Crouac ou la
métamorphose – fic à deux voix
Chapitre 12 : Viens Poupoule…
ue
d’événements s’étaient déroulés en quelques mois depuis mon arrivée à Poudlard ! J’aspirais maintenant à une certaine tranquillité…
Mais il n’était pas écrit dans les astres que ce devrait être mon lot quotidien.
Depuis quelques jours j’avais remarqué qu’Hedwige semblait soucieuse. Pourtant
Mâchecool ne quittait plus la volière et il avait
même trouvé des petits travaux à effectuer pour s’occuper… En effet, Hagrid
lui demandait son aide régulièrement pour nettoyer les gouttières du château
ou dénicher des objets que les élèves s’amusaient parfois à semer dans le
parc…
Malgré cette vie rangée, Hedwige dépérissait à vue d’œil. Avait-elle la
nostalgie des petites blagues innocentes que nous faisions autrefois ? Ou
bien était-ce une dépression plus profonde ? En bonne copine je décidais de
m’y intéresser… Il ne serait pas dit que Crouac
laisserait une amie dans l’embarras, non mais ! Je rappelais Petite-Clone
et Sosie-One de l’ASQBCD
afin de la surveiller. Mais elle ne fit aucun déplacement suspect et nous
étions bien embarrassés : pas de liaison adultère, pas d’autre enfant caché,
elle ne s’approvisionnait pas en produits illicites et n’allait plus aux soirées
de la forêt interdite qu’accompagnée de son chevalier servant. Le mystère
restait entier.
Je décidais alors d’inviter Hedwige à la maison, un jour où mon Maître
était parti pour la journée, à Londres, en une quelconque mission. Il m’avait
dit en partant :
-« Crouac, je compte sur toi ! Tu ne fais entrer
personne dans le cachot ! Bien compris ? » J’avais juré, mais Hedwige n’était
pas une personne… Et c’est sans aucun remords que je la fis pénétrer dans
notre demeure. Elle n’avait pas l’habitude de ces pièces sombres et sans grand
confort. Elle se plaignait de l’odeur de moisi qui y régnait, mais dans l’ensemble
ne fit pas de réflexions trop désagréables… J’avais prévu de servir un thé
avec des scones, et je glissais discrètement dans sa tasse un peu de cette
poudre qui est bien utile lorsqu’on veut faire parler des taiseux…
Hedwige regardait le cachot avec curiosité, tournait sa tête dans tous
les sens et posait des questions sur l’usage des produits qu’elle y découvrait…
Je faisais l’ignorante, disant que c’était le petit bazar de mon Maître et
que j’y mettais rarement le bout du bec. Puis, habilement, avec toute la finesse
et le doigté qui me caractérisent, je fis dévier la conversation sur elle.
Comment se portait-elle ? Elle avait minci ces derniers temps dirait-on ?
Avait-elle suivi un régime particulier ? Pratiquait-elle une nouvelle sorte
d’aérobic ? En tout cas sa silhouette s’en trouvait grandement améliorée…
Elle pourrait même se présenter au prochain concours de Miss Volière et être
sûre de remporter le trophée ! Hedwige soupira profondément.
-« Non, non ! Rien de tout cela ! Ce sont les soucis qui me minent la
santé ! Je n’arrive plus à avaler quoi que ce soit… », fit-elle en engloutissant son
troisième muffin aux airelles. J’attendis quelques secondes une suite qui
ne vint pas. J’interrogeais alors avec tact :
-« Des soucis ? A quel propos ? Tu peux tout me raconter, tu sais… On
est amies, non ? »
-« Eh, bien… », commença-t-elle faiblement, «
Cela me gêne un peu d’en parler, car c’est à propos de ma jeune sœur… »
-« Une sœur ? Tu ne nous en avais jamais parlée… Où habite-t-elle ? Comment
s’appelle-t-elle ? Que lui arrive-t-il ? Tiens reprends donc un peu de thé
avant de répondre… »
Hedwige marqua encore un moment d’hésitation, mais le Véritasérum commençait à faire son effet.
-« En fait, il s’agit de ma demi-sœur, Tina. Son nom complet c’est Tina
Eloïse Jidéhule, mais
on l’appelle Titi. C’est une demi-dinde. Oui, ma
mère a fréquenté un dindon pendant quelques temps », soupira-t-elle. « Elle
vit dans une basse-cour du côté de Pré-au-Lard et
je suis très inquiète car on dit dans la région que la ferme dont elle dépend
serait un repaire de Mange-morts. J’ai peur que
Titi, qui est si influençable, bascule du côté obscur de la force…
Il y a quelques jours, on a vu au-dessus de son poulailler une tentative
d’apparition de marque des ténèbres… Mais elle n’a pas effrayé grand monde
car elle représentait une tête de poule avec un asticot qui lui sortait du
bec… En attendant, il se passe des messes noires dans cet endroit et je voudrais
en sortir ma sœur avant qu’il ne soit trop tard pour elle… »
J’avais du mal à garder mon sérieux. De la magie noire au milieu des gallinacés
? Et j’essayais d’imaginer la forme qu’avait pris
leur marque des ténèbres… Non ! Il ne fallait pas que je lui rie au nez… Cette
Hedwige, alors !!! Quelle comique, quand on y réfléchit… Elle se rendit bien
compte que je n’avais pas trop l’air affolée, aussi elle insista :
-« Si, si.. te dis-je
! Il y a des sabbats d’organisés régulièrement : on sacrifie des chèvres,
et aussi des cochons ! Mais pour ces derniers, on m’a parlé de mages étranges
en tabliers blancs. Ils arrivent dans un drôle de véhicule, posé sur huit
roues en caoutchouc, et sur le côté duquel ma sœur a déchiffré des signes
cabalistiques qu’elle n’a pas compris… Boucherie Sanzos…
ou quelque chose comme ça ! »
Hedwige se tut, l’air totalement anéanti. Elle
ferma les yeux et je vis deux grosses larmes rouler le long de son plumage.
Sa tête tressautait comme prise de spasmes irrépressibles. Cela dura quelques
minutes pendant lesquelles je me demandais si je n’avais pas dépassé la dose
prescrite, puis elle poussa un profond soupir, s’essuya les yeux du coin de
l’aile discrètement, et parvint à articuler entre deux sanglots :
-« Je dois la sauver de ce maudit endroit ! C’est ma petite sœur, tout
de même… Crouac, est-ce que tu penses que tu pourrais…
m’aider ? J’envisageais une évasion, mais je ne sais pas trop comment m’y
prendre… Toi qui es si dégourdie, tu as peut-être une idée ? S’il te plait,
ne me dis pas non… » et elle repartit dans un flot
de larmes, qu’elle ne songeait même plus à cacher…
J’étais bien embarrassée… D’un côté l’idée d’un poulailler tout entier
dévoué à Vous-savez-qui et complotant dans l’ombre
m’amusait assez, et je suis sûre que mon Maître l’aurait apprécié, mais j’étais
devenue une justicière et je devais honorer ma nouvelle image. Aussi j’assurais
Hedwige de mon soutien et lui demandais le plus de renseignements possibles
sur l’endroit où vivait sa jeune sœur.
Elle me l’indiquait de la façon la plus précise possible. Enfin, pour
elle !
-« Après le troisième chêne de la forêt interdite, tu suis les trembles
jusqu’à Pré-au-lard. Là, près de la Cabane Hurlante,
tu compte quatre frênes et deux tilleuls. Tu obliques au-dessus du bouquet
de genêts et quand tu vois les premières myrtilles, tu y es presque !
« Méfies-toi, il y a une meute de chiens qui gardent l’entrée. J’ai voulu
lui rendre visite un soir et j’y ai laissé quelques plumes caudales… Il y
a une entrée plus discrète, mais aussi plus dangereuse, à l’arrière. Celle-ci
n’est pas gardée, mais surmontée d’une haie de fils barbelés et de tessons
de bouteilles qui offre peu de possibilités d’y pénétrer. »
Je renouvelais à Hedwige mon message d’espoir, lui disant que rien ne
nous était impossible et convoquai aussitôt l’ASQBCD
pour une assemblée extraordinaire. Tous mes corbeaux répondirent présents
et s’enthousiasmèrent pour leur nouvelle mission. Colombus et Corbac
partirent aussitôt en repérage. L’endroit où les volailles étaient parquées
fur rapidement identifié et Corbeau 12 commença à répartir les rôles.
Il nous fallait tous les volontaires possibles pour cette périlleuse mission,
aussi nous embauchâmes Basile, ainsi qu’un grand ami à lui Gérard le lézard,
un beau mexicain moustachu, qui m’aurait bien fait craquer si mon cœur n’était
pas déjà pris par ailleurs… Mais je m’égare…
Nous avions aussi envisagé de quêter de l’aide auprès du pioupiou de Dumbledore, mais Fumseck était dans
une phase où il risquait de se consumer d’un moment à l’autre et nous voulions
éviter d’avoir à ramasser ses cendres à la balayette au milieu de nulle part.
Aussi, à regret, nous nous passâmes de lui…
Nous voulions attendre une nuit sans lune pour être moins facilement repérables,
mais Hedwige, maintenant qu’elle était au courant de notre projet, nous pressait
chaque jour un peu plus. Je n’irais pas jusqu’à parler de harcèlement, mais
cela en était proche… Elle assistait à toutes nos réunions préparatoires et
avait décidé pour nous encourager de chanter avant séance ce qu’elle appelait
l’hymne de notre armée « Stand by me ». Elle y mettait tout son cœur et l’on
était le plus souvent obligé de l’interrompre pour pouvoir enfin démarrer
l’ordre du jour.
Nous abrégeâmes donc notre préparation pour passer à l’action proprement
dite. Le soir venu Hedwige tint absolument à nous accompagner, mais nous dûmes
la bâillonner très rapidement, car sitôt passée la cabane d’Hagrid elle se mit à entonner « Voââ
seu taune chemaine… » Enfin nous arrivâmes à la hauteur du poulailler
où la jeune Titi se faisait débaucher de si étrange façon.
Il en émanait une sorte de bourdonnement enfiévré qui nous fit hésiter
quelques instants. Hedwige avait du mal à se retenir de foncer seule délivrer
sa soeurette et nous fûmes obligés de menacer de l’attacher sur place à sa
prochaine tentative. Nous nous répartîmes dans les
arbres aux alentours, silencieux comme à notre habitude et Corbac
me suivit en éclaireur. Il devait y avoir une de ces cérémonies secrètes car
la basse-cour était toute grouillante de bruits bizarres. Basile et Gérard
que nous allâmes quérir eurent tôt fait de passer sous la porte et, tandis
que le basilic tentait de fracturer la serrure, le lézard partait à la recherche
de Tina. Il revint rapidement l’air déconfit.
-« Cette gourde ne veut pas me suivre ! Elle dit que sa maman lui a toujours
recommandé de ne pas faire confiance aux inconnus. En plus elle trouve que
j’ai un air louche… Qu’est-ce que je fais ? Je l’enlève de force ? »
-« Non, elle risquerait de se débattre et de donner l’alerte… Corbac, va chercher Hedwige ! Basile, va donc essayer ton
charme sur elle ! », lui répondis-je. « Pendant ce
temps je vais terminer d’ouvrir cette satanée porte ! »
Je pris une épingle à chignon que j’emporte toujours avec moi (on ne chantera
jamais assez les louanges des épingles à chignon…) et je me mis au travail.
Peu de temps après, un petit clic m’avertit que ma mission était accomplie
et Basile ramenait triomphalement la petite, qui avait néanmoins un regard
un peu étrange et dénué d’expression…
-« Tu l’as drogué ? » lui demandais-je un peu inquiète.
-« Non, non… Mais aucune jeune fille n’a jamais su résister à mon regard
de braise… », fit-il , l’air assez satisfait.
Hedwige arriva juste à temps pour réceptionner le colis. Enfin… sa jeune
sœur. Elle voletait, éperdue, ne sachant comment nous remercier. Corbeau Turc
et Hercule se chargèrent d’emporter la rescapée et Hedwige passa tout le trajet
du retour de l’un à l’autre, manquant à plusieurs reprises de se cogner dans
les arbres, en chantonnant des paroles que nous ne comprîmes pas.
Nous avions laissé deux d’entre nous sur place, au cas où l’évasion serait
découverte, pour faire diversion. Samson et Dalida revinrent au petit matin.
Personne ne s’était compte de rien, mais une messe noire avait cependant eut
lieu, car ils nous dirent avoir vu des choses horribles. Des monticules de
plumes furent retrouvés à plusieurs endroits, ils avaient repéré de grandes
broches près d’un feu, allumé tout exprès pour le sacrifice et avant de partir
ils entendirent s’élever les premières incantations « Barbecue ! Barbecue
! »
La volière accueillit donc une nouvelle pensionnaire qui fut rapidement
intégrée aux anciennes. Comme elle était néanmoins un peu crédule, elle faisait
quelquefois l’objet de nos innocentes farces et permettait de mettre une ambiance
festive parmi les volatiles de Poudlard. Mais Hedwige
était si contente d'avoir sauver sa soeur des mains de cette étrange secte
qu'elle ne nous en tint pas rigueur...
