Histoire de Hedwige

Troisième au concours

 

 

- Champions, vous pouvez retirer votre bandeau. Bonne chance à tous.
Fleur obtempéra et regarda autour d'elle, déconcertée. Il y avait un miroir devant elle, mais aussi un derrière, et un sur chaque côté ; reflétée à l'infini, son image lui donna le vertige et elle dut fermer les yeux un court instant. Elle ne savait pas comment elle était arrivée là : Dumbledore avait fait bander les yeux des quatre champions pour les conduire à l'endroit où devait se dérouler la deuxième tâche. Même aveugle, elle avait senti l'air vif de février lui cingler le visage et avait compris qu'elle était dans le parc ; mais ce n'était manifestement pas leur destination car ils avaient continué à marcher, et à présent la température de l'air était douce. Elle se trouvait donc dans cette pièce étrange, seule, et avait une tâche à accomplir.
Quand elle rouvrit les yeux rien n'avait changé : elle se trouvait bel et bien dans une pièce d'environ cinq mètres sur sept, dont chaque mur était un énorme miroir. En attendant que la voix lui explique ce qu'elle avait à faire, elle répara les dégâts que le bandeau avait causés à sa coiffure. Gagner oui, mais gagner débraillée, non. Cependant, quand elle eut fini, aucune voix ne s'était faite entendre.
- Mais c'est insensé ! Qu'est-ce que je suis censée faire ? s'exclama-t-elle à haute voix.
Levant les yeux au ciel, elle s'aperçut qu'il y avait un plafond, noir d'encre comme le sol. Elle n'avait donc aucune chance d'entendre quoi que ce soit de ce qui se passait dehors. Elle fit le tour de la pièce mais ne trouva aucune porte, aucune ouverture de quelque sorte que ce soit.
- Il faut réussir à sortir, c'est ça la deuxième tâche ! réalisa-t-elle après quelques minutes de réflexion.
Sa voix résonna et l'écho se prolongea quelques secondes, et cela la rassura un peu. Elle n'aimait pas être enfermée, mais elle devrait être capable de se retrouver à l'air libre assez rapidement si elle ne paniquait pas. Bien, songea-t-elle en s'étirant - elle avait des courbatures dans le dos à cause de la mauvaise nuit qu'elle avait passée. Elle n'avait cessé de se tourner et se retourner dans son lit, inquiète à la perspective de ce qui l'attendrait, après les dragons de la première tâche - Enfantin. Avec un gloussement devant une épreuve aussi facile, elle sortit sa baguette et la pointa sur le miroir en face d'elle.
- Reducto !
Elle eut heureusement le réflexe de se jeter à terre ; le sortilège avait rebondi sur la glace et failli l'atteindre. Préférant ne pas penser à ce qui serait advenu d'elle si elle n'avait pas réussi à l'éviter, Fleur se releva, le souffle court. Cela s'avérait moins aisé que prévu, finalement.
Elle s'approcha du miroir qu'elle avait tenté de réduire et poussa dessus. Sa main moite laissa une trace humide sur la surface mais le mur ne bougea pas d'un pouce. Avec un soupir agacé, elle se retourna et s'y adossa. Alors elle remarqua un détail étrange : reflété dans le miroir d'en face, le mur sur sa droite comportait une niche. Elle se tourna vers le mur en question, mais s'aperçut que la niche n'y était visible que lorsqu'on regardait le reflet du mur. Sans quitter le reflet des yeux, elle s'approcha du mur de droite et tendit la main vers l'endroit où trouvait la cavité invisible. Elle ne rencontra aucune résistance, au contraire, sa main sembla s'enfoncer dans le miroir, et ses doigts se refermèrent sur un morceau de parchemin qu'elle retira avidement de sa cachette.
Si ton oil point ne voit
Un sortilège arrangera
Pour être libérée
Le mur doit parler

- Bien ! dit-elle joyeusement en froissant le parchemin. Bon, le mur ne peut pas réellement se mettre à parler. Je suppose que. Apparecium !
Rien ne se produisit sur le premier mur, mais comme l'énigme ne précisait duquel il s'agissait, Fleur se tourna vers le mur à sa droite et répéta l'opération.
Au troisième essai, enfin, des lettres commencèrent à se former à la surface du miroir. TRAVERSE-MOI.
- Facile à dire, j'ai déjà essayé ! s'impatienta Fleur.
Elle tenta à nouveau d'enfoncer le mur qui lui enjoignait de le traverser, mais n'eut pas plus de succès que la première fois. De colère, elle donna un coup de pied dedans ; mais le miroir ne se fendilla même pas. L'idée de lancer un sortilège de découpe pour ouvrir une porte l'effleura un instant, mais la pensée de ne pas être assez rapide pour éviter le sortilège s'il venait à rebondir encore sur le mur lui glaça les sangs. Cependant, réalisant qu'elle ne gagnerait jamais le Tournoi si elle ne prenait pas de risque, et que la Coupe l'avait désignée parce qu'elle était capable de gagner, elle empoigna fermement sa baguette et la pointa de biais vers le mur, de manière que le sortilège, s'il rebondissait, ne se dirige pas sur elle.
Bien lui en prit, car c'est ce qui arriva. Un peu choquée, mais surtout désespérée, Fleur sentit la panique la gagner. Elle ne parviendrait jamais à sortir de cette pièce ensorcelée si elle ne pouvait pas utiliser le moindre sortilège.
Soudain, alors qu'elle réfléchissait de toutes ses forces à un autre moyen de quitter sa prison, les quatre murs se mirent à trembler et s'effondrèrent d'un seul coup. Clignant des yeux à cause de la lumière crue du soleil, Fleur commença petit à petit à deviner le paysage qui l'entourait. Elle se trouvait toujours dans le parc, au bord du lac. Tout espoir n'était peut-être pas perdu ! Elle avait peut-être sans le vouloir déclenché un mécanisme pour faire tomber les murs ! Mais avant d'avoir pu faire un geste, des applaudissements tièdes se firent entendre dans son dos.
Elle se retourna lentement, et vit que des tribunes avaient été élevées pour le public, à une dizaine de mètres de là ; les trois autres champions avaient également réussi à sortir, mais les murs de leurs pièces respectives tenaient toujours debout. Comme dans un cauchemar, Fleur réalisa qu'elle avait échoué, une demi-seconde avant que la voix magiquement amplifiée de Verpey ne se fasse entendre :
- Désolé mademoiselle Delacour, mais nous avons dû vous libérer parce que le temps imparti était dépassé de trop longtemps.
- Mais c'est insensé ! s'écria-t-elle, furieuse. Il était impossible de sortir !
Mais elle était trop loin pour que quiconque puisse l'entendre.
- Il n'y avait qu'un seul moyen de quitter la pièce, et nos trois jeunes hommes l'ont trouvé. Mr Diggory s'est libéré le premier, mais une minute après le délai autorisé - il obtient quarante-sept points - suivi de très près par Mr Potter, qui obtient quarante-cinq points ; puis Mr Krum a réussi à sortir quelques minutes plus tard, il obtient quarante points, et enfin mademoiselle Delacour, bien qu'elle n'ai pas accompli la tâche, obtient vingt-cinq points car elle a tout de même trouvé le parchemin caché.
- C'est insensé, je méritais zéro, marmonna Fleur en baissant les yeux vers le parchemin qu'elle tenait toujours froissé dans sa main gauche.
- Tu n'as pas trouvé les instructions pour sortir ? Sur l'un des murs ? lui demanda timidement Cedric Diggory en s'approchant d'elle. Il fallait lancer un Apparecium sur le mur à droite de ce celui qui disait « Traverse-moi », et il était écrit.
Se rappelant qu'elle n'avait enchanté que trois des quatre murs, Fleur se mordit la lèvre, furieuse contre elle-même.
- Je sais ce qu'il fallait faire, coupa-t-elle sèchement. Je n'en ai pas eu le temps.
Sans rien ajouter, elle tourna brusquement les talons et se mit en route pour le carrosse de Beauxbâtons.

 
 




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