Les Démons de la nuit
Chapitre 1 : L’attaque des mangemorts.
La
première fois il était encore mangemort et venait d’assister à son premier
combat.
-« Tuez-les tous ! ». C’est par ces quelques mots,
crachés d’une bouche haineuse, que Voldemort encourageait ses compagnons. Il
était alors au sommet de sa gloire et le monde des sorciers le craignait. Avec
ses mangemorts il semait terreur et désolation sur son passage. Il n’avait
aucune pitié et tuait sans remord moldus et cracmols, sang-de-bourbe et
sang-mêlé sans distinction aucune. Bientôt il ne resterait plus que des sang-purs.
Severus
Rogue en faisait partie. Il avait rejoint les troupes du Maître des ténèbres
depuis quelques semaines. Lucius Malefoy, qu’il avait rencontré dans une des
boutiques de l’allée des embrumes, où il se fournissait en produits interdits,
l’avait rapidement initié. Il avait senti chez ce grand jeune homme aux cheveux
noirs, au nez busqué et à l’œil sombre, un surplus de rage qui ne demandait
qu’à se transformer en haine.
Rogue
aimait ces réunions, qui souvent se déroulaient dans le manoir des Malefoy.
Là il se sentait au milieu d’amis qui formaient comme une grande famille autours
de lui. Et puis, il dut participer aux expéditions ordonnées par son Maître.
Lord Voldemort choisissait soigneusement ses victimes et n’agissait que le
soir venu. La nuit était son royaume. Il aimait le calme qui s’en dégageait.
Il aimait surprendre ses victimes dans les brumes du sommeil, à mi chemin
entre rêve et réalité, si bien que souvent elles ne comprenaient pas qu’elles
mourraient, ni pourquoi.
Rogue avait reçu peu d’affection pendant son enfance.
Sa mère était morte jeune et son grand-père, qui l’avait recueilli, était
violent. Il avait tué sa propre fille sous les coups, mais n’était pas parvenu
à lui faire avouer qui était le père de Severus. Aussi celui-ci s’était habitué
à la froideur du cœur.
Une
nuit, le Seigneur des Ténèbres avait choisi pour cible une famille proche de
Dumbledore, ce mage qui seul avait osé s’opposer à son ascension. Il avait même
formé une société secrète, l’Ordre du Phénix, pour le combattre. Les mangemorts
pénétraient dans la maison endormie. Les premières fois Rogue était chargé de
surveiller les parages et de prévenir en cas d’alerte. Peu à peu lui furent
confiées des missions plus importantes. Ce soir, pendant que ses compagnons
devaient réduire à néant les parents, Voldemort l’avait chargé d’éliminer les
enfants.
En
pénétrant dans la chambre il avait ressenti une pointe d’amertume : lui, qui
enfant dormait sur une méchante paillasse près de l’âtre, jouait avec des osselets,
des cailloux ou des branches que son grand-père lui coupait dans la forêt
proche, n’imaginait pas que des enfants puissent coucher dans des lits
moelleux, recouverts d’édredons de plumes, avoir autant de jouets et dormir un
sourire béat aux lèvres. Il stupefixa l’aîné, un garçon blond qui devait avoir
cinq ans, dans son sommeil : son rêve se prolongerait jusqu’à la fin des temps.
Il s’approcha du lit où reposait sa petite sœur, quand celle-ci ouvrit les
yeux. Elle le regardait en souriant, tranquille, pensant peut-être qu’il
s’agissait d’un songe.
Rogue
eut un frisson : les yeux de la petite étaient verts. Voilà quelques années, il
avait aimé une jeune fille dont les yeux brillaient de cette même couleur. Il
ne bougeait plus, hypnotisé par ce regard. Cela dura quelques minutes, puis il
se ressaisit.
-« Ne pas penser à Lily. Ne pense pas à Lily… », se
répétait-il. Il fallait tuer l’enfant. Le Maître avait dit « Pas de survivants
». Rogue leva sa baguette en direction de l’enfant. Elle souriait toujours,
inconsciente du danger. Et Rogue sut qu’il ne pourrait obéir aux ordres. Il
voulut prendre l’enfant, la cacher pour la protéger, mais à cet instant
Bellatrix Black entra dans la pièce.
-« Nous avons eu du mal. Ils se sont défendus, ces chiens
à la solde de Dumbledore. Et Lucius a été touché. Enfin, rien de grave. Nous
avons réussi à les avoir ! Et toi ? Tout s’est bien passé ? » demanda-t-elle,
en se tournant vers Severus, qui restait comme pétrifié.
Elle
vit le garçon et eut un sourire cruel. « Bien, un mâle de moins. », fit-elle.
Puis elle s’approcha du lit où la petite fille se trouvait toujours. Elle
regardait maintenant d’un air affolée cette femme qui semblait si méchante.
-« Eh bien ? Tu n’as pas fini le travail ? Ne me dis pas
qu’elle t’a résisté. », ricana-t-elle.
-« Je… » Severus se tut, ne sachant que dire.
-« Ah, je vois ! Un reste de pitié ! Très mauvais ! Tu ne
dois ressentir aucune émotion envers un ennemi de la cause ! »
-« Mais, c’est encore un bébé ! Elle n’a jamais rien
fait… »
-« Laisse-moi m’en charger, cœur sensible ! » Bellatrix
leva sa baguette vers l’enfant et la dernière chose que vit Severus ce fut ses
yeux, qui scintillaient comme deux émeraudes en s’évanouissant…
Rogue
ne sut jamais comment il était rentré chez lui cette nuit-là. Il était hanté
par le regard de cette enfant. Il n’avait eut cependant aucun regret pour le
garçon. Le Maître était content : la famille avait été décimée et les
mangemorts étaient victorieux. Ils avaient fêté leur succès et maintenant Rogue
se retrouvait chez lui. Il louait une petite maison, à l’écart de la ville,
proche d’une forêt et d’un cimetière. Il y était tranquille pour préparer ses
potions, pratiquer la magie noire et pouvait transplaner sans problème.
Cette
nuit Rogue sut qu’il ne pourrait pas dormir. Voilà quelques temps déjà que le
sommeil le fuyait, mais souvent le matin le trouvait endormi au creux d’un
fauteuil, un livre à la main. Mais après la scène à laquelle il avait assistée,
il n’avait aucune envie de lire, mais plutôt d’oublier en s’enfonçant dans le
repos. Il décida d’utiliser ce somnifère si puissant qu’on appelait la goutte
du mort vivant. Il le fabriquait avec de la racine d’asphodèle et de l’infusion
d’armoise. Mais il fallait suivre rigoureusement la recette, sous peine de ne
jamais se réveiller. Severus en fournissait régulièrement à un apothicaire
voisin qui en était enchanté et le délivrait à une nombreuse clientèle.
Il
fit chauffer de l’eau et à l’aide d’un compte-gouttes en versa une dizaine dans
une tasse. Le liquide prit une jolie teinte ambrée. Il s’assît dans son
fauteuil préféré auprès de la cheminée, dans laquelle exceptionnellement il fit
brûler quelques bûches et but une gorgée de potion. Aussitôt une douce chaleur
une douce chaleur envahit son corps. Il se sentit revivifié par le breuvage et
finit tranquillement sa tasse.
Il
avait fait le vide dans son esprit et regardait l’âtre distraitement. A travers
les flammes il crut distinguer quelque chose. Il posa sa tasse et se rapprocha.
Une figure paraissait surgir du feu en souriant. Rogue ne distinguait pas ses
traits, mais il lui semblait que c’était un visage féminin dont les traits lui
étaient étrangers et familiers à la fois. Il attendit. Le sourire s’accentua et
les yeux, qui étaient mi-clos, s’ouvrirent d’un coup. Severus poussa un
gémissement. Des yeux verts le dévisageaient fixement au travers des flammes.
Son regard ne pouvait se détacher de ce spectacle. Il resta prostré quelques
instants puis il entendit :
-« Severus, pourquoi as-tu fais cela ? » Il ne répondit
pas, mais s’effondra sur le sol.
-« Tu aurais pu me sauver, pourquoi ne l’as-tu pas fait ?
»
Severus ne savait que répondre. Etait-ce là la petite
fille qu’avait tué Bellatrix dans son berceau ? Mais elle avait un visage de
femme !
-« Je suis celle qui ne sera jamais. Je devais réaliser
de grandes choses, mais je suis morte cette nuit, sous tes yeux, et tu n’as
rien fait pour me sauver. Je te maudis, Severus Rogue… »
Rogue
s’était éloigné de l’âtre, il ne disait rien, mais restait horrifié par ce
qu’il avait entendu. Puis un autre visage sortit des flammes. Il ne le reconnut
pas, mais lorsqu’il se mit à parler, il comprit qu’il s’agissait de l’enfant
qu’il avait tué quelques heures plus tôt.
-« Tu m’as tué ! Je devais combattre les forces du mal,
délivrer le pays des mages noirs et rendre la liberté à tous les opprimés. Mais
tu es venu et je ne serais plus jamais… Maudit sois-tu ! »
Et
Rogue vit avec horreur des dizaines de bouches se dessiner dans le brasier. Et
toutes elles criaient : « Maudit, sois tu ! » Severus hurla. Mais il était
comme engourdi et ne parvenait pas à s’éloigner. Soudain il entendit gratter à
la fenêtre derrière lui. Il n’osait se retourner, ne sachant pas ce qui
l’attendait. Les coups se faisaient insistants et Rogue s’approcha de la vitre
à pas lents. Un grand-duc attendait, un parchemin entre les serres. L’oiseau le
regardait de ses grands yeux jaunes, d’un air impatient.
Rogue
ouvrit la croisée et prit le message entre les pattes du rapace et celui-ci
s’envola en poussant un cri perçant. Severus revint s’asseoir et commença à
dérouler le parchemin. Il lut l’en-tête : Tribunal criminel des sorciers. A cet
instant il entendit les bouches se mettrent à chuchoter : « Severus Rogue va
être jugé ! », « Il mérite la mort ! », « Tuons-le ! », « Pendons-le ! », « A
mort ! »
Il
ne comprenait plus. Ce n’était pas la première fois que le Seigneur des
ténèbres exécutait ainsi des innocents. Et jamais il n’avait entendu dire que
leurs auteurs en aient été punis. Il n’osait plus lire la missive. Mais les
voix chuchotaient toujours. « La mort n’est pas assez pour lui ! », « Il faut
l’envoyer à la prison d’Azkaban ! », « A Azkaban ! ».Le murmure se mit à enfler
et bientôt Rogue n’entendait plus qu’un bourdonnement qui disait : « A Azkaban
! », « A Azkaban ! ».
Il
se leva, et brusquement, malgré la chaleur dégagée par les flammes, il eut un
frisson, comme si la température avait soudain baissée de plusieurs dizaines de
degrés. Il vit les vitres comme prises soudainement par les glaces. Des fleurs
de givres s’y étaient dessinées. Il chercha à s’enfuir, mais ses jambes ne le
portaient plus. Il tomba sur le sol, essaya vainement de ramper, mais n’y
parvint pas. En s’évanouissant il entendit un grand rire glacial résonner à ses
oreilles.
Lorsqu’il s’éveilla,
la pièce était froide. Quelques tisons achevaient de se consumer dans l’âtre
désert. L’aube arrivait, chassant avec elle les fantômes de la nuit. Severus
se releva. Il chercha des traces de ce qu’il croyait avoir vécu cette nuit,
mais ne trouva rien. Seul, derrière le fauteuil, un parchemin semblait le
narguer.
