Les démons de la nuit

 

 

Chapitre 10 : La nuit où tout finit

Cela faisait quelques semaines que Rogue avait pris ses nouvelles fonctions. Dès le premier cours il s’était montré froid et cassant. Il ne voulait pas attirer la sympathie des élèves et il avait parfaitement réussi ! Il les avaient traités d’incapables et de cornichons, pour les sortir de la torpeur où ils semblaient s’être réfugiés. Pour leur éviter tout assoupissement, il avait décidé de ne pas chauffer le cachot où il donnait ses leçons. Le froid aiguiserait leur sens et réveillerait leur intellect.
Au bout d’une semaine, il s’était déjà fait une réputation et les élèves le craignaient. Il avait atteint le but recherché. Pas de familiarité avec les élèves. De la crainte et du respect ! C’était là, la base de ses rapports avec la plupart de ceux avec qui il travaillait. Le mois d’octobre était bien entamé lorsque Rogue reçu un parchemin. Il était arrivé par un hibou anonyme reparti tout aussitôt. Le concierge Angus Rusard lui avait immédiatement apporté.
-« J’ai pensé que c’était important. », fit-il un rictus au coin des lèvres. Apparemment il cherchait à en savoir plus, mais Severus ne rentra pas dans son jeu. Il remercia froidement le commissionnaire et referma sa porte.
Il avait craint ce courrier. Il ne doutait pas qu’il provenait du Maître et qu’il allait devoir affronter maintenant ses récents engagements. Le parchemin était vierge, mais une tête de mort et un serpent en filigrane en indiquait la provenance… Le signe sur son avant-bras se mit à le brûler. Rogue releva sa manche. Le tatouage irradiait dans la pénombre, comme attiré par la missive. Rogue l’approcha de son bras et le texte apparut.
« Tenez vous prêt. Les évènements approchent. La nuit d’Halloween Thanatos viendra vous chercher. »
Severus observa quelques instants ces mots qui brillaient en lettres de feu, puis tout s’effaça. La parchemin prit feu et se consuma en un instant. Rogue resta immobile quelques instants avant de réagir. Il devait avertir Dumbledore. Le Maître s’était manifesté. L’opération dont il lui avait parlé se préparait. Halloween était dans quelques jours, il fallait faire vite.
La nuit était tombée sur Poudlard. Rogue traversa sans bruit les cachots silencieux. Nul fantôme ne le détourna de sa route. Il parvint jusqu’au bureau du directeur. Celui-ci lui sourit.
-« Je savais que vous viendriez ce soir, Severus… Mars est plus brillant que de coutume. Ce n’est jamais très bon signe. Vous avez reçu des nouvelles, n’est-ce pas ? » Rogue le considéra quelques instants avant de répondre.
-« Effectivement, monsieur le Directeur. On me demande de me tenir prêt. Quelque chose se passera la prochaine nuit d’Halloween. Il doit s’agir d’une expédition contre des aurors. Il est question d’un bébé qu’Il doit éliminer. Il a dit aussi qu’Il savait maintenant où les trouver. Un nouveau membre avait donné des indications précises. Je n’en sais pas plus. »
-« Des aurors avec un bébé… Plusieurs pourraient répondre à cette description, mais… Non, c’est impossible ! Ceux auxquels je pense sont bien protégés. J’ai confiance dans le gardien de leur secret. Il se ferait tuer plutôt que de les dénoncer… » Il se tut quelques instants, puis reprit :
-« Bien. Nous allons malgré tout nous tenir sur nos gardes. Agissez comme habituellement. Ne laissez rien paraître… Et faites attention à vous. Je vais vous remettre une petite amulette. Vous la garderez sur vous. En cas de grave péril, d’urgence extrême, vous la presserez trois fois entre vos doigts. Nous vous localiserons aussitôt et viendrons à votre rescousse. Mais ne l’utilisez qu’à bon escient, car elle peut vous trahir. »
Dumbledore ouvrit un coffret, en sortit une chaînette à laquelle était suspendu un pendentif qui avait la forme d’un cube. Il le lui passa autours du cou et ressentit immédiatement une sorte de chaleur se propager par tout son corps. Il remercia le directeur et rejoignit son cachot.
Cette nuit là, il eut un rêve. Ou peut être était-ce une prémonition ? Il ne pouvait le dire avec certitude, mais le Seigneur des ténèbres lui apparut. Il le dominait majestueusement et sa voix résonnait en lui plus qu’il ne l’entendait.
Severus, tu as trahi ! Tu m’ as trahi ! Tu ne survivras pas à la prochaine expédition. Tu n’auras pas le loisir de réitérer ta félonie. J’y veillerai… »
Rogue voulu protester, arguer de sa bonne foi. Il balbutia fiévreusement. Aucun son ne parvenait à sortir de ses lèvres. Il était en sueur malgré le froid glacial qui régnait dans son cachot. Il se rendit compte soudain que la vision avait disparue. Il était trop nerveux et devait calmer les élans de son cœur, sinon il serait effectivement très vulnérable… Il fit de nombreux exercices mentaux, blinda sa mémoire, endurcit ses émotions, devint parfaitement insensible. Cela lui parut satisfaisant. Les jours suivants les élèves le trouvèrent encore plus rigide et froid que d’habitude, mais aucun ne l’aimait vraiment et personne ne s’en émut. Il était devenu marmoréen.
Halloween approchait. Severus avait réussi à annihiler toute trace de nervosité. Il attendait les événements qui se préparaient avec sérénité. Lorsque Thanatos se présenta il était prêt. Il n’avait pas rediscuté avec Dumbledore, mais le soir au dîner celui-ci l’avait regardé intensément avec un clin d’œil appuyé : son armée se tenait prête…

 

*****

 

Lorsque Thanatos vint le chercher ce soir-là, la nuit était profonde. Il déposa aux pieds de Rogue une bourse contenant une cagoule de soie noire et un parchemin. Le message était court. Il disait : « Méfie toi de tous. Dissimule ton visage cette nuit qui verra la victoire du Maître. Les traîtres seront alors justement châtiés. » La nuit était froide. Severus se drapa dans une cape de drap noire, camoufla ses traits à l’aide de la cagoule et l’aigle le transporta encore une fois…
Le voyage fut rapide et ils se retrouvèrent à proximité d’une ville qu’il ne connaissait pas, au cœur d’un cimetière. Quelques silhouettes sombres étaient déjà arrivées et prenaient bien soin de s’éviter les unes les autres… Peu à peu d’autres arrivèrent en transplanant. Personne n’osait parler. Sachant le moment grave et décisif, les participants avaient tous escamoté leur figure et certains avait même rabattu un capuchon sur leur tête pour plus de discrétion. Rogue fit de même. Ils attendaient tous, comme tétanisés.
Soudain, dans le silence total de la nuit, on entendit de petits sifflements et une chauve-souris traversa les airs. Peu après, le Maître arriva. Il compta mentalement ses troupes et eut un petit rire satisfait.
-« Parfait, parfait ! Cette nuit sera celle du triomphe ! Nous allons vaincre un de nos pires ennemis. Il est habile, mais se croit en sécurité et ne se doute pas de ce qui l’attend… sauf si quelqu’un d’entre vous l’a prévenu… », ajouta-t-il, le visage dur. « Auquel cas il ne verra pas le jour se lever ! »
Il fit signe à l’un d’entre eux de s’approcher. Rogue distingua une silhouette un peu trapue, à la démarche incertaine qui s’avança lentement. L’allure lui rappelait vaguement quelqu’un, mais il n’aurait su dire qui. Elle s’arrêta à quelques pas de Voldemort et Rogue entendit ces paroles, crachées plutôt que chuchotées, de la bouche du Seigneur des Ténèbres :
-« Tu es sûr de toi ? Ils sont bien là ? Ils ne se doutent de rien ? L’enfant est là aussi ? » A chacune de ces questions l’ombre encapuchonnée répondait, d’un souffle affirmatif. Alors Voldemort se tourna vers ses troupes et prononça ces mots :
-« L’assaut de ce soir sera déterminant. Une fois le massacre terminé, le vieux fou qui nous combat avec acharnement sera démuni. Nous l’aurons atteint dans sa chair, à travers l’un de ses plus fidèles. Nous profiterons de son chagrin et de sa surprise pour l’éliminer définitivement et la victoire sera nôtre. Il se peut que certains d’entre nous meurent ce soir. Le combat sera rude mais nécessaire. Demain une aube nouvelle se lèvera sur le monde et nous en serons les Maîtres. Suivez-moi, mes fidèles mangemorts et n’ayez crainte. Nous serons les plus forts. »
Voldemort ouvrit la marche, accompagné de la silhouette hésitante à qui il avait parlé. Celui-ci sembla indiquer une direction dans le lointain. Le cortège s’ébranla vers ce point. Tous avaient leur baguette à portée de main. Ils arrivèrent bientôt devant une maison comme Severus en avait tant vu déjà. Anonyme au milieu d’autres. Avec un jardinet devant la maison. Le guide fit un geste et pointa la maison du doigt en disant :
-« Voilà, Maître, nous y sommes. S’il vous plaît, autorisez-moi à partir. Je ne veux pas qu’ils me reconnaissent… »
-« Quelle importance, puisqu’ils vont mourir ? », répliqua Voldelmort. « Reste avec moi, c’est un ordre. Je veux qu’ils voient par qui ils ont été trahis. »
Les mangemorts s’étaient regroupés et se tenaient devant le cottage silencieux. Rogue avait suivi le groupe et se tenait un peu à l’écart de Voldemort. Il tentait de deviner où ils se trouvaient, pour savoir chez qui était programmé le massacre. Mais les maisons étaient toutes semblables et la couche de neige qui recouvrait les jardins et les toits, rendait plus difficile encore toute tentative d’identification. Voldemort fit avancer le groupe jusqu’à la porte, sur laquelle Severus déchiffra les initiales JP en lettres de cuivre, au dessus du heurtoir. Le Maître leur recommanda à nouveau de ne laisser aucun survivant. Lui même se réservait l’enfant.
Le sortilège d’Alohomora ne parvenant pas à déverrouiller la porte, Voldemort se tourna vers l’homme qui les avait guidés jusqu’à présent.
-« Ouvre ! » Effrayé, il s’exécuta en balbutiant « Oui, Maître… ». La porte grinça et tourna sur ses gonds. Les mangemorts s’engouffrèrent dans la maison sombre et silencieuse. En quelques gestes rapides Voldemort désigna à chacun les pièces à explorer. L’étage échu à Rogue, accompagné de deux autres silhouettes. Ils gravirent l’escalier, pendant que d’autres groupes envahissaient le bas de la maison. Ils se séparèrent pour explorer les chambres. Avant d’ouvrir la porte d’une des pièces Severus entendit des cris provenant du rez-de-chaussée.
-« Maître ! Nous le tenons ! Il est seul… »
-« Attendez, je dois savoir où est l’enfant… »
En refermant doucement la porte, il vit une ombre penchée sur un objet qu’il n’arrivait pas à distinguer. La silhouette se tourna vers lui et Rogue reconnut une jeune femme rousse, aux yeux verts. Lily ! La seule fille qui, pendant sa jeunesse à Poudlard, lui avait témoigné un petit peu d’humanité, la seule qui aurait pu l’aimer, la seule qu’il avait aimé
-« Lily ! Il faut partir, vite ! »
Elle se tourna vers lui, silhouette noire encapuchonnée, qu’elle ne reconnut pas…
-« Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? » En un instant elle s’était redressée, la baguette à la main, prête à l’affrontement. C’est vrai qu’elle était devenue une auror très adroite. Rogue ébaucha un sourire. Elle était toujours aussi séduisante. Il répéta :
-« Vite ! Il faut partir ! Les troupes du Seigneur des ténèbres sont en bas. Ils viennent vous éliminer. »
-« Mon Dieu ! James ! » Rogue tressaillit. « James » ! Mais oui, c’était James Potter qu’elle avait finalement choisi. Elle l’avait donc épousé… Et ils avaient eut un enfant. Pendant quelques secondes, il se laissa submerger par ses émotions. Il voulait sauver Lily, bien sûr, mais n’était pas si mécontent que Potter eut ce qu’il méritait.
-« Lily, votre mari est en bas ? » Elle secoua la tête d’un signe affirmatif. « C’est trop tard pour lui… Mais vous devez fuir. Pensez à votre enfant. Partez avec lui. Je dirais que la chambre était vide, que vous n’y étiez plus lorsque je suis arrivé… Mais partez tout de suite. Fuyez, je vous en conjure. Ils vont vous tuer. Tous les deux. »
Lily fit un geste vers le berceau devant lequel elle se tenait appuyée. A ce moment les deux mangemorts , qui avaient exploré vainement le reste de l’étage, entrèrent dans la pièce.
-« Nous n’avons rien trouvé… »
Les deux silhouettes qui s’ encadraient devant la porte, ne pouvaient voir Lily qui se trouvait de l’autre côté de la pièce. Rogue se tourna vers eux.
-« Personne, ici non plus. Il nous faut redescendre. » et il les repoussa dans l’escalier en fermant la porte derrière lui…
En bas les bruits de lutte s’étaient amplifiés. Severus se doutait que Potter, surtout s’il avait été alerté, ne se laisserait pas égorger comme un agneau… Il résistait. Severus espérait que Lily parviendrait à s’enfuir. Ce qu’elle n’aurait pas fait étant seule, peut être le ferait-elle pour son enfant… L’enfant de Potter ! Rogue sentit sa gorge se serrer. Devait-il avertit maintenant Dumbledore et ses amis ? Voir Potter en si mauvaise posture était une jouissance pour lui. Cependant il se souvint d’un mauvais tour que lui avait joué Black lorsqu’ils étaient à Poudlard et c’est James qui, finalement, avait arrêté la blague avant qu’elle ne lui soit fatale. Oui, il fallait du renfort.
Severus pressa trois fois le talisman donné par Dumbledore. Puis il pénétra dans la salle où se déroulait le drame. Potter luttait vaillamment face à trois mangemorts. Voldemort se tenait un peu à l’écart en contemplant la scène. Des éclairs de diverses couleurs sortaient des baguettes des assaillants. Il ne reculait pas, cherchant à en éliminer le plus possible. Lorsque Rogue et ses compagnons entrèrent Voldemort se tourna vers eux.
-« Vous êtes seuls ? »
-« Nous avons fouillé tout l’étage. Nous n’avons trouvé personne… »
En entendant ces mots James avait relâché son attention durant quelques secondes, qui lui furent fatales. L’un de ses assaillants en profita pour le désarmer et les autres l’entourèrent aussitôt pour le tenir à leur merci. Voldemort lui lança un sort de pétrification qui, seule, laissait sa conscience en éveil. Il ne pouvait bouger le moindre membre. Le Maître des Ténèbres tenta de le questionner :
-« Où est l’enfant ? » Potter ne répondit pas, mais le toisa d’un regard rempli de haine. A ce moment dans le silence qui s’était installé, on entendit un bruit qui venait de l’étage. Voldemort se tourna vers Rogue et ses comparses.
-« Il n’y avait personne ? M’auriez-vous trompé ? » Les deux autres se regardaient en hochant la tête. Severus prit la parole.
-«Les chambres étaient vides, Maître… Il s’agit peut-être d’un animal ? Une goule ? »
-« Imbéciles ! Suivez-moi ! » dit-il en se dirigeant vers l’escalier. Et, désignant Potter immobile, il ajouta. « Transportez le là haut. Cela sera intéressant de le voir assister à la disparition de son fils… »
Rogue hésitait. Devait-il tenter de s’interposer ? Il était seul et ses amis l’aurait vite neutralisé. Il devait plutôt attendre l’arrivée des compagnons de Dumbledore. Il décida de rester aux aguets et de saisir toute occasion qui se présenterait. Voldemort était parvenu à l’étage. Il semblait en arrêt, comme un chien qui flaire le gibier. Soudain il désigna une porte.
-« Ici ! Allons-y ! » La porte s’ouvrit d’elle même. Lily les attendait, armée de sa baguette, décidée à éliminer le plus grand nombre possible de ses ennemis. Rogue ne vit plus le berceau. Lily avait du l’écarter afin de protéger son bébé. Il aperçut aussi la fenêtre ouverte, comme si elle attendait de l’aide de ce côté. Rogue souhaitait qu’elle ne tarde pas à arriver. Voldemort désigna James.
-« Placez-le au centre de la pièce. Il ne perdra rien de ce qui va se passer. Eh, bien », grimaça-t-il « tu n’as pas mauvais goût en matière de femme. Quel dommage d’abîmer ce charmant visage », ironisa-t-il. « Voyons, ma chère, qu’avez-vous fait de votre fils ? Je m’intéresse énormément à lui, voyez-vous… »
Lily lui cracha au visage.
-« Jamais vous ne l’aurez ! Nous vous détruirons. Vous irez pourrir en Enfer ! »
-« Tout doux, ma belle. Vois-tu, je tiens ton mari. Il nous a gentiment suivi et ne demande qu’à nous aider. Veux-tu le voir souffrir ? Je peux le torturer très longtemps avant de le tuer… Est-ce cela que tu souhaites pour lui ? Ton fils est encore un bébé, il ne ressentira rien… Sa vie est trop courte pour qu’il la regrette… Donne-moi ton enfant, Lily, ou je commence… »
Il pointa sa baguette sur James, qui se mit à dire :
-« Ne cède pas, Lily. Il a engourdi mon corps. Je ne ressentirais rien… Ne cède pas. Sauve toi. Pense à Harry… » et il ajouta, plus tendrement « Je t’aime, ma Lily. »
Voldemort le fit taire d’un éclair sorti de sa baguette. La souffrance s’inscrivit sur son visage, mais il ne dit rien. Lily lança un sort en direction de Voldemort, mais il était habile et put le dévier. C’est alors que l’on entendit un énorme craquement à l’étage inférieur, suivi d’une sorte de brouhaha. A n’en pas douter, les secours arrivaient enfin. L’espace d’un instant, Rogue vit un espoir se dessiner sur le visage de Lily, qui redevint grave aussitôt. James aussi avait entendu et se remettait à croire à la délivrance. Le Seigneur des Ténèbres envoya rapidement une partie de sa troupe combattre les nouveaux venus, tandis qu’il se rapprochait de Lily, tous ses sens en éveil.
Rogue le vit flairer, comme un animal aux aguets, avant de se diriger vers un recoin de la pièce. Lily fut plus rapide et s’interposa. Un sourire de triomphe apparut sur les lèvres minces de Voldemort. Il avait découvert où se cachait l’enfant. En effet Severus aperçut le berceau, rapidement dissimulé sous un grand voilage.
-« Bien, bien ! Je vais renouveler ma proposition. Donne-moi gentiment ton fils, Lily. » Il pointa de nouveau sa baguette en direction de James. Une myriade de petites étoiles argentées en dégoulina, qui se fichèrent en diverses points du corps de Potter en le faisant souffrir atrocement. Il parvint à articuler « Ne cède pas Lily, je t’en prie », avant qu’un nouvel assaut étoilé lui encercle le visage. Lily tenta un nouveau sortilège, qui ricocha sur le Seigneur des Ténèbre comme un caillou contre une vitre.
-« Assez ! » D’un dernier mouvement de poignet, il lança un « Ignifugium » vers James qui commença à se consumer lentement, le visage tordu par la douleur, sous les yeux horrifiés de son épouse. De l’étage en dessous venait des cris et des bruits de la lutte qui faisait rage et semblait se rapprocher. La silhouette qui les avait guidés jusqu’ici entra en bredouillant :
-« Maître ! Ils sont trop nombreux. Nous n’avons pas le dessus. Ils arrivent… »
-« Imbéciles ! Sombres crétins ! Vous n’êtes que des bons à rien ! Je suis trop gentil de vous accorder ma confiance. Finissons en. »
Rogue distinguait maintenant parfaitement la progression des sauveteurs de Lily. Il souhaitait qu’ils puissent arriver à temps. Voldemort semblait comme protégé par une cuirasse de haine. Il était maintenant face à Lily. Il savait qu’elle défendrait son petit comme une tigresse. Il venait de tuer son mari, elle ne le laisserait pas lui prendre son fils.
-« Je veux que tu vois ton fils mourir de mes mains. Après, par charité, je ferais que ta fin soit brève. » Lily fut la plus rapide. Elle pris son bébé contre elle, le pressa de toutes ses forces contre son cœur.
-« Vous me tuerez peut-être, mais mon fils sera invincible. Mon amour le défendra de vos sortilèges. C’est lui qui vous tuera ! »
Voldemort se mit à ricaner. Rogue tenta de s’approcher du couple qu’ils formaient, au moment où les assaillants arrivaient enfin sur le palier… Le Maître des Ténèbres pointa sa baguette vers la jeune femme qui tenait toujours son enfant désespérément contre elle, prête à se sacrifier pour lui. Il lança une incantation. Severus ressentit le choc au fond de lui, au moment où Lily s’effondrait. Harry se mit à geindre doucement.
Les troupes de Dumbledore arrivaient dans la chambre. Lord Voldemort alors se tourna vers l’enfant, lui lançant un « Avada Kedavra ». Un éclair de lumière verte jaillit alors en direction du front du fils de Lily. Le sort, loin d’anéantir le petit être, rebondit sur lui, protégé par le bouclier d’amour que lui avait forgé sa mère en mourrant. On vit l’éclair repartir sur Voldemort. Sa baguette sembla soudain prise d’une vie propre. Le sortilège se retournait contre son auteur. Le Seigneur des Ténèbres tenta de résister quelques secondes, mais il ne pouvait lutter contre sa propre puissance. En peu de temps il se désintégra, tandis que l’enfant s’était mis à pleurer.
La confusion fut totale. Les quelques mangemorts qui étaient demeurés encore vaillants, voyant la défaite inéluctable s’enfuirent en transplanant. Rogue, qui venait de retirer la cagoule qui le dissimulait, se dirigea vers le corps de Lily, tandis qu’on entendait des cris de victoire mêlés à des sanglots. A l’extérieur, quelques mangemorts, encore abasourdis par l’issue du combat, faisaient un carnage de tous les diables. Les hommes de Dumbledore se précipitèrent pour les châtier. Seuls restèrent face à face Rogue et Albus Dumbledore. Severus regardait le cadavre de Lily d’une mine désespérée. Il releva l’enfant et le tendit à Dumbledore.
-« Monsieur le directeur, je suis anéanti. A cause de moi, deux aurors ont péri cette nuit. Je ne vous ai pas averti à temps. J’ai mésestimé la puissance de mon ancien maître et je pensais que Lily aurait fuit avec son fils. Elle n’a pas voulu abandonner son époux et… maintenant elle est morte. » ajouta-t-il dans un sanglot.
-« Vous n’avez rien à vous reprocher. Vous m’aviez averti de ce qui se préparait. Je n’ai pas cru cela possible, tant je faisais entière confiance au gardien de leur secret. Je ne le croyais pas capable de trahison.
« Aujourd’hui est un jour de deuil pour notre communauté, mais un jour de liesse pour le monde sorcier. L’ennemi a été vaincu. Une aube nouvelle va se lever, où ils n’auront plus la crainte du lendemain. »
Il ajouta après un temps :
-« Retournez à Poudlard, Severus. Les autres ne connaissent pas le rôle exact que vous avez joué ce soir. Ils pourraient vous faire payer la disparition de leurs amis… je vous verrai demain. Pour l’instant j’ai encore plusieurs tâches qui m’attendent. » Il désigna Harry qui maintenant s’était calmé et dit :
-« Ce jeune garçon deviendra célèbre. Je vais m’occuper de lui trouver un foyer. Son parrain aurait été tout indiqué, mais dans les conditions actuelles… » Severus eut un dernier regard pour Lily, marmonna un « Merci, monsieur le directeur, à demain… », avant de transplaner jusqu’à Pré-au-Lard.
Apparemment la nouvelle était déjà parvenue jusque là, car une foule nombreuse de sorciers faisait la fête dans les rues. Madame Rosemerta, la patronne de l’auberge « Aux trois balais », distribuait des chopes de Bièraubeurre, tandis que d’autres entamaient des danses triomphantes. Rogue n’avait pas le cœur à se joindre à eux. Même si l’Ennemi avait été terrassé, Lily avait été sa dernière victime. Elle était morte sous ses yeux, comme sa propre mère, et là encore il n’avait rien pu faire. Il se sentait maudit. Il décida de rentrer à Poudlard se terrer dans son cachot jusqu’au lendemain…