Histoire d’Hestia Black
Première
au concours
Minerva Mc Gonagall observait la
silhouette d’un homme grand et mince qui venait d’apparaître dans la rue. Elle
songea avec un amusement mêlé d’amertume que l’apparence folklorique de cet
homme contrastait au plus au point avec celle des charmantes personnes qu’elle
avait eu l’honneur d’observer tout au long de la journée. Quand elle y
repensait, elle en avait des frissons le long de l’échine et désirait
par-dessus tout quitter cet endroit qui regorgeait de valeurs complètement
contradictoires aux siennes. Elle scruta la rue dans l’espoir que personne
n’apercevrait le nouvel arrivant, dont la barbe et les cheveux brillaient au
clair de lune, telles des lucioles qui se seraient égarées par mégarde dans
cette morne rue londonienne. Elle songea qu’il était heureux que l’heure soit
si avancée dans la nuit. Dans le cas inverse, les yeux de faucons de
l’habitante de la maison devant laquelle elle se trouvait n’auraient pas manqué
le détail aussi incongru que la présence d’un étranger si haut en couleur. En
effet, le professeur avait pu constater que le passe-temps favori de la femme
vivant au 4 Privet Drive était de scruter la rue à
l’affût du moindre ragot. Le genre de comportement qu’elle même méprisait au
plus au point.
Cependant, elle constata qu’elle se faisait du souci pour rien. Comment
avait-elle pu croire que son directeur négligeait les règles de sécurité les
plus élémentaires ? En effet, celui-ci avait sorti son Eteignoir et l’avait
actionné à 12 reprises, ce qui eu pour effet de plonger Privet
Drive dans l’obscurité la plus totale. Ce qui laissa Minerva
perplexe fut le regard que son directeur avait brièvement lancé dans sa
direction, ainsi que cette curieuse phrase : « j’aurais du m’en douter » qu’il
avait marmonné dans un petit rire. Quand il s’adressa directement à elle, elle
fut partagée entre un sentiment de vexation pour avoir été démasquée alors que
son infaillible camouflage de chat la rendait presque non identifiable et de
l’admiration devant la perspicacité de son directeur, Albus
Dumbledore.
Elle lui demanda comment il l’avait reconnu, mais s’en voulu aussitôt
d’avoir posé cette question aussi peu pertinente. Car il allait enfin pouvoir
lui ôter tout doute. La soulager…ou bien lui confirmer ce qu’elle redoutait
par-dessus tout. Elle avait attendu toute la journée à cet endroit précis afin
de pouvoir aborder le sujet avec son mentor. Aussi fut-elle courroucée quand
celui-ci lui déclara :
- Toute la journée ? Alors que vous auriez pu célébrer l’événement avec
les autres ? En venant ici j’ai du voir une douzaine de fêtes et de banquets.
Or, Minerva trouvait ces fêtards d’une
imprudence inqualifiable ! Prendre le risque de faire découvrir le monde de la
magie aux Moldus ! Quel manque de jugeote ! Elle ne
se priva d’ailleurs pas de le faire remarquer à Dumbledore, avant de demander
la confirmation de ce qu’elle estimait être la seule bonne nouvelle de la
soirée : la disparition de celui qui hantait ses rêves et dont le nom seul la
terrifiait.
Elle s’attendait à ce que Dumbledore acquiesce de manière un peu plus
solennelle. Mais celui-ci se contenta de confirmer en lui proposant un vulgaire
escabeau au citron…ou quelque chose dans ce goût là…Le strict professeur
s’étonnait toujours que celui qu’elle considérait comme le plus grand directeur
de Poudlard de tout les temps, ainsi que le plus puissant (et le plus
charismatique) des sorciers puisse traiter des sujets aussi sérieux de façon si
détachée. Elle fut également exaspérée par le petit sermon de son directeur. Il
ne pouvait pas comprendre ce qu’elle ressentait ! Oui elle avait peur du nom de
V…Elle-savait-qui…mais ce démon avait été la cause de
grand malheurs survenus dans sa famille. Elle avait été témoin des atrocités
perpétrées par celui-ci ! Elle ne pouvait pas se vanter, contrairement à lui d’effrayer le terrible mage noir. Qu’elle aurait aimé
cependant avoir la grandeur et le courage de l’homme qui se trouvait en face
d’elle ! Elle tenta de chasser ses sombres pensées de sa tête, ainsi que de
dévier le sujet qu’avait commencé à aborder Dumbledore (les compliments que lui
avait fait l’infirmière Mme Pomfresh) en jetant à
celui-ci un regard perçant. En effet, même si Minerva
ne voulait pas se l’avouer, elle ressentait toujours une pointe de jalousie
quand une autre sorcière manifestait son intérêt pour le directeur.
Elle se décida alors d’aborder le côté sombre de l’histoire. La partie
qu’elle redoutait d’entendre et qu’elle ne croirait que si elle l’entendait de
la bouche de Dumbledore. Son regard pénétrant se posa sur lui qui était occupé
à choisir un autre escabeau ! Elle pensa que ce geste apparemment futile
n’avait pour unique but que de cacher son trouble et de retarder le moment où
il devrait prononcer les paroles fatidiques. Voyant qu’il ne disait mot, elle
se décida de les bégayer elle-même…
- D’après la rumeur, Lily et James Potter sont…enfin, on dit qu’ils
sont…morts…
Il lui sembla que cette rue si paisible allait s’effondrer sous ses
pieds lorsque Dumbledore acquiesça. Lily et James morts ! Elle ne voulait le
croire. Ses étudiants si brillants, des sorciers si courageux et dévoués ! Et
leur fils, le petit Harry ! Qu’allait-il devenir ? Elle avait entendu dire que
ce si petit bambin avait résisté au sortilège de la mort lancé par Voldemort, qu’il était même celui qui avait vaincu le mage noir.
Elle ne voulait le croire, mais Dumbledore lui confirma ce fait. Elle trouvait
cela stupéfiant ! Comment Harry avait-il pu survivre ? Il fallait pour cela
qu’il soit exceptionnel…Cependant, elle ne pouvait s’empêcher de penser que le
bout de chou aurait mieux fait de mourir avec ses parents plutôt que de grandir
comme un orphelin. Elle-même ne savait que trop ce que ressentait un enfant qui
grandissait sans amour. Son passé l’avait rendu si sévère et en apparence si
insensible ! Elle ne pouvait s’empêcher de reporter la rigueur de l’éducation
qu’elle avait reçue sur ces élèves et de dissimuler la tendresse qu’elle leur
portait. Elle éprouvait du mal à donner ce qu’elle-même n’avait pas reçu. Elle
songea qu’Harry aurait peut-être plus de chance qu’elle, mais Dumbledore acheva
de détruire ses optimistes espérances en lui avouant :
- Je suis venu confier Harry à sa tante et son oncle. C’est la seule
famille qui lui reste désormais.
Elle trouvait impossible que Dumbledore puisse seulement songer à
commettre une telle ignominie. Elle lui expliqua que ces…ces gens, ceux qu’elle
avait observé avec effarement toute la journée, ne pouvaient pas être plus
différents d’eux. Jamais Harry ne pourrait vivre avec eux, avec son monstre de
cousin ! Alors que tellement de gens pourraient le recueillir et lui donner
tout l’amour dont il avait besoin ! Elle-même serait prête à l’élever comme son
propre fils…à le protéger contre la célébrité, qui, selon son directeur,
menaçait l’enfant. Mais elle voyait dans les yeux du vieil homme que sa
décision était irrévoquable. Elle fit mine alors de
changer d’avis en acceptant sa décision et de cacher son désir de garder ce
petit à ses côtés. Elle fit tout de même part de ses inquiétudes lorsqu’elle sut que Hagrid, homme au grand
cœur mais d’une maladresse coupable était chargé d’emmener l’enfant pour qui
elle se faisait déjà du souci! Le géant arriva quelques instants plus tard, sur
une moto géante. Minerva se pinça les lèvres. Cette
cacophonie allait réveiller tout le voisinage ! Elle ne prêta cependant aucune
attention à Hagrid, son regard ayant immédiatement
été attiré par le tas de couverture qu’il tenait dans les bras, et qui
composaient le cocon protecteur du bébé endormi. Elle s’attendrit immédiatement
devant son apparence, qui était si paisible qu’il semblait impensable qu’un
drame eu survenu dans sa maison quelques heures auparavant. Cependant, la
coupure en forme d’éclair rouge qui lézardait le front du petit Harry
contrastait avec son air de quiétude et confirmait les terribles évènements de
la journée. Cicatrice qui marquerait le jeune Potter à vie, qui serait le
blason du survivant, et qui aurait peut-être son utilité si l’on en croyait les
paroles de Dumbledore…Minerva, plongée dans sa
contemplation du bébé garderait peu de souvenirs des instants qui précédèrent
la séparation d’avec lui, mis à part ses remontrances et mots de réconfort
proférés à l’encontre de Hagrid. Elle se rappellerais
seulement des larmes qui avaient coulé sur ses joues et qu’elle avait vainement
tenté de cacher en battant frénétiquement des paupières, ainsi que d’avoir
secrètement pensé, en observant le bébé : « je veillerais sur toi lorsque tu
viendras à Poudlard, petit Harry, et je te protégerais…même si c’est la
dernière chose que je ferais dans ma vie ! »