Lettre de vacances
de Lyra Fox
1ere place
Samedi, le 22
juillet 1994
Très cher Harry,
J’espère que ton oncle et ta tante ne te martyrisent pas trop
cet été. Si tel est le cas et si tu es bien le fils de ton père,
tu auras sans aucun doute la bonne idée de les prévenir de mon
existence (et ce, sous le jour du monstrueux-assassin-évadé-recherché
et horriblement dangereux que je suis). Etre dépeint d’une telle
façon comporte au moins un avantage ! Le plus gros désavantage,
par contre, est que tu ne puisses pas m’accompagner dans mes vacances
à Tahiti ! Je ne devrais pas divulguer d’informations sur les
endroits où je me terre, bien sûr, au cas où mes lettres
seraient interceptées par de mauvaises mains, mais j’ose te révéler
cette destination car je n’y suis déjà plus. Je suis très
loin car j’ai bien failli me faire repérer ! Figure-toi donc
que Lucius Malefoy était justement là, à Tahiti, dans
un motel miteux (oui oui, tu as bien lu, Malefoy dans un motel miteux ! Tenu
par un Moldu, en plus !) tout près de ma cachette. Il était,
qui plus est, escorté par une grande blonde autoritaire qui n’était
pas Narcissa. Le pauvre avait tout l’air de se faire mener par le bout
du nez par cette femme, probablement parce qu’elle était toujours
suivie d’un énorme serpent qui aurait fait peur à un anaconda.
Non mais tu imagines ! Le « grand » Malefoy qui se souille à
l’infidélité ! Vraiment, j’aurai tout vu durant
ces vacances car je n’en étais pas encore au bout de mes surprises
! Assieds-toi et accroche-toi bien à ce parchemin, Harry, car tu n’en
croiras pas tes yeux. Après avoir échappé à Malefoy
et sa maîtresse, qui se seraient fait un plaisir de me dénoncer,
je me suis enfui sur le dos de Buck et nous avons volé aussi loin que
possible. Nous avons atterri sur une plage, qui, ai-je appris par la suite,
se situait à Honolulu (je t’expose à nouveau une de mes
destinations car là encore je n’y suis plus !) C’était
une jolie petite plage, toujours déserte et sur laquelle j’ai
pu m’aventurer sans problème au bout de quelques jours. Nous
menions une vie paisible là-bas, Buck et moi, jusqu’à
ce qu’un vacancier solitaire vienne troubler notre quiétude.
Il était vêtu d’un bermuda à pois et d’une
chemise hawaïenne (je ne suis pas une « fashionista » mais
tout de même, je te dis pas l’horreur) et un petit seau contenant
une pelle en plastique pendait à son bras. Je m’étais
évidemment caché avec Buck avant que l’indésirable
ne nous aperçoive et j’ai ainsi pu l’observer à
loisir. Le bonhomme est revenu tous les jours, après ça. Il
arrivait tous les matins dès dix heures, s’asseyait sur le sable
et se mettait à la construction de châteaux divers. Ses travaux
étaient longs et fastidieux et ne se terminaient pas avant dix-huit
ou dix-neuf heures. Moi, pendant ce temps, j’allais me promener un peu,
mais le choix n’était pas varié car il y avait des gens
partout. Je pestais contre mon visiteur qui n’était pas le bienvenu
et qui m’avait piqué ma douce retraite, et je revenais souvent
au cours de la journée, mais l’homme était toujours là,
tapant des mains et riant comme un enfant, tout fier de ses accomplissements.
Au bout de trois jours, j’ai pris la décision de lui jeter un
sort, tout bonnement, lorsqu’un détail m’a sauté
aux yeux. Les cheveux très gras du bonhomme, sur lesquels le soleil
luisait, me semblèrent familier, tout comme son nez crochu qui, de
profil, avait l’air plus gros que sa tête. Il ne m’a pas
fallu longtemps pour comprendre qu’il s’agissait de Severus Rogue
et qu’il me fallait décamper au plus vite ! Non pas qu’un
type en bermuda construisant des châteaux de sable avec un bonheur beaucoup
trop extatique ne me paraissait bien menaçant, mais être dénoncé
par ce même type aurait été bien trop humiliant tu ne
crois pas ? Bref, Harry, comme tu peux le voir, je ne passe pas de très
belles vacances jusqu’à maintenant, puisqu’elles sont hantées
par celles des autres ! Malefoy et Rogue ! Je croyais à ce moment que
c’étaient bien les dernières personnes que j’avais
envie de voir interférer dans mon escapade, mais je me trompais lourdement.
Ce n’est pas le temps de prendre une pause-pipi, Harry Potter, il faut
absolument que tu lises la suite ! Eh non, ce n’en est pas fini avec
mes aventures abracadabrantes (j’ai toujours trouvé cette expression
très drôle de la part d’un sorcier, pas toi ?) Bon, hum,
où en étais-je ? Ah oui. L’Isla Margarita, à Punta
Arenas (est-ce nécessaire de te préciser que nous n’y
sommes plus ?) J’étais pleinement, assurément, complètement
persuadé que là-bas je serais SEUL et que je n’y ferais
PAS de mauvaises rencontres. Encore une fois, Harry, je me suis royalement
fourvoyé. Non mais est-il possible d’être malchanceux à
ce point ?Le soir de mon arrivée, très solitaire, très
confiant et surtout, très étourdi, je me suis assuré
que Buck était dissimulé (dans la mesure où on peut dissimuler
un hypogriffe) dans un endroit sûr et je suis sorti dans un bistro très
rustique nommé…euh…ben zut, je ne m’en souviens plus.
Bref, ça n’a pas d’importance, Harry, ce soir-là
je suis allé dans un bar et je n’en suis pas très fier.
C’est vrai quoi, je ne suis pas censé entrer en contact avec
des humains, puisque je suis en fuite et que je dois me cacher. Mais j’avais
besoin de chaleur humaine et le jour où tu comprendras ces choses-là,
Harry, tu seras devenu un homme. Donc…je suis entré dans ce bar.
La musique était mauvaise, mais la bière était bonne
et la femme qui se trémoussait sur le comptoir, très jolie.
J’ai rapidement fait sa connaissance ; elle se nommait Belinda, elle
avait tout juste 20 ans et elle était danseuse dans cet endroit depuis
déjà 4 ans, ramassant des sous pour sortir de ce pays et devenir
actrice aux Etats-Unis. Exactement le genre de femme dont j’avais besoin
pour la soirée, en somme. Mais je n’ai pas réussi à
la ramener dans mon repaire, Harry. Non, car au cours de cette veillée,
Belinda m’a avoué avoir un faible pour un touriste venu passer
l’été à l’Isla Margarita. Un homme qui venait
tout les soirs se trémousser avec elle sur son bar et chanter des hits
espagnols d’une « douce voix de trémolo » pour reprendre
ses paroles. Furieusement désappointé par cet inconnu devenu
mon rival, j’ai décidé de l’attendre et de l’envoyer
voir les roses ailleurs, d’un bon coup de baguette magique. C’est
ce que j’ai fait, Harry, j’ai attendu cet homme des heures, jusqu’à
ce qu’il se pointe à minuit tapant. Dès que je l’ai
vu, je crois que ma mâchoire s’est affaissée, tu sais,
comme dans ces bandes dessinées, la bouche si grande ouverte qu’on
pourrait y faire galoper un troupeau de vaches (dis, ça galope des
vaches ?) Harry, ne quitte pas ce parchemin des yeux et parcours avidement
la suite : c’est Albus Dumbledore en personne qui est entré à
minuit et qui a été accueilli à bras ouverts par MA Belinda
! Non, Harry, tes lunettes ne sont pas sales et tu ne dors pas ; tu es tout
à fait éveillé et tu as bien lu, Dumbledore a été
la flamme d’une danseuse espagnole que je convoitais dans un coin perdu
d’Amérique centrale et ce, pendant tout l’été
! Mais ce n’est pas tout. Quand il m’a aperçu, l’air
sans doute bien abruti, Dumbledore m’a souri et m’a demandé
si je voulais bien me joindre à lui. J’étais si figé
que je n’ai eu aucune réaction, mais lui était parfaitement
à l’aise et est bel et bien monté sur le bar, comme l’avait
décrit Belinda. Je n’en revenais tout simplement pas. Malefoy
et Rogue, bon, ce sont des rustres alors on s’en fiche, mais eux au
moins auraient sans doute été GÊNÉS de ma présence,
moi, un sorcier qui les prend en flagrant délit d’ABSURDITÉ,
de plongeon dans l’insolite, de RIDICULITÉ pure et simple ! Mais
Dumbledore ! Le plus grand sorcier du monde qui danse et chante dans un bar
miséreux devant un homme qui avait été (et je dis bien
AVAIT ÉTÉ) un de ses plus grands admirateurs (moi) et ce, sans
aucune gêne, alors non ! Non, je refuse, c’en est trop, c’est
inadmissible ! Je suis désolé Harry, mais juste à y penser,
je pète les plombs, alors je vais arrêter d’en parler (Dumbledore,
Harry, DUMBLEDORE). Inutile de te dire que Buck et moi avons filé aussitôt,
et non je n’ai pas attendu la fin de la chanson de Dumbledore (argggggg
!) je n’en ai pas eu le courage d’accord ? Actuellement je suis
dans un pays dont je ne peux te parler pour le moment, mais je puis t’assurer
que si j’y retrouve Minerva McGonagall en pleine infraction d’adultère
avec un esquimau ou Hagrid en bikini dans un igloo, vraiment je te jure que
je retourne à Azkaban et que je me jette aux pieds des Détraqueurs
en hurlant : « Oh, mes chéris, embrassez-moi ! » Bon, je
me relis et je me trouve un peu déprimant, alors pour terminer sur
une note plus joyeuse je te dirai simplement que j’espère que
le récit de ma cavale vacancière t’a amusé et puis
j’ajouterai : et toi, tes vacances ?
En souhaitant te revoir très bientôt,
Ton parrain qui t’adore, Sirius.