Chapitre 8 : Qui saura…
basourdie
! Dégoûtée ! Ecœurée ! Stupéfiée
! Il n’y a pas d’adjectif assez fort pour décrire l’état
dans lequel je me trouvais après ces quelques jours difficiles et ma
récente condamnation. Condamnée ! Je n’arrivais pas encore
à me faire à cette idée. Pour un crime que je n’avais
ni commis, ni même envisagé ! Elle était un peu forte celle-là
!
Bien sûr, je n’étais pas toujours un ange de sagesse, mais
de là à me coller un meurtre sur le dos, fallait pas pousser Sofie
dans les orties non plus ! Heureusement mon Maître adoré me faisait
confiance, lui ! Il avait vu en moi la bienveillance de la petite fée
innocente que j’avais été et que je comptais bien redevenir
un jour… Ne serait-ce que pour conquérir mon Prince Charmant. Il
serait beau, grand, avec de mystérieux yeux noirs, aurait une belle voix
grave, des cheveux aile de corbeau, le nez légèrement busqué.
Je pensais même avoir l’idée d’où le trouver…
Mais je m’égare. Pour l’instant, j’étais plus
proche de la prison que du Paradis. La prison d’Azkaban ! Ces mots m’avaient
fait trembler dès la première fois que je les avais entendus.
C’était notre professeur d’Histoire de la magie qui nous
en avait parlé : une geôle infâme, réservée
aux plus grands criminels qui, surveillés par d’horribles détraqueurs,
dépérissaient en quelques années et n’en ressortaient
jamais.
Je n’avais vraiment pas mérité cela ! Mais j’avais
pleine confiance en mon cher Severus. Je savais qu’il ferait son possible
pour me sortir de ce pétrin. Je me doutais aussi que je devrais l’aider
un peu. Même grand sorcier, ce n’était qu’un homme.
Et comme tous les hommes, il lui manquait cette dose d’intuition féminine
qui fait que nous serons décidément toujours les plus dégourdies.
Il commença par reprendre point par point l’enquête de Polo
y Gratouille. Les indices furent réexaminés un par un. Cette fameuse
matière verte qu’il avait rapidement assimilée à
la moisissure recueillie dans notre cachot, aurait pu tout aussi bien être
une tache de purée d’épinards qu’aurait mangée
salement la Winky avant de mourir. Mon Maître fit toutes les analyses
qui étaient en son pouvoir –et il était grand !- et trouva
quelque chose d’étrange. La matière était d’origine
végétale, certes, mais pas seulement. Il y avait quelques micro
particules qui n’étaient pas à leur place. Quoiqu’il
en soit, il s’acharnât et finit par découvrir que cette tache
verte avait été faite par une algue.
Une algue ! Poudlard était loin de la mer ! Comment l’elfe avait-elle
pu être mise en contact avec ce genre de plante ? Rogue mena son enquête
et apprit alors que quelques jours auparavant une soupe aux huîtres avait
été servie au dîner et préparée dans les cuisines.
Les algues devaient provenir des bourriches.
Je me souvins alors qu’avec Mâchecool, nous en avions récupéré
une poignée pour préparer un masque de beauté pour Hedwige.
Notre amie était-elle pour quelque chose dans ce crime affreux ? Je pensais
alors au morceau de filet retrouvé sur les lieux. Peio y Cafouille en
avait retrouvé un semblable chez le professeur McGonagall, mais il me
souvenait qu’Hedwige en usait aussi régulièrement la nuit
pour maintenir en place les bigoudis qui l’aidaient à faire boucler
ses plumes.
Mon Maître s’attaqua alors à la plume noire. C’était
quand même à cause d’elle que j’avais été
condamnée ! Il l’étudia soigneusement, la compara avec l’une
des miennes. Il se rapprocha doucement de moi.
-« Vois-tu, ma petite Crouac, j’ai confiance en toi. Je sens autre
chose qu’une cervelle d’oiseau à l’intérieur
de ton crâne et le cœur qui bat sous tes plumes n’est pas celui
d’un corvidé. Tu caches certainement un secret. J’espère
qu’un jour tu pourras me le faire partager. En attendant j’ai juré
de te sauver et je le ferais ! Cette plume est un leurre ! Elle n’a pas
la même structure que les tiennes. Cet indice est capital et son examen
approfondi parviendra à te sauver. »
Il lui fit subir divers traitements et eut la surprise de la voir se décolorer
peu à peu et se révéler totalement blanche. La plume avait
été teinte avec du brou de noix. Décidément cela
faisait beaucoup de coïncidences qui accusaient Hedwige. Je décidais
alors de la surveiller de plus près. Bien sûr, je ne pouvais pas
être à côté d’elle nuit et jour. Elle se serait
méfiée ! J’utiliserais la ruse.
Je suivais assidûment les cours de potions que dispensait mon cher Severus
et je me souvins d’un élixir qu’il avait fait exécuter
à ses élèves dernièrement. Il l’appelait le
« Double-sérum. » C’était une potion de clonage.
Je me mis en quête de l’un des flacons réalisés par
ses étudiants et, sans hésiter, j’en avalais une gorgée.
Je me sentis soudain un peu étrange, comme si je voyais double, et effectivement
une deuxième moi-même s’était détachée
de mon corps.
Après quelques gorgées, j’étais à la tête
d’une troupe de douze corbeaux, qui me ressemblaient tous comme deux morceaux
de charbon. Je baptisais notre armée l’ASQBCD : l’Armée
de Severus Qui est Beau Comme un Dieu. Et nous nous mîmes au travail.
Nous allions tour à tour épier notre suspecte et la suivre dans
tous ses déplacements.
Nous étions organisés comme des chefs. Nous nous passions régulièrement
le témoin, pour ne pas la lâcher un seul instant. Deux d’entre
nous, Sosie-One et Petite-Clone, se relayaient aussi pour me remplacer dans
mon cachot où ma présence pouvait être contrôlée
à tout moment. Notre meilleur agent, Corbeau 12, assurait les liaisons
et ordonnait les tours de garde. Hedwige avait beau se méfier, ses habitudes
demeuraient néanmoins : lissage régulier de ce qui lui restait
de plumes, crème de beauté autours des yeux et du bec, parfum
sous les ailes…
Le soir, elle s’envolait régulièrement vers la forêt
interdite, un mystérieux paquet dans le bec. La première fois,
malheureusement, Corbac, l’espion de service ce soir là, la perdit
rapidement au détour des feuillages. Elle réapparut une heure
plus tard, l’air satisfait. Il nous fallait savoir ce qu’elle avait
fait ! La nuit suivante, nous fûmes plusieurs à la guetter pour
éviter qu’elle ne nous sème à nouveau.
Je sentais que la clef de l’énigme était à portée
de griffe. Après sa toilette du soir, elle attendit que tout fût
calme dans la volière ; alors, à l’aide d’une épingle
à chignon, elle crocheta la serrure de l’issue de secours. Sa rapidité
d’exécution et son habileté prouvaient une habitude certaine.
Elle se dirigea tout d’abord vers le château. Rapidement des éclaireurs
la devancèrent, afin de ne pas la lâcher d’une semelle. Elle
volait rapidement, en jetant de temps en temps un coup d’œil inquiet
derrière elle, pour vérifier qu’elle n’était
pas suivie. Mais dans la nuit, il est plus facile de distinguer une chouette
blanche, qu’un corbeau noir.
Notre amie ralentit soudain, contourna les bâtiments, passa derrière
la façade où elle piqua droit sur un soupirail. Colombus, notre
corbeau chargé de la boussole, estima que cette ouverture conduisait
directement aux cuisines. Naturellement comme c’était un endroit
stratégique et, rappelons-le, le lieu du crime, nous avions en permanence
deux espions, Maître-Corbeau et Maître Queux, qui y patrouillaient
discrètement.
Hedwige pénétra alors dans l’antre des elfes de maison.
Nos espions nous rapportèrent ensuite qu’elle avait dérobé
des aliments –un camembert, semblait-il- dans le cellier avant de quitter
les lieux. Effectivement, lorsqu’elle réapparut quelques instants
plus tard, elle tenait dans son bec un fromage… et elle fonça droit
vers la forêt interdite où nos meilleurs limiers l’attendaient.
Cette fois nous parvîmes à la suivre jusqu’au bout, bien
qu’elle eut pris des précautions incroyables, repassant entre autre
plusieurs fois par les mêmes endroits, comme pour brouiller les pistes.
Finalement elle s’arrêta au pied d’un chêne centenaire,
poussa un petit hululement de reconnaissance et en quelques secondes atteignit
le sommet. Nous nous précipitâmes en force pour la surprendre,
nourrissant de bec à bec un oisillon aux yeux verts, plutôt mal
fichu, qui lui lançait de son œil unique des regards éperdus
d’amour… Encerclée, elle ne put se sauver, mais essaya de
protéger de ses ailes le fragile oiselet à qui elle continuait
de prodiguer ses soins.
Comme elle voyait que nous étions fermement décidés à
ne pas quitter la place, Hedwige nous supplia de partir, de laisser le petit
tranquille, de ne rien dire à personne. Mais c’était un
peu trop me demander ! Elle n’avait rien fait pour me défendre
et nous l’obligeâmes à nous suivre jusqu’au château,
accompagnée de l’abominable rejeton à qui elle avait donné
sa protection. Je m'amarrai à elle à l’aide d’une
liane attachée à nos pattes respectives, tandis que trois des
plus vigoureux d’entre nous, Corbeau-Turc, Samson et Hercule, soulevèrent
le nid et le transportèrent entre leurs ailes entrecroisées.
Nous arrivâmes dans les cachots où mon maître revenait d’une
de ses tournées d’inspection. Il fut fort étonné
de voir cette nuée d’oiseaux noirs, mais je crois que malgré
tout il arriva à me distinguer presque immédiatement parmi eux.
-« Crouac ? Mais qu’est-ce que tu me rapportes là ? Ce n’est
pas ta famille n’est-ce pas ? Et cette chouette ? Mais on dirait celle
de… Potter ? Et cet embryon bâtard ? C’est son dîner
? Ah ! Si tu pouvais parler ! Mais attends ! Ne bouges pas ! J’ai la solution
! Je reviens dans un moment. »
Effectivement il fut de retour une dizaine de minutes plus tard, accompagné
de Dumbledore, qui tenait un vieux chapeau rapiécé et sale. Quand
il chercha à me le poser sur la tête je refusais catégoriquement
! Mais mon Severus me conjura de ne pas hésiter.
-« N’aies pas peur ! C’est le choixpeau magique. Il va traduire
tout ce que tu voudras bien nous expliquer afin de pouvoir résoudre cette
lamentable affaire. Puis nous interrogerons ta « prisonnière »
afin d’écouter son témoignage. Coco, que voici, (il désigna
un superbe perroquet multicolore perché sur l’épaule du
directeur) enregistrera vos déclarations et pourra les restituer devant
le tribunal. »
J’acceptais alors d’essayer le couvre-chef. Je sentis comme un frisson
me parcourir et quelque chose pénétra mon cerveau. J’eus
l’impression d’un interlocuteur qui fouillait ma mémoire,
scrutait mes pensées. Pour finir, j’entendis une voix aigrelette
annoncer :
« Coupable, pas vraiment,
« Innocente, pas réellement,
« Cet oiseau au plumage blanc,
« En sait plus qu’elle ne prétend,
« Le soir de l’assassinat,
« Dans la cuisine était là,
« Plume blanche, teinte en noir,
« Filet pour la coiffe du soir,
« Tous ces éléments, après tout,
« Annonce qu’elle a fait le coup !
« Quand à l’oiseau maigrelet,
« C’est là son honteux secret,
« Confesse-toi, ma jolie,
« Afin de sauver Sofie ! »
Tous les regards se tournèrent vers Hedwige, qui devint cramoisie. (On
voyait bien mieux sa chair depuis qu’il lui manquait quelques plumes !)
Elle baissa les yeux d’un air coupable. Severus, mon Maître chéri,
ne put retenir un cri de triomphe.
-« Je le savais bien que Crouac n’était pour rien dans ce
désastre. Voyons ce que ce volatile aura à nous révéler.
»
Il ôta le choixpeau de ma tête, non sans y déposer une brève
caresse au passage, et le fit passer sur celle d’Hedwige. Elle eut une
sorte de contraction et dans un sanglot la petite voix avoua :
« Je suis coupable, il est vrai,
« Je le dis, le reconnais,
« Une manigance, c’est pas beau,
« Pour me venger du corbeau,
«Mais surtout ne croyez pas
« Qu’il s’agit d’un assassinat.
« Je vais tout vous raconter
« Et vous confier mon secret. »
Elle se tut quelques instants et on entendit alors un ricanement moqueur. C’était
Peeves qui venait de faire son apparition.
-« Et bien, si Hedwige vous raconte ses turpitudes, vous feriez mieux
de vous installer confortablement ! On n’est pas couchés ! »
