expériences à des experts.
Dès
lors Severus n’eut plus qu’une idée en tête, faire
revenir sa mère, ne serait-ce que quelques heures, pour savoir qui était son
père : Voldemort, qu’il appelait lui aussi le
Maître des ténèbres, ou un autre mangemort ?
C’est à cette époque qu’il rencontra Lily Evans au cours de magie noire.
C’était une Serdaigle, mais le professeur Luciferus avait senti en elle des pouvoirs très puissants
et lui avait proposé de suivre ses cours. Elle devait jurer de n’en parler à
personne. Dumbledore, qui avait interdit l’étude de
cette matière à Poudlard, ne devait rien savoir. Severus pensait que Lily pourrait l’aider. Elle avait de
très grands forts pouvoirs psychiques, qu’elle ignorait elle même. Rogue était sûr
qu’elle ferait un bon médium.
Il
lui en avait parlé un jour, alors qu’ils travaillaient ensemble dans la
bibliothèque. Lily avait été touché par sa détresse. Malheureusement, ils
s’étaient brouillés irrémédiablement quelque temps après. Toujours à cause de
la bande à Potter qui lui avait joué une mauvaise farce. Même si, à l’époque,
il avait abandonné le projet, il n’avait jamais renoncé au fond de lui à
chercher à savoir qui était son père.
Lorsqu’il
était arrivé parmi les mangemorts, recruté par Lucius
Malefoy, qu’il avait rencontré dans une boutique de
l’allée des embrumes, il avait tenté de faire parler les plus anciens
compagnons de Voldemort. L’un d’entre eux lui avait
raconté l’histoire d’une jeune femme qui avait vécu un temps avec le Maître. Mais
il l’avait chassé alors qu’elle attendait un enfant. Il avait découvert, par le
biais de son thème astral, qu’il n’en était pas le père. Quelques fois, ajouta
son informateur, il regrettait ne n’avoir pas pu la tuer avec le bâtard qu’elle
portait. Rogue en était resté là. Finalement après avoir vécu quelques temps
dans l’ombre du Seigneur des ténèbres et participé à quelques unes de ses
« expéditions punitives », il serait plutôt content de ne pas être
son fils. Mais alors qui était son père ?
La
question était insoluble. Ses grands-parents étaient décédés l’année où il
quittait Poudlard. Il se retrouva seul, sans attache
et sans plus personne qui pouvait le renseigner sur sa mère. Il s’était
installé dans ce petit village, loin de son enfance, où il vivait tranquille,
assistant régulièrement aux rassemblements de mangemorts
organisées le plus souvent par Malefoy dans la
demeure de ses ancêtres.
Ces réunions qui, au début, lui avaient
procuré un semblant de famille, lui pesaient de plus en plus. Il sentait
palpable la haine de ses nouveaux amis pour la presque totalité du genre
humains, hormis les sang-purs qu’ils étaient, mais
aussi le mépris pour les pauvres, « qui ne savaient vraiment pas se
débrouiller. Quand on a des pouvoirs et des ancêtres tels que les nôtres, il y
a certaines choses qu’on ne peut accepter.» Rogue avait néanmoins réussi à
cacher son peu de fortune. Il s’était présenté comme orphelin. Son père était à
l’étranger « pour y réaliser de grandes choses. » Lucius le
considérait un peu comme un frère, bien que physiquement ils soient aussi
dissemblables que possible.
Après
de longues nuits de réflexions, Rogue se persuada qu’il ne trouverait la
sérénité et la confiance en lui, qu’en découvrant la vérité à propos de son
père. Il n’avait de compte à rendre à personne. Il prépara une malle dans
laquelle il mit les ingrédients nécessaires à ses potions préférées, un peu
d’argent moldu, des vêtements de rechange, se
grimoires et quelques talismans. Il rendit sa malle invisible et légère,
prépara un portoloin avec un vieil arrosoir rouillé
trouvé dans le cimetière voisin et le soir venu se télétransporta
jusqu’à son village natal de Pittenween, en Ecosse.
