Les démons de la nuit

 

 

Chapitre 11 : La sentinelle

 

Rogue avait passé une nuit épouvantable. Il se reprochait la mort de Lily. Et dans une moindre mesure, celle de James aussi. Il avait surestimé la rapidité d’action des troupes de Dumbledore. Il aurait du les alerter plus rapidement. Ne pas attendre l’ultime moment. Il aurait du se méfier davantage de la puissance de la haine de Voldemort. Et maintenant il aurait voulu retourner en arrière et modifier le cours de cette soirée. Mais il savait que c’était impossible. Les brefs retours dans le temps autorisés par le Ministère de la Magie pouvaient se révéler dangereux pour tous. On ne modifie pas impunément le cours du destin…

Il avait ressassé des dizaines de fois les évènements de cette nuit, revu des centaines de fois Lily serrant contre elle son petit garçon. Quel étrange tableau ! Si les choses avaient évoluées autrement, cet enfant aurait pu être le sien ! Et dire que c’était le fils de James. Son ennemi de toujours ! Il se demanda ce qu’il était advenu de l’enfant. L’espace d’un instant il avait imaginé s’en charger. Rien que pour les yeux de Lily…

Mais si l’enfant grandissait à l’égal de son père, pourrait-il le supporter ? Dumbledore avait parlé de son parrain… De qui pouvait-il s’agir ? Avaient-ils fait appel à l’un de leurs acolytes préférés du temps de Poudlard ? Peter Pettigrew ? Ou même Sirius Black ? Rien que d’évoquer son nom Rogue eut un haut-le-cœur. Pas lui… Pourtant en y réfléchissant bien, il en vint à conclure que ce ne pouvait être que lui… Le double maléfique de Potter. Son ami le plus proche.

Ainsi, ce serait lui ? Lui qui avait trahi James et son épouse. Lui qui était la cause de toute cette hécatombe. Si jamais il croisait à nouveau sa route, Severus jura de ne pas l’épargner. Il avait déjà de nombreux griefs contre lui qui dataient de leurs années d’études, mais là c’était le comble. L’arrivée de Dumbledore l’interrompit dans ses méditations. Rogue était abasourdi. Il était rare que le directeur quitte son bureau, sauf pour les repas, les fêtes et les cas d’extrême urgence.

-« Alors Severus ? Vous êtes-vous remis de cette terrible nuit ? Oui, ce fut vraiment une nuit effroyable, bien que le monde des sorciers se réjouisse. Tous les journaux du matin parlent de l’exploit du jeune Potter et de la disparition de Lord Voldemort. Certains ont également relaté la mort des parents de Harry et le carnage qui s’en est suivi devant leur maison. Oui, pendant que nous étions encore près de Lily, quelques derniers mangemorts ont assouvi leur désir de vengeance… Ils s’en sont pris à un chien qui passait par hasard, puis quelques voisins alertés par le vacarme sont sortis de chez eux et à ce moment là l’hécatombe a véritablement commencé. De nombreuses familles moldues ont été décimées. Nos troupes ont tenté de les arrêter et certains ont malheureusement perdu la tête.

« Sirius Black s’en est pris à l’un de ses amis, Peter Pettigrew, en proférant des mots incompréhensibles. Ils se sont battus et Black a tué son ami avant de s’enfuir. Il était le gardien du secret des Potter. Je n’aurais jamais cru qu’il soit capable d’une telle chose… »

Dumbledore se tut. Rogue le considéra. Il semblait avoir vieillit subitement.

-« Voyez vous, Severus, la vie n’est jamais simple. Ce jour sera considéré par la plupart des sorciers comme celui de la délivrance. Toute la nuit ils ont fêté la mort du tyran. Ce matin encore, ils continuaient au nez des moldus. Il a fallu lancer beaucoup de sortilèges d’amnésie pour éviter que notre monde ne se fasse trop remarquer… Cependant, je doute que cette disparition soit définitive… Quelque chose me laisse à penser que Voldemort n’est que provisoirement écarté. Cette nuit il a subi une grave défaite et son corps a été anéanti, mais je crains que son âme ne survive encore, même réduite à peu de chose. »

Rogue se taisait, le regard fixe. Il était grave. Le directeur le scrutait comme pour lire au plus profond de son âme. Il soupira.

-« Je sais que vous êtes touché par le destin tragique de nos compagnons. Je sais le mal qu’a pu vous faire James Potter… » il eut comme un sanglot dans la voix, vite réprimé « à l’époque de votre séjour à Poudlard. Son fils lui survit. Je l’ai mis à l’abri. Pendant quelques années, il grandira loin de notre monde. Il ne sera peut être pas heureux, mais il sera sauf. Certains de vos anciens amis pourraient avoir envie de venger leur maître…

« Mais, croyez-moi Severus, un jour le combat reprendra. Le monstre sera de retour. Ce jour là sera terrible et il nous faudra être prêt à l’affronter. Ce jour là je compte sur vous. Harry courra un grave danger. En attendant, tâchez de faire bonne figure et de vous réjouir, comme tous les autres qui ont déjà oublié qu’ils étaient prêts à se soumettre à Voldemort en échange de leur vie. Un banquet est organisé ce soir dans la Grande salle. Soyez présent. »

Dumbledore quitta le cachot. Rogue n’avait rien dit. Il ne bougeait pas plus que s’il avait été changé en pierre. Le Maître des ténèbres n’était pas totalement exterminé ! Voilà ce qu’il se répétait jusqu’à ce que ces mots finissent par ne plus avoir de sens du tout… Il pouvait revenir… Il  allait  revenir…  Il devait revenir… Ce jour là sa haine serait telle qu’il chercherait à se venger, puis à reprendre le pouvoir.

Bien sûr ce jour était lointain, mais cependant quelqu’un devait veiller. Quelqu’un devrait, jour après jour, guetter le moindre signe, la moindre allusion, la moindre certitude. En tant que mangemort, il serait certainement parmi les premiers avertis. Il devait être celui qui annoncerait le retour du monstre. Celui qui le combattrait. Celui aussi qui le vaincrait. Il serait celui qui vengera Lily. Pour cela il lui fallait rester à l’écoute nuit et jour. Il serait seul à son poste. Personne ne devrait savoir ce qu’il attendait. La tâche lui parue soudain d’autant plus immense qu’il ne pourrait la partager avec personne. Elle serait le sens ultime de sa vie : détruire totalement le mal. Mais il devait pour cela conserver la confiance des fidèles au Maître et veiller, toujours veiller… Nuits et jours…

Severus n’était qu’un homme. Doublé d’un sorcier plutôt expérimenté, doué pour la magie noire. Il fabriquerait un philtre, pour lui seul, qui l’aiderait dans sa mission. Il se mit aussitôt au travail et ne s’interrompit que pour se rendre au festin, où tous arboraient une mine des plus réjouies. Seuls Hagrid avait les yeux rougis et Dumbledore une ride supplémentaire au coin de la paupière. A la table des Serpentards certaines mines étaient sombres.

Le directeur fit un discours des plus fédérateurs. Il était de son rôle de rassembler tous les sorciers. Les partisans de Voldemort n’avaient plus raison d’être. Ils oublieraient la folie qui les avait poussée vers cet être mauvais. Qu’ils se joignent à l’espoir et à la liesse générale, prémices d’une nouvelle ère de paix et de tranquillité. Pour commémorer cet événement, Dumbledore annonça que les examens de fin de trimestre étaient annulés. De toutes manières peu d’entre eux auraient la tête à étudier et les professeurs de Poudlard eux-mêmes ne songeaient plus à punir les élèves, à part Rogue qui, fidèle à sa légende, retira des points à des élèves de Gryffondor qui avaient un peu trop fêter l’événement et s’étaient égayés dans les couloirs…

Lui-même n’assistât pas à la fin de la soirée. Prétextant une grande lassitude, il regagna ses cachots et continua ses recherches. Il lui fallu presque un mois pour les mener à bien, mais en décembre tout était terminé. Severus tenait sa potion miracle. Il l’avait appelé « Neversleep ». Elle lui permettait de ne plus ressentir la fatigue. Une gorgée de cet élixir et il se sentait reposé comme après une nuit complète d’un merveilleux sommeil réparateur… Il ne parla de sa création à personne, nota soigneusement la liste des ingrédients et les formules à utiliser et pris garde d’avoir en permanence les éléments nécessaires dans ses réserves.

L’attente pouvait commencer, il était prêt. Il ne dormirait plus jamais, jusqu’à ce que Lily puisse enfin reposer en paix. Il se le jurait. Ses nuits se passeraient désormais dans l’attente. Il releva sa manche et regarda son bras. Le tatouage avait perdu de son intensité, mais n’avait cependant pas totalement disparu, et Rogue prenait cela comme un avertissement. Le signe qu’un jour lointain le Maître reviendrait, rappellerait ses troupes. Ce jour, commencerait un nouveau combat. Ce jour, il sera là et répondra présent.