Crouac ou la métamorphose : fic à deux voix
Chapitre
6 : Noir, c’est noir…
l faisait
encore nuit et les couloirs du château étaient déserts. Pourtant si Severus
Rogue n’avait pas été retenu par le baron sanglant dans les cachots des serpentards,
il aurait pu voir une ombre glisser doucement dans les ténèbres… Une forme
fantomatique se dirigeait vers les cuisines. A y regarder de plus près, la
silhouette portait vêtements et bonnet de nuit, et éclairait son passage à
l’aide de sa baguette magique. Parvenue à destination, elle vérifia les alentours
avant de se glisser doucement dans l’antre des employés de Poudlard.
Dans la journée la longue salle débordait d’activité. De grandes cheminées
et fourneaux où rôtissaient moutons, poulets et autres victuailles, allumés
en permanence, la faisaient ressembler à une antichambre de l’Enfer. Une chaleur
étouffante imprégnait les murs, y régnant hiver comme été. Aux heures diurnes,
un petit peuple d’elfes de maison grouillait autours des longues tables de
bois, noircies par endroit, qui encombraient tout le centre. D’innombrables
casseroles de cuivre ornaient les murs, recouverts de tablettes remplies de
bocaux de toutes sortes, de pots de grès et de tresses d’ail.
Un cellier gigantesque renfermant toutes les provisions nécessaires était
accolé à la pièce. La silhouette se déplaçait sans un bruit, sans renverser
un seul obstacle. Elle avait certainement l’habitude de cette virée nocturne.
Elle approchait d’une grande armoire massive qu’elle ouvrit prestement et
se mit à marmonner.
-« Voyons, voyons… Pur malt, cinquante ans d’âge, non ce n’est pas cela…
Cognac, cinq étoiles, non plus… Encore du soixante ans d’âge !!! J’espère
que Winky a bien pensé à regarnir l’étagère ! Ah ! Voilà ma bouteille !!! »
Elle contempla quelques instants l’étiquette. Un bison semblait surgir du
liquide ambré et mouvant, en un mouvement dansant. En lettre de feu on lisait
« Bourbon Buffalo Bill, spéciale distillation »
-« Ces anglais ne comprendront jamais que pour faire un bon grog le
Bourbon est beaucoup plus adapté que leur Whisky, aussi bon soit-il. Le nectar
écossais doit être réservé pour après le dîner, en guise d’infusion pour trouver
un sommeil paisible. » Et avec un soupir de soulagement, elle fit main
basse sur ce qu’elle était venue chercher… Elle referma bien vite la lourde
porte, cala précautionneusement la bouteille contre son giron et commençait
à rebrousser chemin lorsque, à la lueur de la lune qui entrait par un soupirail,
elle aperçut ce qui lui sembla un tas de vieux chiffons entassés dans un coin.
Elle était passé à côté en arrivant, mais toute à sa quête elle n’avait rien
remarqué…
-« Ah ! Ces elfes ! Quels sans-soins ! » Des
éclats de verres brisés près des loques attirèrent son attention. Elle se
pencha et ne put réprimer un petit cri de surprise :
-« Winky ! Que fais-tu au sol ? Tu as encore touché à
la réserve ! Mon sortilège n’a donc pas agît ? Allez lève-toi, pocharde ! »
Mais elle eût beau la secouer avec vivacité, l’elfe ne bougea pas d’un pouce !
A l’aide de sa baguette elle alluma les chandeliers placés à proximité. La
lumière des flambeaux éclaira la silhouette courbée vers le sol, dont les
vêtements, coupés dans un tartan de lainage vert et mauve, faisaient ressortir
la pâleur de son visage émacié. Elle s’appuya quelques instants contre le
mur, où des éclaboussures rougeâtres dessinaient des motifs monstrueux. Elle
sentit des gouttes de sueur perler à son front.
-« Grands Dieux, Minerva ! Reprends-toi ! », se dit-elle.
« Cette pauvre Winky s’est peut être blessée en trébuchant. Je crois
que les elfes saignent du nez assez facilement. Il faut que j’aille chercher
du secours. Oui, mais auparavant je dois faire disparaître ceci ! Reducto! »
La bouteille, que le professeur McGonagall tenait toujours fermement serrée
contre elle, se mit à rétrécir et elle put bientôt la glisser dans l’une des
vastes poches de sa robe de chambre avant de quitter les lieux.
Lorsqu’elle revint, elle était accompagnée de Madame Pomfresh, qui maugréait
d’avoir été réveillée à cette heure si matinale. Et pour une elfe de maison
en plus ! Après les animaux familiers qu’Hagrid lui avait amenés !
Où allait-on ? S’il fallait maintenant soigner les esclaves de Poudlard !
Heureusement ces êtres frustres n’étaient pas douillets. Une simple médication
leur suffisait habituellement. Mais cette fois-ci aucun remède ne serait efficace.
-« Il n’y a plus rien à faire, Minerva. Regardez… » L’infirmière
pointa du doigt un trou dans la gorge de la créature, maculée de sang séché.
Son visage portait des traces de griffures et un hématome commençait à poindre
sur le haut de son crâne.
-« C’est un crime ! Winky a été assassinée ! Je crois qu’il
faut prévenir le professeur Dumbledore ! J’y vais ! Gardez les lieux
en nous attendant, et surtout ne touchez à rien… »
Il se passa un long moment pendant lequel le professeur McGonagall en profita
pour s’asseoir un peu à l’écart et se remettre de ses émotions. Elle préleva
quelques gorgées de son précieux liquide « spécial grogs », la moitié
de la bouteille en fait, avant d’être totalement requinquée.
Une vingtaine de minutes plus tard une petite troupe menée par l’infirmière
Pomfresh vint à sa rescousse. Elle était composée d’Albus Dumbledore, l’air
soucieux, Severus Rogue le suivait, l’air inquiet dans son éternel costume
noir ; fermant la marche, un grand jeune homme au teint mat, aux cheveux
noirs plaqués à la gomina, l’allure dégingandée d’un danseur de tango argentin,
l’air ahuri, regardait de tous côtés et prenait des notes sur un long parchemin.
Le directeur présenta Peio Abril Poncho y Pendouille, détective OPJ, c'est-à-dire
Officier de Police Judicieuse, détaché spécialement par le Ministère de la
Magie pour résoudre cet horrible drame…
Poncho se rengorgea. Il n’en aurait pas pour très longtemps à démasquer le
meurtrier. C’était lui qui avait résolu en son temps l’énigme du vol du célèbre
tableau de Pablo Ruiz Vasco de Ibanez « Vol au-dessus d’un champs de
méduse », une de ses plus belles réussites, qui lui avait valu toute
la considération de ses supérieurs et la Médaille d’Honneur de la Grande Croix
de l’Immaculée Conception. Il mis un genou à terre, pris le pouls de la pauvre
Wincky, sorti un stéthoscope et affirma d’un ton péremptoire qu’elle était
bien morte :
-« Lé cœur né bat plous. On peut affirmer sans risqué dé sé tromper
qué cette pobré créatoure est officiellément décédée. » Madame Pomfresh
leva les yeux au ciel.
- « Evidemment ! Avec une telle plaie dans la gorge ! Pas
besoin d’être médecin-chef pour s’en rendre compte ! » Peio Abril
lui lança un regard furieux.
-« Ma qué, si certainés personnés elles ont des éléments à mé confier,
qué permettent dé faire avancer l’enquête plous rapidément, yé les entendérais
en privé. En attendant y’aimérais el silencio lé plous total, por éviter qué
les indices ils sé troublent, por favor. »
Ces paroles jetèrent un froid que le détective mit à profit pour poursuivre
l’examen du corps. Il mesura la largeur de la plaie, sa profondeur, estima
qu’elle avait du être faite avec un objet pointu et acéré. Madame Pomfresh
leva les yeux au ciel, réprimant un « T’es sûr, grand niais ? Pas
avec un gourdin ? » Puis il éclaira la face de la victime. Il fit
remarquer des traces de griffes qui auraient pu être faites par un chat, ou
un loup-garou, ou même une personne dotée d’ongles suffisamment longs. Chacun
se mit à vérifier ses mains, au cas où l’officier les suspecterait. Il mesura
là aussi la taille des marques, la consigna sur son parchemin et remarqua
plusieurs bosses sur l’arrière du crâne.
Dumbledore expliqua que cette pauvre Winky était sujette à des chutes fréquentes.
Elle était un peu malhabile et il lui arrivait de se cogner dans les portes
ou de dégringoler les escaliers. « Surtout après une nuit de beuverie !
» ajouta mentalement l’infirmière, qui s’abstint néanmoins de la moindre remarque.
-« Buéno ! Nous verrons céla à l’autopsie. » Un frisson parcouru
le groupe. « Voyons si lé coupable, il a laissé des indicés. Il y en
a touyours, forcémenté. Les criminels, ils sé croient touyours invulnérables
qué ils né prennent même pas la peiné dé vérifier si ils laissent des tracés
derrière eux quand ils s’en vont.
« Buéno, nous avons : des morceaux dé verre qui sont brisés. La
victimé, elle était peut être oune train dé ranger la vaissellé, no ?…
Mais qu’est-ce qué c’est qué céla ? » Il sortit de sa poche une petite
pince avec laquelle il saisit un petit monceau de fils emmêlés.
-« Oune dirait dou filet, très fino… A quoi céla peut-il servir ?
Yé lé ferais analyser. » Il rangea sa trouvaille dans une enveloppe et
continua ses investigations. La guenille qui lui servait de vêtement était
à elle seule un festival de taches, mais parmi elles, son œil exercé remarqua
une trace verdâtre qui semblait encore assez fraîche. Il fit à nouveau un
rapide prélèvement, avant de soulever le corps. Il poussa un petit cri et
se saisit aussi tôt de l’objet qu’il venait de découvrir. Il l’exhiba triomphalement.
C’était une plume, d’un beau noir de jais. Severus Rogue blêmit et s’approcha.
« Si quelque chose est arrivé à Crouac, je jure de le venger. »
se dit-il aussitôt. Il demanda alors à participer à l’enquête et proposa son
aide pour analyser les éléments que le détective venait de mettre à l’abri
sous scellés magiques. Il avait fait apparaître une énorme bulle rosée flottant
dans l’air et y déposa les preuves à l’intérieur.
-« Buéno ! Yé vais envoyer toutés ces chosés au laboratoiré dé
Sainte-Mangousté. Si vous lé voulez, senor Rogué, vous povez aussi faire la
votré propré analysé et nous les comparérons. » Le corps de l’elfe fut
recouvert d’un drap et déposé dans un sac de toile, sur lequel était inscrit
« Propriété du ministère de la Magie, accès réservé ». A défaut
de morgue, on plaça la pauvre Winky dans la chambre froide. Les carcasses
de moutons et les jambons qui y étaient suspendus donnaient à la scène des
allures de farce macabre. Puis Poncho y Pendouille passa à l’étape suivante :
la recherche d’éventuels témoins et la perquisition dans tout le château…
