Crouac ou la métamorphose :
fic à deux voix
Chapitre 11 : Une belle histoire
n ce beau jour du
mois de mai, je décidais de soulager mon maître en arpentant à mon tour les
couloirs du château. Mettant le bout de mon bec partout, je glanais des informations
sur les résidents : les couples qui se formaient et se défaisaient, les disputes,
les devoirs en retards, l’élaboration de véritables plans de batailles pour
faire des farces aux professeurs… Je ne disais rien et je m’amusais même à
contempler cette débauche d’énergie pour tricher, comploter et piéger ; comme
il me plait de le dire nous avons tous en nous un côté serpentard qui sommeille.
Bien évidemment, il arrivait quelques bricoles aux jeunes présomptueux
qui me croisaient en m’ignorant, hop un croche patte par ici, pif un bombardement
de fiente par là. Après une heure de ronde, j’apprenais par hasard, non, d’accord,
après avoir torturé légèrement un petit hérisson, que j’avais gentiment épinglé
sur un tableau noir, qu’il y avait une nouvelle recrue à l’école. Et plus
précisément à la bibliothèque. Laissant ce jeune familier à son sort, je me
dirigeais vers l’aile ouest et remarquais qu’un grand nombre de curieux convergeait
vers ce lieu.
Mais quelle effervescence à l’entrée de la bibliothèque ! Le seuil de
la porte était quasiment saturé par un troupeau d’élèves entassés qui badaient
mollement. Je ne sais pour quelle raison mais, à ma vue, un couloir me permettant
l’accès se forma rapidement. Plutôt agréable, quelle popularité ! En fait,
il s’agissait d’élèves qui avaient subi mon courroux, je les reconnaissais
à leur tenue maculée de ma sainte crotte ou à leurs genoux rouges de désinfectant.
Mais que faisait donc Dumbledore ici ? Il était
accompagné du professeur McGonagall, de mademoiselle
Pince et d’une dame dont les cheveux avaient des reflets rouges. Quoi ! Une
réunion sans mon maître adoré ! J’aurais voulu aller immédiatement l’alerter
mais je me ravisais, mon Severus était au spa en
tenue légère… et pas question pour moi de le déranger encore, même si cette
fois ci j’avais un bon prétexte. J’allais donc enregistrer tout ce qui se
passait. Telle une blonde corbelle, je volais maladroitement
jusqu’au sommet d’un porte-revues. D’ici j’avais un point de vue imprenable
et je pouvais entendre tous les protagonistes. Les premiers mots prononcés
par le directeur de l’école me firent comprendre immédiatement de quoi il
retournait.
-« Madame Pince, nous allons beaucoup vous regretter », commença Dumbledore sans un brin d’émotion dans la voix, « nous vous
souhaitons beaucoup de bonheur avec Gilderoy Lockhart. »
Mac Donaldgal approuva les paroles d’Albus par un léger hochement de tête et ajouta qu’elle serait
bien installée à la clinique Sainte-Mangouste pour
s’occuper de son époux. Puis le directeur présenta officiellement la nouvelle
bibliothécaire qui se tenait droite, de fines lunettes sur le nez, l’œil coquin
: « Jeunes gens, désormais Denise s’occupera de la cellule instruction, section
livres à la place de Madame Pince. Nous vous souhaitons un franc succès dans
vos nouvelles fonctions. »
Ne laissant pas s’achever les applaudissements et après de brefs remerciements,
Denise embraya immédiatement sur ses horaires de travail, sur son salaire
et fixa un nouveau règlement sans compromis aucun. Dumbledore ne put qu’accepter face
à cet esprit syndicaliste…ou plutôt serpentardesque.
Après une heure de présence, Denise avait réussi à sermonner une trentaine
d’élèves, en avait viré une dizaine et refusait à toutes les maisons autres
que Serpentard, l’accès à la réserve… Voilà que
je sentais une petite larmichette poindre au coin de mon œil, mon petit cœur
battait anormalement plus vite. Non je ne me trompais jamais à ce sujet, j’avais
trouvé une future alliée… Une copine. Je restais un moment là, à imaginer
la sacrée paire de diablesses que nous allions former, toujours à rechercher
quelle serait la prochaine victime sur notre liste noire….
Déserte était la salle des bouquins qui s’était rapidement vidée des élèves
ne voulant plus essuyer les humeurs de Denise. Plutôt contente de cette tranquillité,
elle réorganisa entièrement les kilomètres de livres. Elle poussa les tables,
les chaises, pris un petit chariot et commença à libérer les rayonnages. En
quelques heures des montagnes d’ouvrages s’étaient formées au milieu de la
salle de lecture. Imperturbable, avalant des litres et des litres de thé,
Denise termina l’agencement.
Les premiers élèves qui visitèrent les nouvelles travées étaient perdus,
je les voyais passer, repasser, la tête comme des girouettes. Ils ne parvenaient
pas à trouver les ouvrages dont ils avaient besoin. Ils devaient obligatoirement
passer par la chef, pour obtenir les bouquins voulus.
Elle avait classé les livres selon des critères originaux, la taille, le poids,
la couleur des couvertures. Ainsi elle instaurait un contrôle total sur le
mouvement des livres.
La bibliothèque n’était pas mon endroit préféré du château, mis à part
pour faire quelques siestes. Mais j’y passais de plus en plus de temps avec
ma copine Denise qui m’avait rapidement évaluée et adoptée. Mes moments favoris,
étaient les séances de lectures qu’elle faisait aux premières années, les
maternelles selon son expression. Denise aménageait un espace de détente avec
ses petits bras musclés, où les élèves s’affalaient pour écouter ses belles
histoires. Elle m’avait même tricoté un coussin pour que je m’installe près
d’elle. Nous partagions une tablette de chocolat et c’était parti pour de
grandes aventures.
Denise avait un don certain, elle comprenait tout ce qu’on lui demandait…
« M’dame je cherche le livre sur Machin, qui arrive à délivrer Truc, en vengeant
Bidule… » Rapidement elle traduisait cela par « Tu cherches donc l’excellent
ouvrage des aventures de Violaine « La fille rebelle qui ne va pas au lit
à l’heure ». Et l’élève acquiesçait admiratif……Je ne savais pas comment elle
faisait. Mais ce don n’avait pas que des avantages, il attirait tous les cas
de l’école et elle devint l’interlocutrice favorite des incompris. Diantre,
Denise avait besoin de moi ! Je revêtais alors ma tenue de justicière et je
décidais de faire cesser ce défilé de simplets. Comme par enchantement une
pluie de livres s’abattait régulièrement sur les indésirables. Le problème
fut rapidement clos.
Ce matin là, après avoir pris mon petit déjeuner avec Severus, je décidais de faire un détour par la bibliothèque
avant d’aller jouer à la pétanque avec Machecool.
Je découvris ma Denise avec des poches, que dis-je, des malles sous les yeux…
Une bien mauvaise nuit était passée par là. A l’entendre pester,
sa soirée avait été marquée par deux évènements. Persuadée que je comprenais
son baragouinage, Denise se mit à m’exposer en détail ce qui s’était déroulé
la veille… Bien évidemment pour votre compréhension, je me suis permise de
censurer les gros mots, les onomatopées, les radotages, et autres cris… Bref
! Voilà ce qu’il en reste…
- « J’avais fait l’inventaire hier soir avant de partir… blabla… Il manque
deux livres… blabla… J’en ai retrouvé trois qui n’étaient pas à leur bonne
place ! »
« Quelle gravité ! », pensais-je, « Petite faim
moi ! » Denise continuait imperturbable son histoire « Oui, te dis-je, rangés
à la manière de la mère Pince ». Très vite, elle nomma cela « l’affaire des
livres migrateurs ». Elle fut plus évasive lorsqu’elle évoqua le second incident
:
-« Après avoir remis les ouvrages en place, je me suis légèrement égarée.
C’est à cause de ces satanés escaliers. Je croyais être arrivée, il faisait
sombre, et une douleur à ma guibole m’indiquait qu’il faisait un peu humide.
J’ai glissé la clef dans la serrure. Impossible d’ouvrir…» A ce moment là
Denise devint plus lointaine, les yeux dans le vide, avec un léger sourire
de désespoir. Après quelques secondes de pause, réveillée par un « Crouac ? » interrogatif, elle continua. « Pourtant j’ai forcé
mais le verrou n’a pas cédé. Et puis… »
Bref !… Elle s’était trompée, comme par hasard, de porte. Une porte située
dans les cachots, oui !!! Le crochetage de la serrure avait faussé la clef
et lorsqu’elle essaya, en désespoir de cause, de rentrer chez elle, la clef
se brisa net dans la serrure. Elle avait dû bivouaquer le reste de la nuit
sur son paillasson. Si je ne pouvais rien pour son problème de serrure, par
contre, forte de mon expérience judiciaire je décidais de diligenter une enquête
pour tenter de résoudre la première énigme.
Une semaine passa…puis deux. Cet étrange phénomène persistait malgré une
série de mesures drastiques instaurées par Denise : magie interdite, renfort
de quelques elfes pour la surveillance des travées et mise en place de quelques
pièges. Nous étions impuissantes. Il fallait mettre les bouchées doubles,
non triples ! Je fis le point sur les indices recueillis, et après de minutieuses
investigations, j’avais identifié le coupable. A mon grand dam, il ne s’agissait
ni de ce Potter de malheur, ni de ma tête de turc préférée Hedwige. Il fallait
que j’explique tout cela à Denise. Je ne pouvais choisir la méthode Bernardo,
le fidèle serviteur de Zorro, elle aurait pu passer à côté de certains détails
lors de mes gesticulations. J’optai pour un rapport écrit de mes petites griffes
manucurées et le lui remis :
Nous, Crouac, familier officiel de Severus Rogue, en résidence au château de Poudlard, rapportons les faits suivants :
1. PREAMBULE.
Saisine : Il y a de cela 4 semaines, la bibliothécaire Denise a déposé
plainte, auprès de mes services, pour manipulations et mauvais traitements
à livres en voie d’extinction. Nous en avons rendu immédiatement compte à
notre maître des potions.
Nous avons été assisté dans nos opérations par l’oisillon Ceiba, qui sera nommée pour chaque acte qu’elle aura accompli,
c'est-à-dire m’amener du fromage pour que je ne perde trop de temps à me restaurer.
2. ENQUÊTE.
Constatations :
Des premières investigations, nous avons recueillis les indices suivants.
Tout d’abord deux à trois livres sont soustraits par semaine de la bibliothèque,
et réapparaissent quelques jours plus tard. Ils sont systématiquement découverts
dans les rayonnages à l’endroit où Madame Pince les rangeait auparavant. Ils
ne sont ni demandés, ni empruntés.
Nous avons pu remarquer que ces ouvrages traitent de thèmes étudiés par
les élèves de cinquième année et plus.
Première théorie :
Pas besoin d’être sorti de Saint-Cyr pour comprendre qu’il s’agit forcément
d’un élève de dernier cycle. Les cancres sont également éliminés d’office,
il reste donc une centaine de suspects. Ma première idée sera de soupçonner
le jeune Potter, réflexe severusien. Idée bien saugrenue
connaissant cet oiseau, il fallait que j’axe mes soupçons sur un habitué et
connaisseur de la bibliothèque.
Reprise des investigations :
Pataugeant lamentablement dans la semoule, je devais trouver la pièce
manquante du puzzle.
Après une séance de méditation siestounesque,
j’examinais à la loupe les ouvrages. Ne connaissant quasiment rien à ces catalogues
du savoir, je réquisitionnais une fouineuse d’exception, récompensée pour
avoir écrit un grand nombre de volumes, sans jamais n’en avoir achevé aucun,
le docteur Morrigane.
Lors de ces opérations de police technique toutes les sciences y passèrent,
la graphologie, la datation au carbone 14, l’acupuncture sans aiguille. Réveillée
par un cri de joie, Morrigane m’exposa sa découverte
: l’intégralité des livres « migrateurs » avaient été trafiqués !!! En effet
des chapitres entiers avaient été effacés et remplacés par des textes remplis
d’erreurs. Il ne s’agissait pas d’experts mais la technique était bonne….
Deuxième théorie :
Bon sang mais c’est bien sur, le gredin subtilisait les livres, les modifiait
puis les rendait. Ainsi les élèves qui empruntaient ces livres apprenaient
un ramassis d’âneries, les entraînant inévitablement vers un échec cuisant
à leurs examens.
Mais à qui pouvait donc profiter le crime ?
Un élève qui vise le haut du classement….et tous en cœur : « Madame Je-sais-tout !!! Celle qui en fait une affaire d’état si elle
ne n’a pas les meilleures notes.
3. CLOTURE.
De l’enquête effectuée, il ressort qu’à l’encontre de Miss Granger Hermione
ont été réunis des indices de nature à motiver des poursuites pour tricherie
caractérisée et dégradations de livres.
Pour cela nous prescrivons un interrogatoire en règle de la dite coupable.
Fait et clos à POUDLARD le 28 brumaire 2005.
Crouac.
Lecture faite, Denise resta un moment silencieuse, se gratta le menton,
m’entraîna dans son bureau et referma la porte derrière elle. Pendant que
je m’affalais sur un fauteuil, tout en faisant des allers-retours dans la
pièce, elle m’exposa ce qu’elle comptait faire.
-« Ecoutes, Crouac… C’est une excellente théorie,
mais je préfère prendre Hermione sur le fait. Et comme il n’est pas question
que cette affaire s’ébruite, j’ai besoin de ton aide… hum… Si tu es d’accord,
réponds par un crouac. A la négative, deux crouac…d’accord ? »
-« Crouac ! » fis-je,
motivée.
-« Tout d’abord, » reprit Denise, « Je dois te montrer quelque chose.
»
Elle souleva sa longue jupe… Crouaaaac ! Nom
di diou !!! Elle avait une guibole en bois !!!
-« Elle est belle hein ? C’est du bois d’arbre… sculptée
par un ami, monsieur Alex… Il a conçu un système d’articulation, ce qui fait
que cela ne se voit pas quand je marche !! » annonça-t-elle
joyeusement. « Bon, vu qu’elle est fabriquée avec du saule cogneur, par moment,
lorsque passe un élève à proximité, elle ne peut s’empêcher de lui donner
un coup en douce, mais c’est un détail ! »
A la vue de mon air interrogatif, elle se lança dans une explication que
je qualifierais de vaseuse… « C’etait un accident.
Il y a longtemps. C’était la première fois que je partais en vacances dans
le sud du pays, et j’avais surchargé mon balai !! Mon pied est resté coincé
dans les sangles, le balai est parti tout seul avec ma jambe et mes valises…..enfin
rien de bien héroïque !! »
Et bien, la partie n’était pas gagnée !!! Elle enchaîna : « Ce système
a des limites. Je ne peux pas me déplacer rapidement, et pour attraper Hermione,
qui est si jeune…Tu veux bien me seconder? »
- « Crouac ! »
Denise m’expliqua pendant une heure son plan d’attaque, l’opération «
Choping la Hermione » devait être déclenchée le soir même.
A la fermeture de la bibliothèque, je la retrouvai… Madame avait mis le paquet
: elle était en treillis, du camouflage sur la figure. Je lui enlevais simplement
les branchages des cheveux qui étaient de trop à mon goût. Denise, tel un
livre, se recroquevilla sur une étagère…
- « Je suis un livre, je pense comme un livre » murmurait elle.
Je rejoignis ma place, au sommet des étagères, à côté des animaux empaillés,
la planque parfaite. Il me restait à attendre, immobile, le signal de Denise
pour fondre sur ma proie. Le signal ? Rien de bien extraordinaire. Elle voulait
crier « Banzaï ! » Et bien qu’elle s’amuse !!! Au
bout d’une heure, l’affaire fut faite : Hermione était prise la main dans
le sac !!! Ah ! Ah !! J’avais raison !
Elle commença l’interrogatoire, seule. Je pouvais cependant assister à
cette entrevue derrière une vitre sans tain. Denise la déstabilisa en l’inondant
de questions, et plus ça allait, plus Hermione s’enfonçait dans son siège.
J’étais un peu déçue car elle se déballonna rapidement. Dans un flot de larmes
elle confirma ma théorie et expliqua son geste :
-« Auror, si je veux faire ce métier je dois
être la première. Le fait d’être une fille et qui plus est de parents moldus, est un véritable handicap !!! C’est la seule solution
que j’ai trouvée. C’est idiot, je sais… Je m’en excuse. Je plaide coupable,
j’accepterai sans broncher mon incarcération dans les geôles du château….
»
« Le cas Hermione est réglé » pensais-je, un sourire sadique au bord du
bec. J’avais bien une petite idée de sanction, mais Denise n’accepta pas.
Elle décida de lui crier bien fort dessus, puis lui annonça qu’elle l’engageait
à la bibliothèque pour le reste de sa scolarité. Oh ! Mais l’histoire n’allait
pas s’arrêter là !! Rusard vint aviser Denise qu’elle
était convoquée immédiatement dans le bureau du directeur. Elle s’exécuta.
Elle frappa à la grande porte.
- « Entrez, fermez la porte et asseyez vous ! » commença Dumbledore, sans lever le nez de ses parchemins. Il était
visiblement fatigué et énervé.
-« Je suis au courant de l’affaire des livres migrateurs et je veux savoir
qui a pu commettre de tels méfaits dans mon école. »
« Je ne peux vous le révéler, Monsieur le Directeur, j’ai une sainte horreur
de la délation et j’ai réglé moi-même le problème » répondit elle.
Dumbledore
leva les yeux : « Tiens donc ! Sachez, Madame, qu’ici c’est moi le Shérif
!!! Si vous refusez, vous en subirez les conséquences. » Denise baissa la
tête et attendit la sanction. Dumbledore se leva
et annonça solennellement :
« Eu égard à vos états de services, vous ne serez pas licenciée, mais
je vous inflige une corvée de latrines, et par n’importe lesquelles, celles
du semi-géant Hagrid. Pensez à prendre
un harnais, des cordes et un masque. Cela vous fera le plus grand bien. Sur
ce, vous pouvez disposer soldat ».
Denise obéit à l’ordre et revint trempée de la tête aux pieds… Oui, je
m’étais amusée à mordiller les cordes, et bizarrement elles avaient cédées…
La morale de cette histoire mes amis : « Tout corps plongé dans un liquide
fini par avouer» …Arzou !
