Crouac ou la métamorphose : fic à deux voix
apidement je pris connaissance
de ma nouvelle demeure. Le magicien qui m’avait recueillit s’appelait Severus
Rogue. Il n’avait pas l’air très aimé et son logement était un peu à son image :
triste et glacial. Les premiers jours il me soigna si bien que je fus rapidement
remise, mais j’évitai de trop le montrer afin qu’il ne me jette pas dehors.
Du moins pas avant de m’avoir désensorcelée. Je fus très sage.
Le soir
lorsqu’il corrigeais les parchemins de ses élèves, je me posai près de lui sur
le bureau et le regardais affectueusement en roucoulant. Je ne le vis jamais
dormir. Bien au contraire, la nuit il vivait plus intensément. Il quittait le
château pour aller s’approvisionner en plantes et ingrédients de toutes sortes.
D’autres fois il errait dans les couloirs comme s’il craignait l’arrivée de
quelque chose ou de quelqu’un. Certaines fois cependant, il restait assis
devant la cheminée où il n’allumait jamais de feu et lisait jusqu’au matin,
l’oreille aux aguets.
Dans
ces moments là, je me perchais sur son épaule, et peu à peu je m’enhardis
jusqu’à frotter doucement ma tête contre sa joue. La première fois il sursauta
comme si cette caresse l’avait brûlé, comme si c’était la première fois, comme
s’il n’en avait jamais reçue… Peu à peu je l’apprivoisai et il pris l’habitude
de ces instants de tendresse, les anticipa et même les provoquait quelquefois.
Le jour où il me lissa de lui-même le plumage en disant :
-« Eh
bien, toi, tu as su t’y prendre ! Comment vais-je t’appeler ?
Crouac ? Cela te plaît ? Allez, va pour Crouac ! » je sus
que c’était gagné. Il allait me garder… Dès lors je me familiarisai davantage
avec les lieux et les habitants. D’étranges créatures hantaient les couloirs.
Des fantômes, naturellement, mais aussi un esprit frappeur qui répondait au nom
de Peeves. Celui là, il me plut tout de suite ! Un peu agaçant, mais
toujours prêt pour une bonne blague. C’est lui qui me montra tous les recoins
du château, et m’indiqua les meilleurs endroits pour se dissimuler. Il me
révéla, aux détours des couloirs, quelques sorties dérobées, des passages
secrets qui menaient vers les autres maisons.
En
effet si Rogue était le directeur des Serpentards, c’est à dire l’élite des
sorciers, l’école comportait également trois autres maisons, qui regroupaient
des élèves dans des appartements différents. Les élèves de Griffondor étaient
nos pires ennemis. Il m’arrivait parfois d’assister aux cours que mon maître
adoré dispensait à ces cornichons, comme il les appelait très spirituellement.
La plupart étaient des bons à rien, incapables de mélanger correctement les
différents ingrédients d’une simple potion.
Remarquez,
lorsque j’étais élève à l’école des fées, ce n’était pas non plus ma matière
préférée ! Mais maintenant je regardais fièrement cet homme en noir qui
dispensait si généreusement son savoir et punissais si bien les ignorants.
J’allais de chaudrons en chaudrons, vérifiant la cuisson, la taille des bulles,
le nombre de pattes de lézard. Lorsqu’un élève regardait ailleurs, il
m’arrivait parfois de rajouter un ou deux éléments imprévus dans la marmite. Et
j’étais aux anges lorsque la mixture prenait une toute autre couleur que celle
attendue ! Le mystère de la potion de Mnésie d’un certain Ron Weasley,
devenue turquoise alors qu’elle était d’un beau rose tyrien quelques minutes
auparavant, resta dans les annales de l’école comme aussi insoluble que celui
des soucoupes volantes. Et je ne parle pas des assiettes que se lançaient
quelquefois par jeux les premières années au réfectoire !
Les
élèves avaient le droit de posséder des animaux familiers. Ceux qui avaient des
hiboux ou des chouettes les logeaient dans la grande volière, où ils
voisinaient avec les anonymes chargés du transport de courrier. D’autres
enfants possédaient des espèces plus intéressantes, comme des rats, des mygales
ou des serpents. Dans l’ensemble, ils étaient plutôt amusants et inoffensifs et
je m’entendais bien avec eux, à l’exception d’un seul. Une élève de Gryffondor,
du genre « Mademoiselle-je-sais-tout », et qui d’ailleurs exaspérait
grandement mon maître adoré, avait adopté un chat. Un affreux gros matou roux,
à la figure écrasée, au regard torve, qui répondait au nom peu gracieux de
Pattenrond.
Celui-ci
me déplut tout de suite. Autrefois déjà, j’étais allergique aux poils de chat.
Il suffisait que Lucifer, le gros chat noir de la voisine, pénètre dans la
maison pour que je me mette à éternuer. J’avais très rapidement des plaques
rouges sur tout le corps et me grattai frénétiquement, les yeux en larmes.
Alors vous pensez si j’allai m’en méfier de celui-là ! De plus il avait un
regard étrange et je le soupçonnais rapidement de ne pas être un chat
ordinaire. Il avait l’air d’en savoir beaucoup plus qu’il n’aurait dû…
En cela
il ressemblait beaucoup à sa maîtresse qui, elle aussi, était du genre
fouineuse. Je ne sais pas comment il s’y prit, mais il devina rapidement que je
n’étais pas un corbeau ordinaire et j’eus peur qu’il me dénonce. Les rares fois
où je sortais dans le parc, il apparaissait aussitôt, comme venu de nulle part.
Deux ou trois fois, au début, il essaya même de m’attraper, comme un vulgaire
moineau. Mais j’étais bien trop maligne pour lui… S’il savait grimper aux
arbres, moi je pouvais voler ! Malgré tout ce fâcheux félin commençait à
m’exaspérer et je décidai de lui donner une bonne leçon dont il se souviendrait
longtemps.
J’avais
déjà repéré que le dénommé Hagrid, un demi-géant qui vivait à la lisière de la
forêt interdite au fond du parc, aimait et élevait des animaux assez étranges,
certains même carrément interdits par la loi. Ceux-là il les cachait soigneusement.
Mais j’avais découvert où. Je me débrouillai pour paraître mystérieuse, faisais
des allers et retours fréquents en direction de la forêt, l’air préoccupée.
Bien sûr je pris bien soin de me faire remarquer de mon ennemi. Il tomba
immédiatement dans le piège, prouvant ainsi qu’il n’était pas aussi futé qu’il
le croyait.
Je le
laissai courir un bon moment, feignant de ne pas l’avoir aperçu. Il dut
escalader plusieurs fois un petit monticule, puis je lui fis faire trois ou
quatre fois le tour du lac. J’avais espéré qu’il s’y jetterait sans réfléchir
pour me suivre et que le calamar géant l’attraperait, mais il n’aimait vraiment
pas l’eau, comme la plupart de ses congénères et préféra courir ventre à terre
tout autours. Evidemment, quand il arrivait de l’autre côté, j’avais déjà
retraversé à tire-d’aile. Lorsqu’il fut bien épuisé, je considérais qu’il était
à point et je ralentis mon vol. Je fis celle qui surveillait les alentours afin
d’être certaine de ne pas être suivie. Cet idiot de chat se cachait si mal,
qu’il aurait vraiment fallu que je sois aveugle comme le vieux bouc de mon
oncle Onésime pour ne pas le remarquer ! Enfin, l’important c’était que
lui le croit.
Petit à
petit, je l’entraînais vers l’endroit exact que j’avais choisi. C’était une
sorte de petit cabanon au cœur de la forêt magique, un petit muret, fait de
moellons entassés à la hâte, surmonté de branchages, eux même recouverts de
mousse. La nuit venait de tomber et l’on n’y voyait goutte. Pourvu que ce
stupide minet ne se soit pas égaré ! Mais non. Je l’entendais haleter,
essoufflé. Je me posai sur le toit en croassant un peu, pour le cas où il
m’aurait perdu de vue, puis j’entrai à l’intérieur, par une fente entre les
branches.
Ce
qu’il ne vit pas, c’est que j’en ressorti aussitôt de l’autre côté et me cachai
sur la cime d’un épicéa pour observer la suite des opérations. L’animal, un
instant consterné par ma soudaine disparition, comprit rapidement où j’étais
passé. Il fit deux ou trois fois le tour de la petite hutte, puis ne me voyant pas
reparaître, décida d’y pénétrer. Je jubilai en le regardant grimper sur les
pierres rêches et coupantes, mais il parvint jusqu’en haut sans se blesser. Il
chercha alors un passage par où s’introduire et quand il l’eut trouvé, il s’y
glissa aussi silencieusement qu’une cuillère dans un pot de confiture.
Il ne
fallut cependant pas plus de trente secondes pour qu’un concert de hurlements
variés éclate, rompant ainsi le calme de cette belle nuit… Je n’aurais jamais
cru qu’il puisse pousser de tels cris d’orfraie. C’était assez instructif, mais
il me fallait retourner au plus vite auprès de mon vénéré professeur, afin
d’éviter les soupçons. Je revins rapidement, avec un air angélique et au bout
du bec un petit lézard frétillant que j’ai repéré un peu plus tôt dans la
soirée et mis soigneusement de côté pour mon retour. Severus était ravi, car il
en utilisait souvent dans ses potions, mais n’aimait pas les attraper. Il me
fit la lecture pendant près d’une heure, avant que des coups frappés à la porte
ne vinrent troubler notre quiétude. Le demi géant se tenait suer le pas de la
porte, l’air embarrassé.
-« Désolé
de vous déranger à cette heure tardive, mais Madame Pomfresh m’a mis à la
porte. J’aurais besoin d’un remède… », commença-t-il, l’air embarrassé.
-« Encore
une de vos fichue bestioles ! Hagrid, quand comprendrez-vous que certaines
peuvent être dan-ge-reuses ! »
-« Mais
non ! D’habitude Touffu ne ferait pas de mal à une mouche ! »
-« Comment ?
Ce sale chien à trois têtes est encore en votre possession ? Je croyais
que Dumbledore vous avait expressément demandé de vous en débarrasser après
l’épisode de… la Pierre. Il m’avait mordu à la jambe à l’époque et j’en garde
encore des cicatrices. S’il est malade, grand bien lui fasse ! »
-« Non,
en fait, c’est qu’il a… euh… attaqué quelqu’un. Enfin un autre animal. »
Mon maître chéri soupira.
-« Vous
voyez, Hagrid, qu’il est agressif ! »
-« Mais
je suis certain qu’il a été provoqué ! Il a dû être surpris dans son
sommeil et c’est uniquement son instinct qui l’a poussé à se défendre. Mon
pauvre Touffu ! Lui qui est doux comme un agneau… »
-« Hum !
Cela fait sans doute longtemps que vous n’avez pas vu d’agneau, Hagrid !
Bon ! Qui est-ce ? »
-« C’est
un chat. Un malheureux petit chat sans défense. Il a du s’égarer et pensait
trouver refuge dans la niche de mon petit chien. »
-« Voyons
Hagrid ! Vous venez me déranger, uniquement pour un simple
chat ! »
-« C’est
à dire, qu’il ne s’agit pas d’un chat ordinaire. Il est a demi fléreur et je
compte bien un jour le présenter à mon cours. C’est une espèce très
intéressante. »
-« Un
bâtard de fléreur à Poudlard ? Voyons Hagrid ! Vous savez que leur
possession est réglementée. Vous l’avez déclaré au ministère de la
magie ? »
-« Et
bien, euh, en fait, cet animal ne m’appartient pas… C’est le petit compagnon
d’un… d’une… élève… Oh, Severus, je vous en prie, faite quelque
chose ! »
-« Bon,
bon … Que vous faut-il ? Des bandages ? Des agrafes ? Des
atèles ? Une pommade au millepertuis ? », fit-il l’air
sarcastique.
-« Non, en fait, j’ai déjà soigné les
morsures et bandé les plaies. Mais il a dû avoir… comme un choc… Il est…
bizarre ! Il parait… ailleurs. Comme s’il avait perdu une partie de ses
facultés. Il semble un peu… dérangé ! »
Je
ricanais intérieurement. Pattenrond était devenu dingue ! Mon plan avait
fonctionné encore mieux que prévu ! De plus il ne pourrait pas m’accuser
et sa maîtresse le surveillerait certainement davantage. J’étais tranquille
pour un bon moment.
-« Oh !
Vous voulez une potion de Mnésie ? C’est assez délicat. Elle n’a jamais
été testée sur des animaux. Toujours sur des moldus débiles. Et, ma foi, elle
est plutôt efficace d’ailleurs. Non seulement ils se souviennent à nouveau de
leur passé, des moindres détails de leur enfance, mais certains deviennent même
capables de prédire l’avenir… Heureusement personne ne leur prête attention.
« Je
l’ai fait étudier récemment à mes cornichons d’élèves. Je dois bien en avoir
encore un ou deux flacons de potables. Venez avec moi Hagrid. Mais il
faudra ensuite dénoncer au ministère cette jeune fille qui détient des animaux
sans permis ! »
Il quitta le cachot, suivi du géant, dont un sourire béat éclairait la face. Je restai perchée sur le dos du fauteuil, me sentant toute puissante et invincible. J’allais pouvoir me consacrer aux choses sérieuses !
