Les Démons de la nuit

 

 

 

 

Chapitre 4 : Révélations

 

L’aventure avec Célubée avait fortement troublé Rogue. Il était sûr de n’avoir pas rêvé. Il avait parlé avec elle, l’avait tenu dans ses bras et cependant elle était morte depuis de nombreuses années. Loin de lui inspirer un sentiment de dégoût ou de répulsion, il en était au contraire enchanté. Non pas qu’il fut nécrophile, mais lui qui depuis son enfance cherchait à converser avec les morts –et plus particulièrement avec sa mère- il venait d’avoir la preuve que c’était possible.

Cependant il n’avait pas choisi la personne et ne savait pas quel était le miracle ou l’enchantement qui l’avait produit. Il s’intéressa avec plus d’attention au monde des morts. Il lut tous les ouvrages qu’il put trouver sur les rites funéraires des anciens, les croyances de vie après la mort et quantité d’ouvrages sur les vampires et les fantômes. Malheureusement il ne trouva aucune recette, aucune potion ni sortilège spécifique. On ne savait pourquoi un mort décidait de hanter un lieu ou, au contraire, de dormir à tout jamais sous la pierre froide. Rogue se replongea encore davantage dans la pratique de la magie noire. Il trouva quelques éléments de réponses dans un traité intitulé « Sur les morts et leur réincarnation » par Salazar Serpentard.

Plusieurs éléments étaient à prendre en considération : ceux qui étaient décédés de mort violente avaient plus de chance de revenir que les autres. Un bon bourgeois, mort d’indigestion dans son lit à près de quatre-vingts ans, avait peu de chances de retourner visiter ses proches. L’âge du défunt et son désir de se venger ou de terminer une tâche commencée étaient aussi à envisager. Certaines âmes n’étaient satisfaites que lorsqu’elles avaient aidé leurs descendants à déterrer le trésor familial ; pour d’autres c’était le besoin de faire justice, de châtier son meurtrier ou faire reconnaître leur innocence par delà les siècles.

Pour Severus sa mère répondait à ces critères. Elle était morte jeune, mais il avait gardé son image imprimée au fond de lui. Elle n’était pas très grande, avait de magnifiques cheveux noirs qui lui descendaient très bas dans le dos. Parfois elle les nattait et les rassemblait sur le haut de sa tête à la manière des slaves. Le soir Severus avait le droit d’aider à les dénouer. Il adorait l’odeur un peu douceâtre qui s’en dégageait. Il s’y lovait parfois quand sa mère était d’humeur triste et la consolait ainsi. Le visage de sa mère se dessinait maintenant devant ses yeux. Son teint était pâle et ses yeux clairs dissimulaient à son fils qu’elle avait souvent pleuré.

Pour Rogue c’était la plus belle femme au monde. C’est ainsi qu’il imaginait les déesses. Lorsqu’elle mourut il venait d’avoir trois ans. Ce fut un déchirement. Rogue avait toujours pensé que son grand-père avait tué sa mère un soir où il l’avait trop battue. Elle s’était enfuie très jeune de chez elle pour vivre avec un mage noir, que Rogue avait identifié comme étant Voldemort. Après quelques mois passés en sa compagnie, elle revint à la maison, apeurée. Elle attendait un enfant et son compagnon l’avait chassé.

Si, à l’annonce de sa paternité, il avait été fou de joie à l’idée que son sang allait circuler dans un petit être humain, que sa descendance était assurée, il avait très vite eut des doutes et certains signes lui avaient révélé qu’il n’était pas le père. Il avait d’abord voulu la tuer, mais sa cruauté n’avait pas encor atteint les sommets qu’il dépassa par la suite. Il lui fut impossible de l’achever et il la renvoya chez elle plutôt défigurée. Ses parents ne surent jamais qui était le père de l’enfant. Seule avec Severus, elle lui en parlait quelquefois : « il faut que tu sois fier de tes parents. Si ton père était là, il saurait te protéger. Nous pourrions vivre heureux tous les trois… » Elle se prenait à rêver puis disait mystérieusement : « Peut être, un jour… Bientôt, qui sait ? Il sera de retour… »

Severus n’en demandait pas davantage. Sa mère lui suffisait. Si son père revenait il lui faudrait la partager et il n’en avait nullement l’intention. Il se serrait contre elle et sa mère l’embrassait. Quelques fois il aurait voulu être plus grand, pour la défendre et la protéger. Quand il serait un homme, il l’emmènerait loin. En attendant, il l’entendait pleurer en suppliant son grand-père. Un jour il assista à la scène suivante, qu’il ne put jamais oublier.

Il commençait à s’endormir, sur le matelas posé au sol près du lit de sa mère, lorsqu’il entendit des cris qui venait de la salle à côté.
-« Tu vas parler, garce ! », disait la voix de son grand-père.
- « Non, pitié, je vous jure que ce n’est pas lui le père ! »
- « Qui donc alors ? »
- « Il ne pourra rien pour vous ! »
- « Ce n’est pas un moldu, j’espère ! »
- « Non, pitié, quand il reviendra je vous le présenterais. Il est en mission secrète. Je ne peux rien dire… Pitié. »
Severus entendit un fouet claquer. Il entra dans la salle. Sa mère était agenouillée près de la cheminée, suppliante, pendant que son grand-père fulminait. Il se jeta contre sa mère en pleurant.
- «  Que fait ce diable d’enfant ici, Sophaletta ? Ne peux-tu pas le coucher ! Allez, va ! Nous reprendrons cette conversation… »

Rogue détestait son grand-père, qui faisait tant souffrir sa mère, mais lorsqu’elle mourut, de faiblesse pour les uns, de chagrin pour les autres, son grand-père le garda auprès de lui. Il lui ressemblait beaucoup. Il ne le ménageait pas, le faisait dormir sur de la paille et lui laissait les plus ingrates besognes, mais de temps en temps, il lui transmettait ses connaissances en magie noire. Lorsqu’il eut l’âge requis, il reçut sa lettre d’admission à Poudlard et fut admis chez les serpentards.

C’est là qu’il entendit parler de Lord Voldemort. La plupart de ses camarades le vénéraient, parlant de lui comme du sauveur des sangs-purs. Parmi les élèves de dernière année, un certain Lucius Malefoy recrutait activement ses partisans. Rogue était trop jeune, mais il finit par se demander si ce Voldemort, qu’on appelait aussi « Seigneur des ténèbres », n’avait pas un rapport avec sa mère. N’était-ce pas lui ce fameux mage noir qu’elle avait suivi et qui l’avait chassé ? N’était-il pas son père, en réalité ? Il posa un été la question à son grand-père.

- « Tais-toi, malheureux bâtard ! Ne prononce jamais ce nom là ! « Tu-sais-qui » a de grands pouvoirs, mais il est cruel. S’il connaissait ton existence, il te tuerait ! »

Severus n’interrogea plus son grand-père, mais il en conclut qu’il était bien le fils de ce sorcier que tous craignaient. Il se demandait cependant pourquoi il le tuerait, comme avait menacé son grand-père. Cela ne lui déplairait pas d’avoir un père aussi puissant, il aurait pu le défendre contre tous ceux qui se moquaient de lui, a commencer par la bande de Potter et Black, ces Gryffondor qui se moquaient de lui sans cesse. Et puis, un soir où il assistait à un cours de magie noire, dispensé secrètement par le professeur Sorcerus Luciferus, le professeur leur avait parlé des revenants. Ces morts qui étaient de retour sur terre, pour quelques heures ou plusieurs années, parce qu’ils avaient un message à transmettre à leurs descendants.

 Rogue osa poser des questions sur le sujet : Comment un mort revenait-il ? Pouvait-on soi-même faire revenir quelqu’un d’entre les morts ? Comment s’y prenait-on ? Le professeur resta dans le vague. C’était possible à de grands mages noirs, mais en cas d’échec c’était très dangereux, on pouvait réveiller des forces infernales terribles et on ne savait pas jusqu’où pouvait aller leur puissance. Seule une raison impérieuse autorisait ces sortes d’expériences à des experts.

Dès lors Severus n’eut plus qu’une idée en tête, faire revenir sa mère, ne serait-ce que quelques heures, pour savoir qui était son père : Voldemort, qu’il appelait lui aussi le Maître des ténèbres, ou un autre mangemort ? C’est à cette époque qu’il rencontra Lily Evans au cours de magie noire. C’était une Serdaigle, mais le professeur Luciferus avait senti en elle des pouvoirs très puissants et lui avait proposé de suivre ses cours. Elle devait jurer de n’en parler à personne. Dumbledore, qui avait interdit l’étude de cette matière à Poudlard, ne devait rien savoir. Severus pensait que Lily pourrait l’aider. Elle avait de très grands forts pouvoirs psychiques, qu’elle ignorait elle même. Rogue était sûr qu’elle ferait un bon médium.

Il lui en avait parlé un jour, alors qu’ils travaillaient ensemble dans la bibliothèque. Lily avait été touché par sa détresse. Malheureusement, ils s’étaient brouillés irrémédiablement quelque temps après. Toujours à cause de la bande à Potter qui lui avait joué une mauvaise farce. Même si, à l’époque, il avait abandonné le projet, il n’avait jamais renoncé au fond de lui à chercher à savoir qui était son père.

Lorsqu’il était arrivé parmi les mangemorts, recruté par Lucius Malefoy, qu’il avait rencontré dans une boutique de l’allée des embrumes, il avait tenté de faire parler les plus anciens compagnons de Voldemort. L’un d’entre eux lui avait raconté l’histoire d’une jeune femme qui avait vécu un temps avec le Maître. Mais il l’avait chassé alors qu’elle attendait un enfant. Il avait découvert, par le biais de son thème astral, qu’il n’en était pas le père. Quelques fois, ajouta son informateur, il regrettait ne n’avoir pas pu la tuer avec le bâtard qu’elle portait. Rogue en était resté là. Finalement après avoir vécu quelques temps dans l’ombre du Seigneur des ténèbres et participé à quelques unes de ses « expéditions punitives », il serait plutôt content de ne pas être son fils. Mais alors qui était son père ?

La question était insoluble. Ses grands-parents étaient décédés l’année où il quittait Poudlard. Il se retrouva seul, sans attache et sans plus personne qui pouvait le renseigner sur sa mère. Il s’était installé dans ce petit village, loin de son enfance, où il vivait tranquille, assistant régulièrement aux rassemblements de mangemorts organisées le plus souvent par Malefoy dans la demeure de ses ancêtres.

 Ces réunions qui, au début, lui avaient procuré un semblant de famille, lui pesaient de plus en plus. Il sentait palpable la haine de ses nouveaux amis pour la presque totalité du genre humains, hormis les sang-purs qu’ils étaient, mais aussi le mépris pour les pauvres, « qui ne savaient vraiment pas se débrouiller. Quand on a des pouvoirs et des ancêtres tels que les nôtres, il y a certaines choses qu’on ne peut accepter.» Rogue avait néanmoins réussi à cacher son peu de fortune. Il s’était présenté comme orphelin. Son père était à l’étranger « pour y réaliser de grandes choses. » Lucius le considérait un peu comme un frère, bien que physiquement ils soient aussi dissemblables que possible.

Après de longues nuits de réflexions, Rogue se persuada qu’il ne trouverait la sérénité et la confiance en lui, qu’en découvrant la vérité à propos de son père. Il n’avait de compte à rendre à personne. Il prépara une malle dans laquelle il mit les ingrédients nécessaires à ses potions préférées, un peu d’argent moldu, des vêtements de rechange, se grimoires et quelques talismans. Il rendit sa malle invisible et légère, prépara un portoloin avec un vieil arrosoir rouillé trouvé dans le cimetière voisin et le soir venu se télétransporta jusqu’à son village natal de Pittenween, en Ecosse.